Berliner Boersenzeitung - Le coeur italien de la fast fashion, champ de bataille de la mafia chinoise

EUR -
AED 4.257886
AFN 73.02921
ALL 95.817917
AMD 437.281848
ANG 2.07505
AOA 1062.978988
ARS 1613.312372
AUD 1.673525
AWG 2.089444
AZN 1.983567
BAM 1.954017
BBD 2.33424
BDT 142.55419
BGN 1.981417
BHD 0.437693
BIF 3437.00418
BMD 1.159192
BND 1.486826
BOB 8.008105
BRL 5.977986
BSD 1.158977
BTN 107.56439
BWP 15.762497
BYN 3.446647
BYR 22720.162541
BZD 2.330873
CAD 1.609944
CDF 2660.345655
CHF 0.920027
CLF 0.026803
CLP 1058.330871
CNY 7.966837
CNH 7.97214
COP 4251.916133
CRC 538.838399
CUC 1.159192
CUP 30.718587
CVE 110.695617
CZK 24.508911
DJF 206.011511
DKK 7.472348
DOP 70.098958
DZD 153.894188
EGP 62.042623
ERN 17.387879
ETB 180.964195
FJD 2.616761
FKP 0.879249
GBP 0.870791
GEL 3.118534
GGP 0.879249
GHS 12.751035
GIP 0.879249
GMD 85.204531
GNF 10177.705362
GTQ 8.86587
GYD 242.561161
HKD 9.085457
HNL 30.787095
HRK 7.530696
HTG 152.129677
HUF 383.11932
IDR 19627.554294
ILS 3.635747
IMP 0.879249
INR 107.411772
IQD 1518.173248
IRR 1528829.304946
ISK 144.400737
JEP 0.879249
JMD 183.291913
JOD 0.821878
JPY 184.03158
KES 150.752775
KGS 101.371224
KHR 4648.941398
KMF 494.68483
KPW 1043.207097
KRW 1756.604853
KWD 0.358677
KYD 0.965873
KZT 550.954749
LAK 25447.144126
LBP 103805.641081
LKR 365.344961
LRD 213.117207
LSL 19.642507
LTL 3.422792
LVL 0.701183
LYD 7.389798
MAD 10.809509
MDL 20.415511
MGA 4903.777977
MKD 61.629952
MMK 2434.773759
MNT 4141.470892
MOP 9.357664
MRU 46.518629
MUR 54.261674
MVR 17.909689
MWK 2013.516367
MXN 20.679283
MYR 4.668071
MZN 74.14163
NAD 19.6425
NGN 1600.101911
NIO 42.652358
NOK 11.257366
NPR 172.103566
NZD 2.014253
OMR 0.445713
PAB 1.159002
PEN 4.032441
PGK 5.012317
PHP 69.825114
PKR 323.361962
PLN 4.28271
PYG 7527.032423
QAR 4.225588
RON 5.097086
RSD 117.377505
RUB 93.087935
RWF 1696.146978
SAR 4.351092
SBD 9.322265
SCR 16.1242
SDG 696.674312
SEK 10.912222
SGD 1.487568
SHP 0.869694
SLE 28.458447
SLL 24307.688488
SOS 662.332606
SRD 43.312058
STD 23992.933305
STN 24.47903
SVC 10.140701
SYP 128.377386
SZL 19.458331
THB 37.831388
TJS 11.082558
TMT 4.068764
TND 3.402051
TOP 2.791055
TRY 51.56105
TTD 7.866261
TWD 37.080812
TZS 3002.307538
UAH 50.714274
UGX 4317.189906
USD 1.159192
UYU 47.106801
UZS 14078.089729
VES 548.619881
VND 30527.320435
VUV 139.385868
WST 3.219903
XAF 655.395549
XAG 0.015329
XAU 0.000243
XCD 3.132774
XCG 2.088585
XDR 0.82413
XOF 655.350359
XPF 119.331742
YER 276.640762
ZAR 19.528177
ZMK 10434.121112
ZMW 22.338767
ZWL 373.25934
  • AEX

    16.8900

    976.73

    +1.76%

  • BEL20

    147.6300

    5220.82

    +2.91%

  • PX1

    164.1600

    7981.27

    +2.1%

  • ISEQ

    207.3600

    12263.35

    +1.72%

  • OSEBX

    -14.8900

    2053.05

    -0.72%

  • PSI20

    168.0300

    9299.86

    +1.84%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    164.1800

    3853.54

    +4.45%

  • N150

    78.7700

    3940.01

    +2.04%

Le coeur italien de la fast fashion, champ de bataille de la mafia chinoise
Le coeur italien de la fast fashion, champ de bataille de la mafia chinoise / Photo: Stefano RELLANDINI - AFP

Le coeur italien de la fast fashion, champ de bataille de la mafia chinoise

Lorsque Zhang Dayong a été retrouvé gisant dans une mare de sang sur un trottoir de Rome, touché par six balles, rien ne laissait imaginer un lien avec Prato, coeur de l'industrie textile italienne.

Taille du texte:

Mais une "guerre du cintre" fait rage dans cette ville située au nord de Florence, qui transforme le plus grand centre de fabrication de vêtements d'Europe, pilier du Made in Italy, en terrain de conflit entre groupes mafieux chinois rivaux.

A tel point que le procureur de Prato, Luca Tescaroli, a demandé de l'aide à Rome, réclamant une division antimafia et des renforts pour les juges et la police.

Selon lui, l'"escalade criminelle" a même dépassé les frontières de l'Italie pour toucher la France et l'Espagne.

Au-delà de la guerre pour le contrôle du marché des cintres et du transport de marchandises, la mafia chinoise "favorise l'immigration illégale de travailleurs de diverses nationalités" pour alimenter l'industrie de Prato, dans le cadre "d'un système économique complexe", explique à l'AFP M. Tescaroli.

Ce procureur antimafia chevronné estime que "le phénomène a été sous-estimé", ce qui a permis à la mafia d'étendre son influence.

La ville de 200.000 habitants, qui abrite l'une des plus grandes communautés chinoises d'Europe, a vu ces derniers mois des entrepreneurs et ouvriers chinois battus ou menacés, des voitures et des entrepôts incendiés.

Selon l'ancien responsable de la section enquête de la police de Prato, Francesco Nannucci, la mafia chinoise a aussi infiltré les salles de jeux clandestines, la prostitution et le trafic de drogue.

Pour les chefs de gangs, "commander à Prato signifie pouvoir diriger une grande partie de l'Europe", déclare M. Nannucci à l'AFP.

- "Système bien rodé" -

Les clans chinois, en particulier dans le secteur de la fast fashion, prospèrent grâce au "système de Prato", gangrené depuis longtemps par la corruption et documenté pour ses irrégularités : violations du droit du travail et des règles de sécurité, fraude fiscale et douanière.

Les quelque 5.000 entreprises de vêtements et tricot de Prato, pour la plupart de petits sous-traitants tenus par des Chinois, confectionnent des articles à bas prix qui finissent dans les commerces de toute l'Europe.

Ces ateliers émergent aussi vite qu'ils ferment, jouant au chat et à la souris avec les autorités pour éviter impôts et amendes.

Les tissus sont introduits clandestinement depuis la Chine, échappant aux droits de douane et aux taxes, tandis que les bénéfices repartent en Chine par le biais de transferts financiers illégaux.

Pour rester compétitif, le secteur repose sur une main-d’œuvre bon marché, disponible 24 heures sur 24, principalement originaire de Chine et du Pakistan et "essentielle à son bon fonctionnement", a déclaré M. Tescaroli devant une commission sénatoriale en janvier.

"Ce ne sont pas juste une ou deux brebis galeuses, mais un système bien rodé qui marche très bien : fermer, rouvrir, ne pas payer d'impôts", explique Riccardo Tamborrino, organisateur syndical du S.I. Cobas, qui mène des grèves au nom des immigrés.

Les enquêteurs affirment que ces immigrés travaillent sept jours sur sept, treize heures par jour pour environ trois euros de l'heure.

Pour M. Tamborrino, l'industrie textile de Prato est "exempte de toute loi, de tout contrat". "Ce n'est un secret pour personne", lâche-t-il.

- "Miss Fashion" -

Des camions circulent jour et nuit dans les rues plates de la zone industrielle de Prato, une étendue infinie d'asphalte bordée d'entrepôts et de vitrines, baptisées "Miss Fashion" ou "Ohlala Pronto Moda".

Derrière les portes métalliques ouvertes apparaissent des portants chargés de vêtements, des rouleaux de tissu et des piles de cartons prêts à l'expédition — une étape finale contrôlée par Zhang Naizhong, qualifié de "parrain des parrains" de la mafia chinoise en Italie.

Un document judiciaire de 2017 décrit Zhang comme "la figure dominante des cercles sans scrupules de la communauté chinoise" en Europe, disposant d'un monopole sur le transport et d'activités en France, en Espagne, au Portugal et en Allemagne.

L’homme tué à Rome aux côtés de sa compagne en avril était le bras droit de Zhang. Cette fusillade faisait suite à trois incendies criminels contre ses entrepôts situés près de Paris et de Madrid.

Selon M. Nannucci, Naizhong pourrait se trouver en Chine, après son acquittement en 2022 dans une importante affaire en cours contre la mafia chinoise, un procès miné par des irrégularités - manque d'interprètes et dossiers disparus.

La semaine dernière, une poignée d'hommes pakistanais ont manifesté devant l'entreprise qui les employait, après qu'elle eut fermé du jour au lendemain alors qu'elle venait d'accepter de leur fournir un contrat conforme au droit italien.

Muhammed Akram, 44 ans, a vu son patron vider discrètement l'usine de ses machines à coudre et autre matériel. "Patron filou", a-t-il lâché dans un italien approximatif.

Mais par peur des représailles, les ouvriers chinois du textile, majoritaires à Prato, ne manifestent jamais, affirment les militants syndicaux.

- Corruption -

Les évolutions de la fabrication de vêtements, la mondialisation et les migrations ont contribué au "système de Prato". La corruption également.

En mai 2024, le numéro deux des Carabiniers de Prato a été accusé d'avoir donné à des entrepreneurs italiens et chinois — parmi lesquels un responsable de la chambre de commerce — un accès à la base de données de la police pour obtenir des informations, notamment sur les travailleurs.

Les plaintes déposées par des travailleurs agressés "finissaient dans un tiroir, sans jamais parvenir au tribunal", a déclaré à l'AFP Francesca Ciuffi, représentante du syndicat S.I. Cobas.

Le maire de Prato a démissionné en juin dans le cadre d'une enquête pour corruption, accusé d'avoir accordé des faveurs à cet entrepreneur en échange de voix.

Ces derniers mois, le syndicat a obtenu pour des travailleurs de plus de 70 entreprises des contrats réguliers relevant du droit national.

Insuffisant pour aider ceux qui sont pris entre deux feux dans la guerre des mafias de Prato, où "des bombes ont explosé et des entrepôts ont été incendiés", a précisé Mme Ciuffi.

"Des gens qui se lèvent le matin et vont tranquillement travailler risquent d'être grièvement blessés, voire pire, à cause d'une guerre qui ne les concerne pas."

(Y.Berger--BBZ)