Berliner Boersenzeitung - Le procès pour viols et agressions sexuelles d'un ostéopathe s'ouvre à Strasbourg

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Le procès pour viols et agressions sexuelles d'un ostéopathe s'ouvre à Strasbourg
Le procès pour viols et agressions sexuelles d'un ostéopathe s'ouvre à Strasbourg / Photo: Damien MEYER - AFP

Le procès pour viols et agressions sexuelles d'un ostéopathe s'ouvre à Strasbourg

Accusé de viols et agressions sexuelles sur 29 de ses patientes, un ostéopathe est jugé à partir de lundi à Strasbourg pour deux semaines de procès.

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Pierre Garitte, 37 ans, exerçait depuis 2014 et était implanté à Eschau, une banlieue cossue au sud de Strasbourg.

Il a été renvoyé devant la cour criminelle du Bas-Rhin pour des viols sur huit patientes et des agressions sexuelles sur 21 d'entre elles, "commis par une personne abusant de l'autorité que lui confère sa fonction", selon l'accusation.

Le procès, qui doit s'achever le 12 juin, commencera par l'examen de questions de procédure, le fond du dossier ne devant être examiné qu'à partir de mardi.

Les 29 patientes - dont 23 s'étaient constituées parties civiles à quelques jours de l'ouverture - l'accusent de leur avoir touché les parties intimes en consultation.

Or, tout toucher "interne" est proscrit dans cette profession relevant des pratiques de soins non conventionnelles, a précisé à l'AFP Philippe Sterlingot, porte-parole de l'Unité pour l'ostéopathie.

En garde à vue, Pierre Garitte a d'abord affirmé s'être cantonné à des "points de pression dans la zone du périnée", avant de reconnaître les gestes qui lui étaient reprochés, mais en niant toute intention sexuelle, selon une source proche du dossier.

Placé sous contrôle judiciaire, il a interdiction d'exercer son métier. Son avocat, Yves Sauvayre, s'est borné à affirmer qu'il défendrait son innocence et que ses actes n'avaient aucun caractère sexuel.

- "Vulnérabilité" -

Bien que la première plainte à son encontre remonte à 2018, l'enquête n'a réellement débuté qu'avec la plainte pour viol d'une patiente en octobre 2020.

En épluchant le répertoire de patientes du praticien, les enquêteurs ont remonté le fil et identifié d'autres femmes témoignant d'actes répréhensibles.

"Cette affaire révèle une violence profonde: ces femmes ont remis leur corps à un soignant parce qu'elles pensaient que leur vulnérabilité serait protégée par +l'éthique+ même du soin. Et c'est justement cette confiance thérapeutique qui sera au cœur des débats", a déclaré Sendegul Aras, avocate de six parties civiles.

Voir un professionnel de santé jugé pour des violences sexuelles est encore rare, notent plusieurs observatrices.

Mais le tabou qui les entoure se lève progressivement depuis une dizaine d'années, relève Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol. Les professionnels de santé sont mieux formés à recueillir le consentement des patientes, et les patientes dénoncent davantage des actes qui leur semblent anormaux.

Aboutissant à des procès comme ceux, à venir, des gynécologues Phuoc-Vinh Tran, renvoyé pour viols et agressions sexuelles sur une centaine de patientes, ou Emile Daraï à Paris, mis en examen pour violences volontaires.

- "Que ça serve" -

Pour Sonia Bisch, présidente de l'association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, alléguer l'absence d'intention sexuelle pour se défendre d'avoir violé ou agressé relève de la "désinformation" et d'une volonté de "brouiller les cartes". "Ce n'est pas parce qu'on consent à des soins qu'on va consentir à tout et de n'importe quelle manière."

"Il y a une stratégie, chez les agresseurs professionnels, de laisser penser que ça fait partie du soin", estime aussi Emmanuelle Piet. "Mais en aucun cas le viol ne fait partie du soin."

La plupart des procès pour viol se tiennent à huis clos, mais à quelques jours de l'ouverture, aucune demande en ce sens n'a été déposée. Seule une plaignante a demandé un huis clos partiel, pour être entendue sans public.

"Ce qui envahit ma cliente, c'est que ce procès se tienne, qu'il (l'accusé, NDLR) assume ses responsabilités" plus de cinq ans après le début de la procédure, a affirmé à l'AFP Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate d'une autre patiente.

"Et au-delà de ça, ce qui est important pour elle, c'est que ça serve pour les autres. D'où le fait qu'on ne demande pas le huis clos: que ça puisse faire résonance chez des personnes qui n'ont pas osé, ou qui n'ont pas pu, ou qui ont cru que c'était de leur faute".

(P.Werner--BBZ)