Berliner Boersenzeitung - Adopter l'IA: à Lille, entreprises et chercheurs échangent sur ses usages concrets

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Adopter l'IA: à Lille, entreprises et chercheurs échangent sur ses usages concrets
Adopter l'IA: à Lille, entreprises et chercheurs échangent sur ses usages concrets / Photo: Sameer Al-DOUMY - AFP/Archives

Adopter l'IA: à Lille, entreprises et chercheurs échangent sur ses usages concrets

Au-delà des gigantesques investissements annoncés pour construire des méga-centres de données, les retombées de l'intelligence artificielle restent encore inégales selon les secteurs et les usages: le défi de la convertir en bénéfices concrets pour tous était au coeur d'un sommet vendredi à Lille.

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"L'IA n'est pas encore réellement arrivée" dans les usages, estime Gautier Cloix, dirigeant de H Company, qui développe des agents capables d'utiliser les ordinateurs à la place des humains.

Par exemple, dans les tâches administratives, "on ne l'utilise pour le moment que pour de petites tâches, comme trier les mails, suggérer des réponses", mais son entreprise espère réduire à quasi néant le temps passé avec clavier et souris dans certains métiers.

Même constat chez Jacques Pommeraud, PDG d'Inetum, société spécialisée dans la transformation numérique des entreprises. Selon lui, près d'une société sur cinq affirme utiliser l'IA, mais "moins de 5%" constatent pour l'instant un impact significatif sur leurs résultats.

Pour autant, il compare son arrivée à celle de l'électricité au 19e siècle. Une transformation majeure, appelée selon lui à produire un "solde positif d'emplois", mais au prix d'un "énorme besoin de formation et de réapprentissage".

"La dernière fois qu'il y a eu un gros saut technologique" avec l'arrivée d'internet, "ça c'est mal passé", rappelle Joseph Oughourlian, président de Prisa, groupe de médias hispanophones et patron également du RC Lens, évoquant les risques démocratiques liés à l'IA.

- Inquiétudes pour l'emploi -

Selon un sondage Elabe réalisé pour la région Hauts-de-France et dévoilé vendredi, près de deux Français sur trois utilisent désormais l'intelligence artificielle. Mais une majorité continue de percevoir cette technologie comme une menace et 46% souhaitent un encadrement renforcé de son développement.

"Ce serait assez irresponsable de dire: +allons y de façon débridée+", estime la ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle, Anne Le Hénanff. A Lille, elle a défendu le cadre européen qui permet de développer une IA "éthique, qui respecte l'environnement et sécurisée".

L'Europe veut "une IA qui reflète nos valeurs démocratiques" a également souligné, dans un message vidéo, Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission européenne chargée du Numérique.

Si l'IA promet des gains de productivité considérables, elle nourrit aussi les inquiétudes concernant l'emploi.

Des métiers "vont disparaître", reconnaît Anne Le Hénanff, tout en estimant que les centres de données créeront des emplois qualifiés. Elle s'est dite "très attachée à ce que les travailleurs ne soient pas les premières victimes de l'IA".

Les centres de données représentent déjà "48.000 emplois en France", selon Olivier Micheli, PDG de Data4, qui prévoit de construire deux centres de données géants dans le Nord.

- "Rupture" et "fracture" -

L'objectif du sommet lillois et du festival qui suivra dans la région jusqu'au 19 juin est de déplacer le débat des infrastructures vers leurs retombées concrètes: emploi, services publics, formation ou santé.

La région Hauts-de-France, qui aspire à devenir un pôle européen de l'intelligence artificielle, portée par une série de projets de centres de données de très grande puissance sur son territoire (Data4, SoftBank), entend ainsi montrer les bénéfices attendus pour tous.

La tech, "c'est à la fois des emplois, mais c'est aussi des perspectives et des usages", a plaidé le président de la région Xavier Bertrand (LR), après avoir esquissé un pas de danse avec un robot humanoïde.

Pour convaincre la population, il mise sur la "transparence", notamment concernant la consommation énergétique des centres de données et la réutilisation de "l'énergie qu'ils produisent" en surplus pour alimenter les réseaux de chaleur urbains.

Pour le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, intervenu en visioconférence, "l'IA constitue une rupture dans la technologie de la connaissance (...) quasiment du même ordre que l'invention de l'écriture".

Toutefois, étant fondée sur la "maîtrise du langage", l'IA va introduire "une nouvelle fracture en termes d'inégalités sociales", comme la qualité de sa production dépend du degré de précision et de clarté des instructions que l'utilisateur lui donne, a-t-il tempéré.

Depuis l'Elysée, le président français a salué les nombreux investissements annoncés et le sommet lillois, qui permet de "penser l'évolution de l'intelligence artificielle" et son "adoption".

(K.Müller--BBZ)