Berliner Boersenzeitung - Fruits et légumes contre sodas: le débat sur les marges de la grande distribution relancé

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Fruits et légumes contre sodas: le débat sur les marges de la grande distribution relancé
Fruits et légumes contre sodas: le débat sur les marges de la grande distribution relancé / Photo: Thomas SAMSON - AFP

Fruits et légumes contre sodas: le débat sur les marges de la grande distribution relancé

La grande distribution freine-t-elle l'accès à une alimentation saine en gagnant moins d'argent sur les produits d'appel mauvais pour la santé pour se rattraper sur les prix des produits frais ?

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L'association de défense des consommateurs Familles Rurales appelle l'Autorité de la concurrence à s'emparer de cette question, déjà au coeur d'une commission d'enquête parlementaire.

Familles rurales a annoncé jeudi réclamer à l'institution indépendante - qui n'a pas commenté - l'ouverture d'"une enquête sectorielle" sur la formation des prix en grandes surfaces pour juger de la conformité des pratiques, voire les sanctionner.

Dans son viseur, "la péréquation des marges" qui consiste, pour les supermarchés, à ne gagner quasiment pas d'argent sur certains produits d'appel sucrés comme le pot de Nutella de Ferrero ou la bouteille de Coca-Cola, et à se rattraper sur d'autres comme les fruits et légumes, explique à l'AFP Nadia Ziane, directrice du département consommation de l'association.

Le sujet n'est pas nouveau: "le coco de Paimpol finance le Coca d'Atlanta", résumait ainsi en 2012 l'actuel ministre du Commerce Serge Papin, alors président de Système U, en référence au haricot blanc breton.

Pourtant, aucune "mesure contraignante" sur la formation des prix ne figure dans la Stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat, publiée mercredi par le gouvernement après plus de deux ans d'attente, déplore Familles Rurales.

Pour illustrer son propos, l'association s'appuie sur ses propres relevés, comme sur des données de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires ou encore du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes.

Sur 2021-2023, "les producteurs ont vendu leurs fruits et légumes un peu plus de 12 milliards d'euros" quand "les consommateurs les ont payés presque 23 milliards", soit près du double, fait valoir Nadia Ziane.

Par ailleurs, "les fruits et légumes ont généré 247 millions d'euros de résultat net en 2021 pour la grande distribution, compensant les pertes d'autres rayons" comme la viennoiserie/pâtisserie (-65 millions), assure Familles Rurales, pour qui ces écarts "appellent une réponse structurelle".

Car nourrir une famille de quatre personnes "conformément aux recommandations du programme national nutrition santé (PNNS)" coûte "1.314 euros mensuels pour un panier bio" et 800 euros en non bio.

- "Mission impossible" -

Même en "renonçant à la diversité des produits et en isolant les moins chers", la facture atteint 539 euros, soit une "mission impossible pour les plus de 11 millions de personnes en situation de précarité alimentaire".

L'association observe toutefois, entre 2024 et 2025, une baisse de prix de 1,1 % sur les fruits et légumes frais, liée notamment à "des situations de surproduction" comme pour le chou-fleur.

Réagissant jeudi sur BFMTV/RMC, Michel-Edouard Leclerc, le président du comité stratégique du leader E.Leclerc, a dénoncé des positions "anti-distribution", rappelant que son enseigne a "développé le bio" et réclame "la généralisation du Nutri-score".

Certains de ses confrères ont déjà pu se défendre devant la commission d'enquête sur les marges des industriels et de la grande distribution, lancée par le Sénat en décembre à l'initiative des Ecologistes.

"Il n'y a pas de surmarge sur les produits sains par rapport aux produits ultra-transformés" car "nous gérons avant tout nos coûts", a notamment plaidé mercredi Thierry Cotillard, patron de Mousquetaires/Intermarché.

D'après son homologue de Coopérative U, Dominique Schelcher, "pour 100 euros dépensés" dans "nos magasins, il nous reste 1,94 euro en moyenne". Soit 2% de marge nette, une fois déduits les salaires, l'électricité et autres "grands postes de fonctionnement", pour une marge brute de 24/25%, a-t-il détaillé la semaine dernière.

"Sur un certain nombre de produits on se compare aux concurrents et on essaie d'être au même prix", a-t-il confirmé. Mais "le raisonnement de base du commerçant est de couvrir des charges".

Familles Rurales, Foodwatch et le Secours Catholique militent pour imposer aux distributeurs la vente à prix coûtant de 100 produits recommandés par le PNNS, une liste qu'étudie Coopérative U, selon M. Schelcher.

La commission d'enquête parlementaire doit achever ses travaux en mai 2026. Outre la santé et le pouvoir d'achat des consommateurs, la rémunération des agriculteurs focalisent les échanges, à l'heure où les tomates marocaines se vendent souvent moins cher que les tomates françaises...

(Y.Berger--BBZ)