Berliner Boersenzeitung - La BCE bousculée par le choc énergétique au Moyen-Orient

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La BCE bousculée par le choc énergétique au Moyen-Orient
La BCE bousculée par le choc énergétique au Moyen-Orient / Photo: FREDERICK FLORIN - AFP/Archives

La BCE bousculée par le choc énergétique au Moyen-Orient

La flambée des prix de l'énergie due à la guerre au Moyen-Orient dominera la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) jeudi, avec des conséquences encore incertaines sur l'inflation et la croissance en zone euro.

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Le conflit a entraîné une quasi-paralysie du détroit d'Ormuz par l'Iran — passage clé par lequel transite environ 20% du pétrole mondial — ainsi que des attaques contre des infrastructures énergétiques du Golfe, faisant bondir les prix du pétrole et du gaz.

L'impact se fait sentir en Europe sur les prix de l'essence à la pompe et dans les entreprises, en particulier celles énergivores.

De quoi, en cas de prolongation du conflit, fragiliser davantage une croissance déjà poussive et gonfler l'inflation, le pire des scénarios pour les gardiens de l'euro.

Si des tensions inflationnistes poussent généralement à relever les taux, la BCE devrait néanmoins selon les économistes laisser les siens inchangés dans l'immédiat, le temps d'évaluer les répercussions d'un conflit qui n'en est qu'à sa troisième semaine.

Le taux de dépôt, qui sert de référence, va demeurer à 2%, comme depuis juillet, tandis que l'inflation évolue ces derniers mois autour de l'objectif de 2%.

- "Naviguer à vue" -

En l'absence de signes d'une accélération de l'inflation sous-jacente, celle excluant les prix volatils de l'énergie et des matières premières, la BCE n'a "pas vraiment d'argument pour une hausse de taux", explique à l'AFP Reinhard Pfingsten, directeur des investissements d'ApoBank.

"Ils vont simplement naviguer à vue", ajoute-t-il.

D'autres banques centrales vont opter cette semaine pour la même prudence.

La Réserve fédérale américaine a sans surprise maintenu mercredi ses taux inchangés pour la deuxième réunion consécutive, expliquant dans un communiqué que "les implications des événements au Moyen-Orient pour l'économie américaine sont incertaines".

La Banque d'Angleterre et celle du Japon devraient, elles aussi, maintenir leurs taux lors de leurs réunions jeudi.

- Nouvelles projections -

La BCE se décidera sur son cap monétaire en fonction de nouvelles projections économiques à l'horizon 2028.

Un exercice reposant normalement sur des hypothèses arrêtées un mois à l'avance, mais qui devrait cette fois intégrer au moins partiellement les hausses du prix du Brent et du gaz observées depuis fin février, avec leurs effets difficiles à jauger sur l'économie réelle.

Felix Schmidt, économiste chez Berenberg, estime que la patronne de la BCE, Christine Lagarde, "insistera très probablement devant la presse sur le degré d'incertitude exceptionnel et sur une approche dépendante des données, réunion par réunion".

La semaine dernière, elle avait affirmé que l'institution ferait "tout ce qui est nécessaire" pour maîtriser l'inflation, un message qui pourrait également être réitéré.

Les marchés, qui ont nettement avancé leurs anticipations de première hausse des taux de la BCE cette année en raison de la flambée du pétrole, scruteront tout signal susceptible de les confirmer.

Mme Lagarde pourrait aussi relativiser les comparaisons avec la forte inflation qui avait suivi l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, période durant laquelle la BCE avait été critiquée pour sa réaction jugée trop lente.

Le contexte était alors "très différent", selon Jack Allen-Reynolds, économiste Europe chez Capital Economics: un mélange de politiques monétaire et budgétaire accommodantes, de choc énergétique et de chaînes d'approvisionnement perturbées créé un "cocktail explosif pour l'inflation".

"Nous ne sommes plus dans ce monde-là aujourd'hui", conclut-il.

Enfin, Christine Lagarde pourrait être interrogée sur son avenir à la tête de la BCE, après un article du Financial Times en février laissant entendre qu'elle pourrait quitter ses fonctions avant le terme prévu fin octobre 2027.

Elle a depuis affirmé qu'elle entendait "aller jusqu'au terme" de son mandat.

(O.Joost--BBZ)