Berliner Boersenzeitung - Affaire Adèle Haenel: l'heure du jugement pour le réalisateur Christophe Ruggia

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Affaire Adèle Haenel: l'heure du jugement pour le réalisateur Christophe Ruggia
Affaire Adèle Haenel: l'heure du jugement pour le réalisateur Christophe Ruggia / Photo: ALAIN JOCARD - AFP/Archives

Affaire Adèle Haenel: l'heure du jugement pour le réalisateur Christophe Ruggia

L'affaire avait bouleversé le monde du cinéma et ouvert la voie au #Metoo français: après deux jours d'un procès intense en décembre, le réalisateur Christophe Ruggia, accusé d'avoir agressé sexuellement Adèle Haenel quand elle était mineure, sera fixé sur son sort lundi.

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Le tribunal correctionnel de Paris rendra son jugement à 13H30. Christophe Ruggia, 60 ans, et Adèle Haenel, 35 ans, seront présents, selon leurs avocats.

A l'issue du procès (9-10 décembre), l'accusation a requis cinq ans de prison, dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique à l'encontre du réalisateur, qui a contesté jusqu'au bout avoir agressé Adèle Haenel entre ses 12 et 14 ans. Si le tribunal suit les réquisitions, Christophe Ruggia n'ira pas en prison.

Adèle Haenel avait joué le rôle principal de son film "Les Diables" en 2001, une histoire de fugue perpétuelle d'un frère et d'une soeur qui tourne à l'inceste, avec des scènes de sexe entre les enfants et de longs gros plans sur le corps nu d'Adèle Haenel. Plusieurs adultes sur le plateau avaient dit leur "malaise" face au comportement "déplacé" du réalisateur presque quadragénaire avec son actrice.

Les agressions sexuelles qu'a dénoncées Adèle Haenel -- publiquement dans Mediapart en 2019, déclenchant #Metoo dans le cinéma français -- auraient débuté chez le réalisateur, après le tournage du film sous couvert de préparation de sa promotion. Et se seraient poursuivies quasiment tous les samedis après-midis pendant les années de quatrième et troisième de l'adolescente.

A la barre, l'actrice, qui s'est mise aujourd'hui en retrait du cinéma, a décrit le processus toujours identique des agressions. Elle assise sur le canapé, lui qui vient "se coller" l'air de rien au fil de la conversation parce que "ma puce (t'es) vraiment trop drôle". Puis les mains qui passent sous le T-shirt, dans son pantalon. Après le "goûter", il la ramenait chez ses parents.

Droite comme un i à l'audience, le visage régulièrement pris de spasmes nerveux, elle avait cherché les mots pour décrire l'impossibilité de sortir de cet engrenage, face à un homme qui disait l'avoir "créée", qu'il n'avait "pas eu de chance de tomber amoureux d'elle", cette "adulte dans un corps d'enfant".

- "Défense absurde" -

L'actrice qui avait péniblement contenu sa rage face aux dénégations répétées de Christophe Ruggia, se contentant de le fixer d'un regard noir qu'il évitait, avait fini par exploser la seconde après-midi de procès.

Bondissant de son siège et dans un cri venu de loin, elle avait hurlé "mais ferme ta gueule !", frappant des mains sur la table devant elle, figeant pendant quelques secondes une salle d'audience habituellement plus policée.

Le réalisateur était en train d'expliquer qu'il avait tenté de la protéger des retombées du film dans la vraie vie, lui suggérant notamment qu'elle prenne "un nom d'emprunt".

Elle avait ensuite quitté la salle, comme en écho à son départ de la cérémonie des César en 2020 après le prix du meilleur réalisateur décerné à Roman Polanski, un geste qui l'avait érigée en symbole des féministes.

Soutenant qu'elle avait une "sensualité débordante" à 12 ans, Christophe Ruggia a pourtant assuré n'avoir "jamais" été "attiré" par Adèle Haenel. Les accusations portées contre lui ? Une "vengeance" car il aurait refusé de la faire jouer à nouveau. Et puis, "il fallait lancer un #Metoo français, et c'est tombé sur moi".

Une "défense absurde", avait balayé la procureure Camille Ploch. "Il a fait le choix d'agresser sexuellement. Il avait toute sa conscience d'homme, d'adulte pour agir autrement".

"Cette audience doit rappeler l'interdit, qui était l'adulte, qui était l'enfant. Elle doit remettre le monde à l'endroit", avait martelé la magistrate, disant n'avoir "aucun doute" sur la réalité des agressions, décrites de manière "constante" par Adèle Haenel.

Les avocates de Christophe Ruggia, Fanny Collin et Orly Rezlan, ont plaidé la relaxe, même si aux yeux de tous il est déjà "coupable", ont-elles déploré, craignant que le tribunal ne soit tenu "de rendre justice le pistolet sur la tempe".

Les avocats de l'actrice, Yann Le Bras et Anouck Michelin, ont demandé 30.000 euros en réparation du préjudice moral et 31.000 en réparation d'années de suivi psychologique.

(O.Joost--BBZ)