Berliner Boersenzeitung - Chère et incertaine, l'électrification bouscule les PME énergivores allemandes

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Chère et incertaine, l'électrification bouscule les PME énergivores allemandes
Chère et incertaine, l'électrification bouscule les PME énergivores allemandes / Photo: SASCHA SCHUERMANN - AFP

Chère et incertaine, l'électrification bouscule les PME énergivores allemandes

Chauffer du métal à près de 1.500 degrés tout en visant la neutralité carbone : c'est le défi que s'est fixé d'ici 2030 un fabricant allemand de tubes de précision, confronté à des coûts d'électricité élevés et à de lourds investissements.

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Dans un pays confronté au ralentissement industriel et à des coûts énergétiques élevés, la neutralité climatique à l'horizon 2045 fixée par le gouvernement constitue un défi croissant pour le Mittelstand, le tissu de PME exportatrices au cœur du modèle allemand.

La fonderie de MPG Tubes, PME de 145 salariés installée dans le bassin industriel du Sauerland (ouest), partiellement électrifiée, utilise encore deux fours au gaz naturel afin de porter le métal à très haute température et ainsi créer des alliages ensuite étirés mécaniquement pour un rendu parfaitement lisse.

"La grande tâche qui se dresse devant nous est d'électrifier toutes les applications de gaz naturel", explique à l'AFP le patron de l'entreprise Andreas Gahl, soulignant que "c'est un tout autre défi que de mettre en oeuvre de simples mesures d'efficacité énergétique".

Son objectif : fabriquer d'ici quatre ans "un produit neutre pour le climat" à condition de rester "rentable".

- Crédit à financer -

Mais le projet se heurte aux prix de l'électricité en Allemagne, nettement supérieurs à ceux de pays concurrents comme la Chine ou l'Inde, un écart régulièrement dénoncé par les industriels.

Il serait bien plus rentable pour M. Gahl de produire exclusivement à partir de gaz naturel, dont le coût avoisine les 7 centimes par kilowattheure, contre quelque 20 centimes pour l'électricité.

Par ailleurs, l'électrification complète du site nécessitera environ 6 millions d'euros d'investissements pour une société réalisant quelque 40 millions d'euros de chiffre d'affaires et qui devra donc s'endetter.

"La transformation remplace des coûts variables par des coûts fixes : si une crise survient et que j'ai moins de commandes, la charge du crédit reste", déplore M. Gahl.

Selon Martin Theuringer, directeur de la Fédération allemande de l'industrie de la fonderie (BDG), les banques appliquent en outre des primes de risque aux projets de transformation industrielle, réduisant encore les marges de manoeuvre financières des PME.

Entre impératif climatique et pression sur la compétitivité, celles-ci doivent ainsi arbitrer entre investir massivement ou risquer de décrocher face à leurs concurrents internationaux.

M. Gahl se dit lui déterminé, porté par sa "conviction personnelle" de la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique et convaincu qu'il est possible de mener cette transition "sans pertes économiques majeures".

- Manque d'électricité -

Pour d'autres entreprises, l'obstacle n'est pas que financier, il est d'abord technique: l'accès à l'électricité.

Dans le nord-ouest du pays, la fonderie LEDA ne peut électrifier son processus de fusion faute de puissance suffisante.

Son dirigeant, Fynn-Willem Lohe, dénonce auprès de l'AFP "des réseaux trop faibles", parfois "vieux de 80 ou 100 ans", illustrant un autre talon d'Achille de l'économie allemande, déjà visible dans les infrastructures ferroviaires.

L'entreprise a besoin de 7 mégawatts (MW) pour sa transition énergétique mais ne dispose que de 2 MW. "On nous parle d'un raccordement d'ici deux ou trois ans, mais en réalité ce sera probablement six ou sept", dit-il.

Pour M. Theuringer, il s'agit d'un goulot d'étranglement pour les entreprises de la fonderie, dont "au moins 90%" ne peuvent espérer une connexion suffisante avant le milieu des années 2030.

L'entreprise LEDA "fait encore des bénéfices mais beaucoup moins qu'avant", selon M. Lohe, et a dû réduire ses effectifs, craignant en outre que la transition, une fois réalisée, augmente ses coûts de fonctionnement.

Ceux liés à la modernisation du réseau électrique se répercutent sur les factures des entreprises via les frais de réseau, qui ont quadruplé depuis 2011, selon la BDG.

"Pour une entreprise de taille moyenne, cela représente 2 millions d'euros de charges supplémentaires annuelles sur quinze ans", souligne M. Theuringer.

- Berlin aide -

Pour soutenir les secteurs les plus énergivores comme la chimie, l'acier et le ciment, le gouvernement allemand a mis en place en avril un dispositif de compensation du prix de l'électricité jusqu'en 2028, adoubé par la Commission européenne.

Cette aide, calculée sur les prix du marché de gros, pourrait atteindre 3,75 centimes par kilowattheure en 2026, selon l'exécutif.

D'après les dernières données de l'institut statistique Destatis, le prix moyen total de l'électricité - incluant taxes, redevances et prélèvements - s'élevait à environ 23,7 centimes par kwh au second semestre 2025.

Pour la fédération de la fonderie, ce soutien est une mesure en trompe-l'oeil qui n'apporte pas de "véritable soulagement" aux entreprises: selon ses propres calculs, l'allègement se limiterait à environ 1 centime par kWh.

Elle critique aussi l'obligation de réinvestir la moitié des aides dans des projets de décarbonation, même ceux non rentables à court terme.

"Il est clair que nous investissons beaucoup dans l'incertitude", admet M. Gahl.

"C'est pourquoi nous le faisons prudemment, étape par étape, pour ce que nous pouvons anticiper", conclut-il.

Comme lui, beaucoup d'industriels allemands évoluent dans un environnement marqué par la volatilité des prix de l'énergie et un manque de visibilité durable depuis "les crises successives", notamment celle déclenchée par la guerre russe en Ukraine.

(S.G.Stein--BBZ)