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L’Afghanistan se prépare mercredi à tenir des funérailles collectives pour certaines des victimes du bombardement pakistanais sur un hôpital pour toxicomanes de Kaboul, une ONG internationale confirmant un bilan de "centaines de morts et blessés".
Sur une colline de Kaboul abritant un mémorial pour un homme politique afghan célèbre, une fosse commune était creusée, sous la pluie, a constaté une équipe de l'AFP.
Une partie des victimes y seront enterrées après une cérémonie de funérailles, d'autres seront inhumées dans leur région d'origine, a indiqué à l'AFP le porte-parole du ministère de l'Intérieur Abdul Mateen Qani.
Le Pakistan, en conflit avec l'Afghanistan depuis des mois, a bombardé Kaboul lundi soir vers 21H00 locales, peu après la rupture du jeune en ce mois de ramadan pour les musulmans, affirmant avoir visé "des cibles militaires et terroristes".
Un centre médical traitant des toxicomanes a été touché, le gouvernement taliban accusant les militaires pakistanais de l'avoir délibérément visé, ce qu'Islamabad a vigoureusement démenti mardi.
Quelque 400 personnes ont été tuées et 265 blessées, ont annoncé mardi les autorités afghanes, l'attaque de loin la plus meurtrière dans le conflit qui oppose les deux pays voisins.
Mercredi, l'ONG humanitaire Norwegian Refugee Council (NRC), qui intervient dans plusieurs pays dans le monde, a confirmé un bilan de" centaines de morts et de blessés", après s'être rendu sur le site de l'hôpital.
- "Horrible" -
"D'après ce que nous avons vu et ce dont nous avons discuté avec les autres (agences) impliquées dans les opérations (de secours), nous pouvons dire qu'il y a des centaines de morts et de blessés", a déclaré dans un entretien à l'AFP le directeur pour l'Afghanistan de cette ONG, Jacopo Caridi.
"Cette structure, qui était supposée accueillir environ 2.000 patients était très lourdement endommagée, certaines parties étaient complètement détruites. (...) Nous avons vu beaucoup de morceaux de corps disséminés, la frappe a été si forte que certains corps ont explosé", a poursuivi M. Caridi, évoquant des scènes "horribles".
"Certains bâtiments avaient complètement brûlé", a-t-il ajouté.
Les opérations de recherches de survivants ou de corps enfouis sous les décombres sont terminées, a indiqué le porte-parole du ministère de l'Intérieur M. Qani.
Le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés a réclamé mardi une enquête "rapide" et "indépendante" sur la frappe.
"Les responsables doivent être traduits en justice", a déclaré le porte-parole du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme Thameen Al-Kheetan, rappelant qu'"en vertu du droit international humanitaire, les civils sont strictement protégés".
- Appels à un cessez-le-feu -
L'ONU a réitéré son appel à un cessez-le-feu immédiat.
Le NRC a lui enjoint la communauté internationale "d'aider à une résolution du conflit par la médiation".
Le Pakistan accuse son voisin d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières sur le sol pakistanais, ce que le gouvernement afghan dément.
Après une escalade en octobre qui avait fait des dizaines de morts, les affrontements s'étaient calmés sans jamais s'arrêter.
Mais ils ont repris avec intensité le 26 février après des frappes pakistanaises, Islamabad parlant le lendemain de "guerre ouverte".
Selon un nouveau bilan de l'ONU donné mardi mais qui ne tient pas compte de la frappe sur l'hôpital, au moins 76 civils afghans ont été tués depuis le 26 février.
Le ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, a averti que, bien que l'Afghanistan ne souhaite pas la guerre, il continuera de prendre "des mesures défensives" jusqu'à ce "que l'autre partie cesse ses violations".
"Les efforts de gouvernements étrangers, dont la Chine, le Qatar et la Turquie, ont échoué à faire retomber les tensions", a souligné Ibraheem Bahiss, analyste au centre de réflexion International Crisis Group, soulignant que "sans un cessez-le-feu, la situation risque de se détériorer, au détriment principal des civils".
Le représentant spécial russe pour l'Afghanistan, Zamir Zaboulov, a déclaré mardi au média russe Izvestia que la Russie "tente de trouver une solution de compromis" et serait prête à effectuer une "médiation" mais "seulement si les deux parties lui en font la demande simultanément".
(O.Joost--BBZ)