Berliner Boersenzeitung - 20 ans après la guerre, Moscou traque toujours les Tchétchènes en Europe

EUR -
AED 4.113063
AFN 71.667167
ALL 91.105221
AMD 403.209174
ANG 2.004216
AOA 1026.863577
ARS 1736.535338
AUD 1.605747
AWG 2.018454
AZN 1.905631
BAM 1.959147
BBD 2.255843
BDT 139.447584
BGN 1.957235
BHD 0.422504
BIF 3359.423619
BMD 1.119808
BND 1.434744
BOB 13.524042
BRL 6.148301
BSD 1.120008
BTN 106.175897
BWP 15.493397
BYN 3.328371
BYR 21948.234312
BZD 2.252638
CAD 1.5666
CDF 2589.559574
CHF 0.918522
CLF 0.027945
CLP 1099.807942
CNY 7.469787
CNH 7.467887
COP 3639.577153
CRC 508.265958
CUC 1.119808
CUP 26.880918
CVE 110.752029
CZK 24.342104
DJF 199.01231
DKK 7.473376
DOP 68.028234
DZD 151.980455
EGP 61.929634
ERN 16.797118
ETB 183.827997
FJD 2.515928
FKP 0.834514
GBP 0.834128
GEL 2.905839
GGP 0.834514
GHS 13.073772
GIP 0.834514
GMD 82.866176
GNF 9887.903252
GTQ 8.562589
GYD 234.778956
HKD 8.78697
HNL 30.103154
HRK 7.579991
HTG 146.809471
HUF 364.64863
IDR 20291.198612
ILS 3.54162
IMP 0.834514
INR 106.099221
IQD 1697.985362
IRR 2104851.347344
ISK 136.213959
JEP 0.834514
JMD 177.650292
JOD 0.793948
JPY 177.458753
KES 145.608909
KGS 97.927086
KHR 4574.794307
KMF 492.715153
KPW 1007.827042
KRW 1505.732868
KWD 0.348786
KYD 0.93339
KZT 506.903637
LAK 25224.977063
LBP 100298.984429
LKR 372.644894
LRD 190.404402
LSL 18.669308
LTL 3.306501
LVL 0.67736
LYD 7.187149
MAD 11.007006
MDL 20.261521
MGA 5084.662996
MKD 61.580903
MMK 2351.085709
MNT 4032.581457
MOP 9.051421
MRU 45.463458
MUR 52.968428
MVR 17.312015
MWK 1942.100182
MXN 21.0911
MYR 4.564894
MZN 71.570118
NAD 18.669224
NGN 1504.831586
NIO 41.220229
NOK 10.382389
NPR 169.881436
NZD 1.99366
OMR 0.430564
PAB 1.120209
PEN 3.881814
PGK 5.024493
PHP 71.172744
PKR 309.829172
PLN 4.412938
PYG 6690.428693
QAR 4.082902
RON 5.343277
RSD 117.648158
RUB 91.459918
RWF 1656.5223
SAR 4.215561
SBD 9.023643
SCR 15.478255
SDG 673.553829
SEK 10.953989
SGD 1.434558
SHP 0.837991
SLE 25.643411
SLL 23481.816119
SOS 640.090555
SRD 42.039852
STD 23177.762089
STN 24.541813
SVC 9.800698
SYP 14559.741612
SZL 18.651778
THB 37.808034
TJS 10.293091
TMT 3.919328
TND 3.346717
TOP 2.696228
TRY 55.987145
TTD 7.592936
TWD 36.74034
TZS 2960.787706
UAH 51.135023
UGX 4732.083418
USD 1.119808
UYU 45.02611
UZS 13356.756579
VES 993.806866
VND 28852.969657
VUV 133.146807
WST 3.107125
XAF 655.957
XAG 0.022506
XAU 0.000284678702
XCD 3.026337
XCG 2.018539
XDR 0.791762
XOF 655.957
XPF 119.331742
YER 264.498468
ZAR 18.608536
ZMK 10079.61408
ZMW 22.697671
ZWL 360.577678
SSP 6433.520794
MXV 2.374653
  • AEX

    -15.8300

    1099.02

    -1.42%

  • BEL20

    -65.5900

    5540.72

    -1.17%

  • PX1

    -120.2600

    7843.89

    -1.51%

  • ISEQ

    -301.0700

    14173.37

    -2.08%

  • OSEBX

    -24.9000

    2050.38

    -1.2%

  • PSI20

    -177.8800

    9489.32

    -1.84%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    25.6000

    4516.39

    +0.57%

  • N150

    -55.9300

    4149.48

    -1.33%

20 ans après la guerre, Moscou traque toujours les Tchétchènes en Europe
20 ans après la guerre, Moscou traque toujours les Tchétchènes en Europe / Photo: ALEX HALADA - AFP

20 ans après la guerre, Moscou traque toujours les Tchétchènes en Europe

Leur capitale Grozny a subi le même sort que Marioupol, écrasée sous les bombes russes. Plus de deux décennies après, les Tchétchènes réfugiés en Europe vivent toujours dans la peur de Moscou.

Taille du texte:

Ils sont des dizaines de milliers à avoir fui la petite république russe à majorité musulmane ravagée par deux guerres meurtrières. La dernière, déclenchée en 1999 par Vladimir Poutine, a abouti à la mise en place à sa tête du redoutable Ramzan Kadyrov, fidèle du Kremlin accusé de réprimer impitoyablement ses détracteurs.

L'Autriche, pays de 9 millions d'habitants, en accueille quelque 35.000, la plus grande communauté en diaspora par habitant, sur 250.000 en Europe.

A Vienne, ils vivent dans un quartier populaire du nord-est de la ville aux bâtisses d'après-guerre sans cachet et aux barres d'immeubles où les hommes sont souvent employés comme agents de sécurité pendant que les femmes élèvent les enfants.

Mais, sous ces apparences de tranquillité dans les rues aux pizzerias modestes, boutiques de robes de mariée typiques de là-bas ou commerces d'alimentation, des dizaines de réfugiés ont raconté à l'AFP être pris en tenailles.

Les uns craignent d'être renvoyés du jour au lendemain en Russie, au risque d'être torturés ou tués selon des organisations des droits de l'Homme, alors que les extraditions se sont accélérées au motif de la lutte antiterroriste depuis des attentats commis par des islamistes tchétchènes dans l'Union européenne (UE).

Les autres vivent dans l'angoisse d'être la cible des commandos de "Kadyrovtsy", ces hommes de main de Ramzan Kadyrov accusés par des ONG de traquer ses opposants sans relâche, y compris à l'étranger.

- Notice rouge -

Jusqu'en février dernier, Zorbek Nazouïev, grand-père trapu à la longue barbe grise exilé en Autriche depuis 18 ans, n'avait plus entendu parler de la Russie.

Après avoir rejoint pendant la première guerre (1994-1996) les "boïeviki", ces combattants tchétchènes qui ont affronté les troupes fédérales russes, il avait suite au deuxième conflit pris la fuite par crainte de représailles et reconstruit sa vie en Autriche avec ses nombreux enfants.

Et puis cette lettre du parquet autrichien est arrivée, l'informant de son inculpation pour meurtre et acte de terrorisme. Selon le document consulté par l'AFP, il est accusé d'avoir participé à des massacres de civils russes en 1995.

Lui nie avoir "tué des innocents" et rappelle qu'il "se défendait alors contre l'envahisseur" russe. "On réécrit l'histoire", s'emporte le quinquagénaire qui s'exprime sous un nom d'emprunt.

L'homme se demande si cette volonté de le juger n'est pas plutôt liée à la présence dans sa famille d'un jihadiste parti combattre en Syrie dans les rangs de l'Etat islamique.

En dépit des nombreuses requêtes de l'AFP, les autorités autrichiennes en charge de ce dossier ont refusé de s'exprimer. Il n'a pas été possible non plus de parler à des sources judiciaires et policières, silencieuses sur ce sujet sensible.

En 2006, l'UE a conclu un accord de réadmission avec le gouvernement russe facilitant le retour des personnes condamnées en justice ou faisant l'objet d'une notice rouge d'Interpol émise par Moscou.

- Vols charters -

Des Tchétchènes ont depuis été expulsés par centaines - aucunes statistiques officielles ne sont disponibles, ce dont s'insurgent régulièrement des organisations internationales.

Dans un rapport de 2017, le Conseil de l'Europe avait dénoncé "le détournement abusif du système" d'Interpol par certains États pour "persécuter des opposants politiques à l'étranger".

La notion de prévention des risques s'est installée en Occident.

Selon la communauté tchétchène, les pays de l'UE ont durci leur politique par crainte des attentats.

"Il y a très clairement une alerte qui est donnée au niveau des services" pour essayer d'empêcher de futurs passages à l'acte, estime Anne le Huérou, spécialiste des conflits post-soviétiques à l'université Paris-Ouest Nanterre.

Après l'assassinat en France de l'enseignant Samuel Paty en octobre 2020 par un réfugié tchétchène, l'Autriche a ainsi créé une force d'intervention pour lutter contre "les tendances extrémistes" et les "sociétés parallèles" au sein de cette communauté.

Frappé pour la première fois sur son sol un mois plus tard lors d'un attentat à Vienne et accusé de négligence dans la surveillance de la nébuleuse radicale, le pays alpin redouble depuis de prudence.

En décembre 2021, il a organisé un vol charter pour dix personnes, vantant une "coopération efficace en matière de rapatriement" avec la Russie.

Interrogé par l'AFP, le gouvernement affirme que "quatre ressortissants russes sont actuellement en détention en vue d'une expulsion". Malgré l'arrêt des liaisons commerciales avec la Russie en raison des sanctions liées à la guerre en Ukraine, les expulsions sont toujours d'actualité selon le ministère autrichien de l'Intérieur.

- Torturé à Grozny -

"Plutôt que d'y retourner, je préfère me tuer ici", lâche épouvanté Zorbek Nazouïev, handicapé, dit-il, après avoir été torturé à l'électricité pendant la répression en Tchétchénie.

S'il est reconnu coupable, il risque un retrait de son statut de réfugié et une extradition.

Aux autorités européennes, aux exilés tchétchènes renvoyés en Russie, Moscou promet systématiquement un bon traitement.

Pourtant, plusieurs d'entre eux ont disparu, ont été torturés ou condamnés sur des charges que des ONG considèrent comme "fabriquées" ou bien ont été tués.

Le 4 avril dernier, l'organisation russe Memorial a épinglé la France pour être restée sourde aux suppliques d'un jeune homme.

Daoud Mouradov, né en 2002, a été expulsé en décembre 2020 sur fond d'inquiétudes pour la sûreté de l'Etat. Fin 2021, il a été transporté vers une prison de Grozny où il a été torturé, selon l'emblématique ONG récemment dissoute par Moscou.

Ses proches ont été informés de sa mort en février. Ils n'ont pas obtenu les conclusions de l'examen médico-légal et n'ont pas pu récupérer son corps, a détaillé la même source.

- Abattu à Vienne -

Quand ils ne risquent pas l'extradition, les Tchétchènes craignent les commandos envoyés par Kadyrov, accusé de faire liquider ses adversaires là où ils se cachent.

Le rôle du dirigeant tchétchène, au pouvoir dans le territoire caucasien depuis 2007, a été spécifiquement pointé par la justice autrichienne dans l'assassinat par balles à Vienne en janvier 2009 de l'un de ses opposants qui avait témoigné publiquement de ses atteintes aux droits de l'Homme.

Ce dossier "empêche encore de dormir" son avocate, a-t-elle confié à l'AFP. Me Nadia Lorenz estime que "la correspondance entre les tribunaux autrichiens et le tribunal de Grozny a permis de localiser la résidence" de son client.

Quelques jours avant d'être abattu, Oumar Israïlov, jeune père de quatre enfants, avait demandé en vain une protection policière, remarquant qu'on le suivait dans la rue.

Le jugement a mis en lumière le mode opératoire de la Russie. Pour le parquet, Ramzan Kadyrov était le donneur d'ordres.

Selon la veuve de la victime, le dirigeant tchétchène avait appelé deux fois son mari avant le meurtre, pour exiger qu'il rentre immédiatement.

Kadyrov n'a jamais été inquiété: les demandes de coopération judiciaire adressées à Moscou sont restées lettres mortes.

L'activiste quadragénaire tchétchène Rosa Dounaïeva affirme que d'autres meurtres mis sur le compte des "Kadyrovtsy" ont eu lieu: à Istanbul en septembre 2011, à Lille (France) en janvier 2020, à Vienne encore en juillet 2020.

- Vie en sursis en Europe -

"On nous associe dans les médias seulement à la criminalité et à l'extrémisme religieux alors que la majorité des Tchétchènes, qui vivent dans l'angoisse, rasent les murs et ne font plus de politique", assure en marge de l'une des manifestations régulières qu'elle organise pour dénoncer les expulsions Mme Dounaïeva, vendeuse à mi-temps.

Il y a de multiples exemples d'intégration réussie en Autriche, comme le judoka Chamil Borchachvili, 26 ans, revenu des JO de Tokyo en 2020 avec une médaille olympique gratifiante pour le pays.

Ou comme Zelimkhan Kazan, 19 ans. Le jeune homme, cheveux noirs et veste à motifs camouflage, est né en Autriche. Il n'a jamais connu la Tchétchénie. Il poursuit ses études d'informatique, a déjà monté deux projets de start-up et paie des impôts.

"Je travaille et j'ai tout ce qu'il me faut mais je ne me sens pas à 100% en sécurité", regrette cet adepte des arts martiaux mixtes (MMA) en pleine séance de musculation près du canal du Danube.

"Pas question de faire des conneries qu'on passerait à un ado autrichien: pour moi, c'est l'arrêt de mort."

Zelimkhan Kazan, qui n'a pas de papiers officiels russes - juste un laisser-passer autrichien - ne peut pas se faire naturaliser dans ce pays où prévaut le strict droit du sang.

Compliqué, alors qu'à Vienne des policiers en civil le contrôlent "trois ou quatre fois par mois", poursuit le jeune homme qui préfère aussi rester anonyme. "Certains me traitent de tafiole, espérant une réaction violente."

Tous les réfugiés tchétchènes rencontrés par l'AFP disent être ciblés par les forces de l'ordre, le moindre geste envers un fonctionnaire pouvant mener à une condamnation puis à l'expulsion.

En juillet 2021, des policiers ont été condamnés après la révélation d'images de vidéosurveillance les montrant en train de tabasser un Tchétchène en se croyant à l'abri des regards.

Zelimkhan Kazan doit aussi se méfier des "Kadyrovtsy" qu'il reconnaît à leurs grosses voitures et à leur assurance. Quand il les croise, il ajuste sa capuche pour que l'on ne lui pose pas de questions.

Rosa Dounaïeva s'inquiète de l'emprise grandissante de Ramzan Kadyrov sur les jeunes nés dans l'UE. "Quand il ne les tue pas, il leur lave le cerveau, les dresse contre nous ou contre l'Occident".

Les Tchétchènes parlent des "deals" de cocaïne qui détruisent la vie de nombre d'entre eux, privés d'avenir et pris dans un système de clans mafieux. Des filles se plaignent, elles, d'être entravées dans leur liberté par des "grands frères".

Désabusés par les discriminations, certains tombent dans le piège de Ramzan Kadyrov, qui arrive à les séduire via les réseaux sociaux où il compte des millions d'adeptes et sème la division dans les familles.

"Le régime met en valeur les possibilités de carrière pour ceux qui, formés en Europe, regagneraient la Tchétchénie", explique la chercheuse Anne Le Huérou. "La propagande homophobe et la mise en valeur de la masculinité peuvent aussi faire recette".

Depuis le début de l'offensive de Moscou en Ukraine, un "millier" de volontaires envoyés par Ramzan Kadyrov se battent aux côtés des Russes. En face, certains sont partis prêter main forte aux Ukrainiens, selon plusieurs sources interrogées par l'AFP.

Et parmi les millions de réfugiés qui ont fui les bombardements, une jeune Tchétchène, venue avec son fils, a été arrêtée en Roumanie, selon la justice, qui a prononcé son extradition. Accusée de "participation à un groupe armé à des fins contraires à la Fédération russe", son appel a été rejeté mercredi.

(S.G.Stein--BBZ)