Berliner Boersenzeitung - En Amazonie équatorienne, le "chemin sacré" de l'ayahuasca

EUR -
AED 4.234604
AFN 75.453452
ALL 94.034984
AMD 422.744908
AOA 1058.505761
ARS 1716.64106
AUD 1.640055
AWG 2.076944
AZN 1.961724
BAM 1.965914
BBD 2.322629
BDT 142.402587
BHD 0.434856
BIF 3424.416844
BMD 1.153057
BND 1.485643
BOB 13.57927
BRL 5.865197
BSD 1.153223
BTN 110.282214
BWP 15.758273
BYN 3.37456
BYR 22599.91481
BZD 2.319433
CAD 1.613888
CDF 2634.735473
CHF 0.927801
CLF 0.027223
CLP 1071.397431
CNY 7.801929
CNH 7.779865
COP 3609.437006
CRC 524.292666
CUC 1.153057
CUP 30.556007
CVE 110.835189
CZK 24.203584
DJF 204.92129
DKK 7.475002
DOP 67.115273
DZD 153.032092
EGP 58.886311
ERN 17.295853
ETB 186.139441
FJD 2.553387
FKP 0.867824
GBP 0.856093
GEL 3.020894
GGP 0.867824
GHS 13.475735
GIP 0.867824
GMD 85.32586
GNF 10123.077972
GTQ 8.799268
GYD 241.277525
HKD 9.042791
HNL 30.897954
HRK 7.536355
HTG 150.785714
HUF 362.296198
IDR 20804.662903
ILS 3.534161
IMP 0.867824
INR 110.128058
IQD 1510.67162
IRR 1585741.471806
ISK 142.61021
JEP 0.867824
JMD 182.388293
JOD 0.817455
JPY 183.340082
KES 149.193722
KGS 100.834792
KHR 4637.015895
KMF 495.814258
KRW 1638.217339
KWD 0.35694
KYD 0.961057
KZT 547.088208
LAK 26143.287174
LBP 103272.920228
LKR 387.36278
LRD 208.736556
LSL 19.122676
LTL 3.404677
LVL 0.697472
LYD 7.380971
MAD 10.820566
MDL 20.308742
MGA 4930.514595
MKD 61.838125
MMK 2421.23874
MNT 4146.650533
MOP 9.317857
MRU 46.105187
MUR 54.435819
MVR 17.82629
MWK 1999.739649
MXN 20.011649
MYR 4.715655
MZN 73.691559
NAD 19.122676
NGN 1571.293523
NIO 42.439618
NOK 10.986989
NPR 176.445189
NZD 1.96086
OMR 0.443349
PAB 1.153268
PEN 3.907804
PGK 5.088176
PHP 70.674371
PKR 320.274647
PLN 4.307255
PYG 6892.458113
QAR 4.203927
RON 5.245945
RSD 117.416965
RUB 91.935432
RWF 1697.555122
SAR 4.302823
SBD 9.306957
SCR 15.494452
SDG 692.390762
SEK 10.984539
SGD 1.477959
SLE 27.817454
SOS 659.084933
SRD 43.522085
STD 23865.949363
STN 24.626477
SVC 10.090912
SZL 19.127401
THB 38.468314
TJS 10.649795
TMT 4.04723
TND 3.409741
TRY 54.671156
TTD 7.827506
TWD 37.405738
TZS 3052.721517
UAH 51.449481
UGX 4319.220142
USD 1.153057
UYU 46.388645
UZS 13844.22132
VES 857.062681
VND 30304.06434
VUV 137.826364
WST 3.173816
XAF 659.372
XAG 0.019614
XAU 0.000281
XCD 3.116193
XCG 2.078456
XDR 0.820974
XOF 659.349008
XPF 119.331742
YER 274.802282
ZAR 19.018232
ZMK 10378.896351
ZMW 21.536448
ZWL 371.283844
  • AEX

    11.5900

    1104.69

    +1.06%

  • BEL20

    -72.7400

    5655

    -1.27%

  • PX1

    77.3600

    8485.64

    +0.92%

  • ISEQ

    93.5700

    13654.7

    +0.69%

  • OSEBX

    7.8300

    2014.36

    +0.39%

  • PSI20

    96.8200

    9145.86

    +1.07%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -113.3500

    4297.09

    -2.57%

  • N150

    20.7900

    4264.05

    +0.49%

En Amazonie équatorienne, le "chemin sacré" de l'ayahuasca
En Amazonie équatorienne, le "chemin sacré" de l'ayahuasca / Photo: Pedro PARDO - AFP

En Amazonie équatorienne, le "chemin sacré" de l'ayahuasca

La petite communauté est célèbre pour avoir obtenu le départ des compagnies minières de son territoire amazonien du nord de l'Equateur. Les Cofan Avie ont pourtant une autre particularité, mystérieuse et fascinante: ils sont les maîtres de l'ayahuasca, plante hallucinogène, "médecine" enseignante et porte du monde des "esprits".

Taille du texte:

"Dieu à une époque vivait ici, sur cette planète", conte Isidro Lucitante, 63 ans, patriarche et "taïtan" (chamane) de ces neuf familles réparties sur 55.000 hectares de rivières et de jungles, le long de la frontière avec la Colombie.

"Il a arraché un de ses cheveux et l'a planté sur la terre. Ainsi est né le yagé (ayahuasca), source de la connaissance et de la sagesse".

Pour le meilleur et pour le pire, l'ayahuasca, décoction traditionnellement préparée à partir de la liane "Banisteriopsis caapi" par les peuples du bassin occidental de l'Amazonie, a acquis une notoriété internationale.

Selon les versions, elle est vue comme un remède miracle, un outil d'exploration intérieure et de "développement personnel", un hallucinogène récréatif ou à l'inverse un dangereux psychotrope.

Au Pérou, et dans une moindre mesure en Equateur, tout un juteux tourisme psychédélique s'est développé autour de cette plante, que l'on trouve désormais à la vente, en gélules ou en infusion, sur internet.

- Nobel de l'environnement -

Chez les Cofan Avie, l'ayahuasca, appelée "yagé", est restée une culture vivante, partagée entre générations, connectée à la luxuriante nature qui les entoure et à leur ancestrale cosmogonie. Loin de toute folklorisation ou mercantilisme, mais ouverte sur le monde et à quelques visiteurs privilégiés, dont l'AFP.

Chaque fin de semaine, familiers, voisins et visiteurs, installés dans des hamacs, sous une maloca (maison de bois communautaire) plantée au coeur de la grande forêt, s'y retrouvent pour y boire l'étrange breuvage brunâtre et amer.

Sous la supervision du "taïtan" Isidro et de ses assistants, dans les effluves de tabac, les chants adressés aux "esprits", les nausées et les monologues enfiévrés des participants, c'est un voyage chaotique, hypnotique, intérieur et collectif, qui projette la conscience dans un nouvel espace inconnu...

"Notre culture vient de la connaissance de nos ancêtres sur la médecine du yagé, plante millénaire, plante sacrée...", explique Isidro, visage à la peau cuivrée, strié de maquillages aux motifs animaliers.

Le yagé "est avant tout un remède", souligne celui qui se voit d'abord comme un guérisseur.

Cueillie dans la forêt, la liane est "écrasée, mélangée à de l'eau, bouillie pendant des heures. Le cuisinier doit jeûner, suivre un régime spécial. Car c'est à ce moment-là que se prépare l'énergie de la plante".

Dans la famille Lucitante, la cérémonie a lieu à la nuit tombée, dans la maloca familiale, peinte de perroquets, serpents et têtes de panthères multicolores, ainsi que des visages des illustres anciens.

Les Cofan Avie sont connus en Equateur pour avoir remporté en 2018 une victoire juridique historique sur l'industrie minière, avec l'annulation par la justice locale de 52 concessions de mines d'or attribuées par l'Etat équatorien sans avoir consulté ni même informé la communauté.

Ce combat a été couronné en 2022 par le Prix Goldman, le Nobel des défenseurs de l'environnement, attribué à Alex Lucitante, l'un des leaders de la petite communauté.

- "Rééquilibrer le monde" -

Alex, 30 ans et l'un des fils du chamane Isidro, est celui qui a organisé la riposte aux chercheurs d'or, en mettant sur pied une garde indigène, des patrouilles et un système de drones de surveillance pour collecter les preuves des violations de leur territoire.

"Ce fut une lutte longue et difficile, pour protéger notre territoire et la nature, un chemin où nous avons été inspirés par la sagesse des anciens et le savoir du yagé", confie Alex à l'AFP.

Collier de dents de pécaris sur la poitrine, foulard rouge autour du cou et plume en travers du nez, ce "héros de la biodiversité", comme le désignent certaines ONGs, officie ce soir au côté de son père comme assistant et chanteur à la guitare pour accompagner le voyage et la transe des participants.

"La plante est tout pour nous, au même titre que notre territoire. Nous ne pourrions vivre sans l'un ou l'autre. C'est grâce à la médecine du yagé que nous pouvons nous connecter aux esprits et (...) rééquilibrer le monde. Le yagé est un chemin sacré qui nous invite à vivre en harmonie avec la nature".

"Le yagé ne se vend pas!", prévient d'emblée Isidro, qui dénonce son exploitation commerciale et les individus sans scrupule "qui font n'importe quoi avec la plante, ce n'est pas bon!".

"Le yagé n'est pas une drogue, c'est au contraire un remède qui nous rend meilleur", insiste de sa voix caverneuse le vieux chamane. "Mon grand-père buvait le yagé chaque semaine, il est mort à 115 ans! Nous sommes tous en pleine santé!".

Il est reconnu scientifiquement que l'ayahuasca ne crée aucune dépendance, et agirait au contraire contre l'addiction. "Des gens malades, certains accros à la drogue, viennent ici. Ils repartent apaisés, ou en meilleure santé", assure Isidro, selon qui le "yagé est un don de Dieu pour prendre soin de l'humanité".

"La plante peut tout guérir, si tu le fais avec foi et en respectant les règles", renchérit Alex, levant un voile discret sur la dimension ésotérique et initiatique de ce savoir caché.

"J'ai commencé à boire le yagé à l'âge de 5 ans. Depuis j'ai beaucoup souffert, mais c'est comme ça que j'ai appris. C'est un très long apprentissage...", commente Isidro

- La "purge" -

"Le contact avec cet autre monde peut s'avérer dangereux, c'est le rôle du chaman de guider et protéger le pratiquant", prévenait en 2004 le documentaire de référence sur le sujet, "D'autres mondes", du cinéaste Jan Kounen.

Boire de l"'ayahuasca est une proposition risquée", le breuvage "agissant comme un révélateur de la psyché, on ne sait jamais, avant de l'avoir ingéré, ce que ce puissant hallucinogène va révéler sur soi (...)", met en garde l'ouvrage "Deux plantes enseignantes, le tabac et l'ayahuasca".

C'est aussi un rite éprouvant, comme l'indique l'un des qualificatifs de la liane, la "purge". "Vous vomissez. Toute la mauvaise nourriture et les mauvaises énergies accumulées dans votre corps. C'est comme un grand nettoyage", décrit simplement Isidro.

Ensuite seulement "les visions peuvent venir. D'abord des couleurs. Puis, en se concentrant, la jungle apparaît. Viennent alors les animaux, le boa maître des rivières, le poisson-chat, ou encore le jaguar, maître de la chasse. Et enfin les personnes et les esprits... mais tout le monde ne peut pas les voir", précise, énigmatique, le vieux sage.

Sous la maloca, chacun se prépare au "voyage", les novices dans un silence d'appréhension, les habitués en papotant et plaisantant. Le "taïtan" appelle tour à tour chacun à boire une coupelle de l'écoeurante mixture.

Ordre d'éteindre la caméra, fini le journalisme. Chacun se cale dans son hamac. Ici commence la voie du serpent... "Là bas j'ai pénétré le monde des visions", a résumé Jan Kounen. "Là bas, j'ai tremblé en affrontant mes peurs, j'ai vomi en découvrant ma noirceur, et j'ai pleuré en traversant la lumière".

(H.Schneide--BBZ)