Berliner Boersenzeitung - Santé périnatale: alerte sur des "défis persistants", malgré certains progrès

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Santé périnatale: alerte sur des "défis persistants", malgré certains progrès
Santé périnatale: alerte sur des "défis persistants", malgré certains progrès / Photo: MYCHELE DANIAU - AFP

Santé périnatale: alerte sur des "défis persistants", malgré certains progrès

Hausse de la mortalité infantile, santé mentale dégradée chez les futures ou jeunes mères... Malgré des progrès sur certains indicateurs comme le tabagisme, la santé périnatale reste confrontée à des "défis persistants" en France.

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L'agence Santé publique France publie mercredi une nouvelle photographie de l'évolution, de 2014 à 2024, d'une centaine d’indicateurs concernant la santé périnatale -la santé de la femme enceinte, puis mère, et du nourrisson-, à partir de multiples données (registres de populations, données du système de santé, enquêtes nationales...).

Elle montre des contrastes marqués dans le temps et dans l'espace, avec, pour la première fois, un éclairage poussé sur la santé mentale.

S'il y a des "progrès réels", comme une baisse de la prématurité ou du tabagisme pendant la grossesse, d'autres signaux sont "préoccupants": hausse de la mortalité infantile, inégalités territoriales, dégradation de la santé avant la grossesse, besoins de prévention mal satisfaits...

Or "tous les événements pendant la grossesse et le post-partum vont avoir un retentissement" aux diverses étapes de la vie sur l'enfant, sa mère et son partenaire, a souligné lors d'une conférence de presse Michel Vernay, directeur de la Direction des maladies non transmissibles et traumatismes.

En France, où le nombre de naissances recule, l'âge de la mère à l'accouchement augmente (31,1 ans en moyenne).

Cela s'accompagne d'"une détérioration de la santé des femmes avant la grossesse: surpoids/obésité (38 %), diabète préexistant (1%) et hypertension artérielle chronique (1,63 %), des facteurs qui favorisent la hausse du diabète gestationnel (15%, contre 7,5% en 2012) et augmentent les risques de complications", a résumé l'agence sanitaire.

Et la mortalité infantile, portée par une hausse des décès de nouveau-nés entre la naissance et leur 27e jours, ne cesse de progresser.

Avec 4,08 décès pour 1.000 naissances vivantes en 2024 -soit une augmentation en moyenne de 1% par an entre 2014 et 2024-, la France se situe au 21e rang européen sur 27, loin des meilleurs élèves tels la Suède, la Finlande ou l'Espagne.

Et, sur son territoire, les disparités régionales sont fortes, avec une situation particulièrement inquiétante Outremer, Mayotte en tête. Pour la mortalité entre 0 et 1 an de vie, les DROM ont ainsi des taux 1,4 à 2,6 fois supérieurs à la moyenne nationale.

Si des affections périnatales et des anomalies congénitales peuvent expliquer en partie cette mortalité infantile en France, les causes sont "manquantes" dans environ 10% des cas, "une part non négligeable" et en augmentation depuis 2020, a relevé Elodie Lebreton, chargée d'études scientifiques.

- Une prévention insuffisante -

Autre domaine d'alerte: la santé mentale des femmes, dans une période de plus grande vulnérabilité.

Deux mois après l'accouchement, 17% des femmes (environ 1 femme sur 6) souffrent de symptômes dépressifs, 27% de symptômes d’anxiété (environ 1 femme sur 4) et 5,5 % (environ 1 femme sur 20) ont des idées suicidaires, a ainsi estimé Santé publique France.

Là encore, les disparités territoriales sont marquées, avec notamment près de 30% des femmes ayant accouché en Guadeloupe présentant des symptômes dépressifs, 21,7% en Centre-Val-de-Loire, 20,5% en PACA et 19,3% en Ile-de-France.

"Les profils les plus à risque" associent des facteurs socio-économiques (manque de soutien des proches, difficultés à communiquer avec les soignants...), psychiatriques (antécédents de troubles, etc) et obstétricaux, notamment un accouchement par voie basse instrumentale, a précisé Michel Vernay.

Près de 200.000 femmes pourraient ainsi être concernées chaque année par des symptômes de dépression, de l’anxiété ou des idées suicidaires à cet horizon. Complications obstétricales, difficultés à forger le lien mère-bébé, risques accrus de troubles du développement chez l’enfant peuvent en découler.

La prévention, elle, reste insuffisante.

Les entretiens prénatal et postnatal précoces, obligatoires depuis 2020 et 2022 respectivement, n'ont ainsi bénéficié qu'à 62% des femmes pour les premiers et 25% pour les seconds.

Et près des trois quarts des femmes s'étant déclarées en difficultés psychologiques pendant leur grossesse, plus souvent avec des pathologies liées (diabète gestationnel, hypertension, anémie...), n’ont pas bénéficié de soins en santé mentale avant l'accouchement.

Santé publique France appelle à renforcer la prévention, à approfondir les recherches sur les causes de la hausse de la mortalité infantile, à mobiliser face aux risques liés à l’augmentation de l’âge maternel et à la détérioration de la santé préconceptionnelle.

Mardi, le gouvernement a présenté les premières recommandations d'une mission sur la périnatalité, dont la création aussi vite que possible d'une "instance nationale de la périnatalité, rassemblant l’ensemble des professionnels, usagers et administrations concernés".

(Y.Yildiz--BBZ)