Berliner Boersenzeitung - Aux Etats-Unis, la "galère" du quotidien pour les foyers modestes

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Aux Etats-Unis, la "galère" du quotidien pour les foyers modestes
Aux Etats-Unis, la "galère" du quotidien pour les foyers modestes / Photo: Brendan Smialowski - AFP/Archives

Aux Etats-Unis, la "galère" du quotidien pour les foyers modestes

Dès l'aube, une file se forme devant un local de la banlieue de Washington. Des travailleurs modestes attendent l'ouverture d'une distribution alimentaire parce que leurs revenus ne leur permettent plus de faire face aux dépenses courantes.

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"C'est difficile en ce moment... payer le loyer, acheter à manger", explique à l'AFP Shirleyann Desormeaux, une mère de quatre enfants.

Même avec deux salaires à la maison, "ça ne suffit pas", appuie la quinquagénaire.

D'autant qu'elle ne travaille plus autant qu'avant - les établissements qui recourent à ses services de cuisinière semblent eux-mêmes en difficulté, rapporte-t-elle.

Mme Desormeaux fait partie de la centaine de personnes se présentant ce matin-là, dans un froid mordant, à la distribution organisée par une église protestante dans une petite zone commerciale du Maryland (est des Etats-Unis).

Toutes espèrent repartir avec des denrées de base.

Les prix de l'alimentation ont encore augmenté de 3,1% sur un an en décembre, selon l'indice officiel CPI.

Donald Trump considère que l'inflation "n'est plus un problème". Il célèbre plutôt l'insolente croissance américaine (+4,4% en rythme annualisé au troisième trimestre 2025, selon les dernières données disponibles), les records à Wall Street et les crédits d'impôts qu'il a fait voter.

Mais nombre d'économistes mettent en garde sur le fait que la première économie mondiale évolue très différemment selon que les gens vivent en bas ou en haut de l'échelle sociale.

Cela peut trivialement se résumer comme une situation où les riches sont de plus en plus riches - grâce à l'envolée des revenus du patrimoine financier et immobilier -, et les pauvres de plus en plus pauvres - en raison de l'inflation qui grignote leur pouvoir d'achat. La classe moyenne est aussi touchée.

Dans et autour de la capitale américaine (zone incluant les Etats limitrophes de Washington que sont le Maryland et la Virginie), un peu plus d'un tiers des foyers souffraient de précarité alimentaire l'an dernier, selon la principale banque alimentaire du secteur (Capital Area Food Bank).

"Parmi les personnes qui viennent, de plus en plus ont des revenus que l'on considère d'ordinaire comme plutôt élevés", relève Radha Muthiah, qui dirige l'organisation.

Cela inclut des familles de quatre personnes gagnant entre 90.000 et 120.000 dollars par an (environ de 75.000 à 100.000 euros), explique-t-elle, y voyant le résultat d'une "inflation durablement élevée" depuis la pandémie de Covid-19.

- Se "serrer la ceinture" -

"Les gens galèrent", reprend Mme Desormeaux.

Salih Taylor, 49 ans, gagne environ 4.200 dollars (3.500 euros), en fonction des missions sous-traitées par l'Etat fédéral.

Père d'un enfant, il raconte que ses revenus fondent vite, une fois payé son crédit immobilier et les factures.

Il n'imaginait pas fréquenter un jour une banque alimentaire. Son pasteur l'a incité à sauter le pas, relate-t-il à l'AFP.

"Cela aide beaucoup", reconnaît M. Taylor, qui récupère aussi parfois de la nourriture pour sa mère.

Peu de sorties au restaurant, limitation des excursions en voiture... "Je me serre la ceinture", résume Salih Taylor dans un rire nerveux.

Selon le pasteur Oliver Carter, la distribution alimentaire qu'il chapeaute voit affluer de plus en plus de monde, notamment des demandeurs d'asile privés de chèques alimentaires.

Les subventions de l'Etat fédéral ont également diminué pour les organisations comme la sienne: "C'est difficile maintenant de continuer à fonctionner", observe-t-il.

A près de 200 km de là, dans le Delaware, cela fait plusieurs mois que Tricia Jones loge dans une chambre d'hôtel avec son mari et leur enfant de cinq ans.

En raison d'une opération du dos, Mme Jones, 46 ans, a dû arrêter un temps de travailler. Très vite, elle n'a plus été en mesure d'honorer son loyer.

Elle et son mari ont tous deux un emploi désormais mais "la paie ne suffit pas face au coût de la vie", dit-elle à l'AFP.

Pas d'allocation familiale ni d'aide au logement: "C'est impossible pour nous d'assumer un loyer en plus des factures et de la garde du petit."

(G.Gruner--BBZ)