Berliner Boersenzeitung - Quand les patrons ne disent plus merci Macron

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Quand les patrons ne disent plus merci Macron
Quand les patrons ne disent plus merci Macron / Photo: Emmanuel DUNAND - AFP/Archives

Quand les patrons ne disent plus merci Macron

Brouille ou divorce ? Les relations entre le gouvernement et les patrons se sont détériorées depuis l'adoption d'un budget synonyme de trahison pour les entreprises, qui avaient jusque-là été choyées par Emmanuel Macron.

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Pourtant la rupture n’est pas totalement consommée. Le patronat reste sensible aux idées du centre et de la droite et ne désespère pas de trouver un nouveau candidat à son écoute à la présidentielle.

Une dernière passe d'armes a opposé ce weekend le président du Medef Patrick Martin, qui a déploré le manque "d'avancées significatives" pour les entreprises, à la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon qui a rappelé combien le président de la République avait "oeuvré" pour elles. "On lui a d'ailleurs souvent reproché d'être trop pro-business."

Le budget 2026 adopté au forceps moyennant de nombreuses concessions aux socialistes passe mal au Medef ou à la CPME, à qui le président de la République, grand adepte de la politique de l'offre, avait jusqu'à présent multiplié les cadeaux fiscaux.

En cause, le maintien d'une surtaxe d'impôt sur les sociétés (IS) pour 300 grandes entreprises qui ne devait pas être reconduite, ainsi que le renoncement à une baisse de la cotisation sur la valeur ajoutée (CVAE). Sans oublier la suspension de la réforme des retraites dans le budget de la Sécurité sociale.

- "Distance critique" -

De quoi altérer la confiance du Medef dans l'exécutif qui "se renie" selon lui, même si le gouvernement répète que la fiscalité des entreprises restera "stable".

La déception gagne même le camp présidentiel. Une ancienne ministre estime que "c'en est fini de la politique de l'offre" et pointe le risque de voir "des bataillons d'entrepreneurs et d'indépendants rejoindre les rangs du Rassemblement national".

Une autre trouve que sa famille politique manque de "distance critique par rapport à son bilan" économique, avec un Produit intérieur brut (PIB) par habitant qui a baissé en dix ans.

Elle pense que l'objectif d'un déficit à 5% du PIB n'est pas tenable et que le gouvernement aurait pu "avancer sur la question" de la mise à contribution "des retraités". Sauf que ces derniers représentent une part importante de l'électorat macroniste et ont été épargnés dans le budget.

Autre point de friction, l'idée du Medef d'un CDI jeune, un dispositif proche du Contrat première embauche (CPE) qui avait généré en 2006 une énorme mobilisation dans la rue contre lui.

Le gouvernement ne l'a pas retenue, priant l'organisation patronale de terminer d'abord les négociations en cours avec les syndicats, alors que le Medef refuse de siéger par ailleurs à la conférence Travail Emploi Retraites et est accusé d'avoir torpillé le précédent conclave sur les retraites.

- Oreille bienveillante -

Le divorce est toutefois loin. Le Medef a obtenu dans le budget que n'y figure pas la taxe Zucman sur les hauts patrimoines, contre laquelle il avait menacé d'organiser un meeting, rare pour cette organisation.

Pour la CPME, qui représente les petites entreprises, il n’y a "pas de rupture" avec le gouvernement mais "des négociations plus exigeantes". "La politique de l'offre demeure" même si elle est "désormais freinée" par le compromis budgétaire, selon l'entourage de son président Amir Reza-Tofighi.

Un conseiller ministériel relativise la brouille parce que les patrons sont "conscients également des concessions qui ont été faites" au nom de la stabilité.

Un cadre du parti Renaissance renvoie, lui, la balle à l'Elysée. Le budget n'est pas celui de la formation de Gabriel Attal, il est "l'héritage de la dissolution, qui est une décision du président de la République".

Si les liens étaient rompus, Patrick Martin, Amir Reza-Tofighi ou encore le distributeur Michel-Edouard Leclerc ne seraient pas venus à l'événement "La nuit de la République" de Gabriel Attal le 27 janvier, note-t-il.

Les patrons qui seront en 2027 orphelins d'Emmanuel Macron se cherchent surtout une nouvelle oreille bienveillante.

Patrick Martin voit à ce stade "émerger certaines propositions intéressantes (...) notamment chez LR, Horizons et Renaissance", des formations associées au gouvernement, tandis que la CPME souligne dans ce contexte "la nécessité de s’adresser à l’ensemble des forces politiques".

Reste à savoir si les patrons écouteront davantage le RN, favori du scrutin et dont le président Jordan Bardella présente un profil plus libéral sur le plan économique que Marine Le Pen.

(A.Berg--BBZ)