Berliner Boersenzeitung - "Je dors trois heures par nuit": l'angoisse d'une Iranienne exilée, sans nouvelles de ses proches

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"Je dors trois heures par nuit": l'angoisse d'une Iranienne exilée, sans nouvelles de ses proches
"Je dors trois heures par nuit": l'angoisse d'une Iranienne exilée, sans nouvelles de ses proches / Photo: Patrick T. Fallon - AFP

"Je dors trois heures par nuit": l'angoisse d'une Iranienne exilée, sans nouvelles de ses proches

Depuis maintenant une semaine que les bombes tombent sur l'Iran, Simin Goodarzi vit dans l'angoisse permanente: cette exilée en Californie n'a plus aucune nouvelle de ses proches restés au pays, à cause du blocage d'internet par la République islamique.

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A 63 ans, la retraitée reste scotchée jour et nuit sur son portable, avec l'espoir d'obtenir quelques miettes d'information.

Sur "WhatsApp, Instagram, X, ou certaines chaînes d'information iraniennes", elle "regarde tout ce qui traite des frappes" américaines et israéliennes.

"Je dors trois heures par nuit, quatre si je suis chanceuse", confie-t-elle à l'AFP, après une manifestation à Los Angeles, capitale mondiale de la diaspora iranienne.

D'habitude, elle communique toutes les semaines avec sa cousine et sa meilleure amie, deux habitantes de Téhéran qu'elle considère "comme (s)es sœurs".

Les dernières nouvelles de sa cousine Shayesth datent de deux jours avant les premières frappes. Elle était alors en soins intensifs, après une "grosse opération au niveau de son cou".

"Si elle est toujours à l'hôpital, s'en est-elle sortie ?", souffle Mme Goodarzi. "Je ne sais rien de son état de santé."

Une ignorance particulièrement difficile à vivre, alors que plusieurs ONG font déjà état de plusieurs centaines de victimes civiles tuées depuis une semaine.

L'Américano-iranienne se désespère face à l'emprise hors du commun de la République islamique sur les télécommunications.

L'Iran avait déjà coupé internet pendant plusieurs semaines lors de la répression sanglante des vastes manifestations ayant secoué le pays en janvier, et durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin dernier.

- Peuple "pris en otage" -

A l'époque, sa meilleure amie Sohyla avait réussi à se réfugier avec son mari dans un village à quelques dizaines de kilomètres de Téhéran.

"Je suppose qu'ils ont peut-être fait la même chose", veut-elle croire. "Mais je ne peux qu'espérer, je n'en ai aucune idée."

Les Etats-Unis et Israël pilonnent des positions stratégiques du régime.

Mais cela n'efface pas le risque de dégâts collatéraux: plus de 160 personnes, dont de nombreux enfants, ont été tués dans une école de Minab (sud-est), dans une frappe dont les Etats-Unis pourraient être responsables, selon une enquête du New York Times.

Dans la capitale Téhéran, "les bases des combattants bassidji (les membres de la milice islamique, ndlr) sont dispersées dans toute la ville, c'est comme ça qu'ils contrôlent tout le monde", rappelle Mme Goodarzi.

Les bâtiments détruits sont donc souvent proches d'endroits où vivent sa famille et ses amis. De quoi la faire enrager, d'autant que l'armée israélienne diffuse des messages d'évacuation qui n'ont aucune chance d'atteindre ses proches.

"Le peuple iranien est pris en otage", se lamente-t-elle.

Au premier jour des frappes, une bombe est tombée dans le quartier où vit Mansoureh, la tante de son mari.

"Elle a réussi à nous appeler rapidement et nous a simplement dit qu'ils allaient bien. Mais depuis, plus rien", soupire-t-elle. "Cette tante est comme une mère pour lui, car c'est elle qui l'a élevé."

- "Culpabilité" -

Avant de fuir l'Iran en 1985, à cause du régime autoritaire instauré par les mollahs, Mme Goodarzi était infirmière. Alors face à cette guerre, elle ressent "beaucoup de culpabilité".

"J'aimerais rentrer et soigner mon peuple", lâche-t-elle. "Etre coincée ici me fait sentir tellement impuissante."

Une mauvaise conscience alimentée par l'espoir de voir la République islamique enfin tomber, après la mort du guide suprême Ali Khamenei - qui contrôlait l'Iran d'une main de fer depuis 47 ans.

"C'est tellement triste à dire, mais nous sommes heureux qu'ils soient bombardés", reconnaît-elle, en larmes. "Nous savons que des innocents pourraient mourir, mais ils mouraient déjà avant cela. Ce régime a tué des milliers et des milliers de personnes rien qu'en janvier."

A Chiraz, ville du sud-ouest ciblée par plusieurs bombardements cette semaine, le meilleur ami de son cousin Hamed a été abattu lors d'une manifestation en début d'année.

Sans nouvelle de lui, elle espère qu'il survivra aux frappes pour voir l'avènement d'un Iran libre.

"Nous devons être forts, nous n'avons pas le choix", se ressaisit-elle. "Nous devons récupérer notre pays."

(T.Renner--BBZ)