Berliner Boersenzeitung - Quand les abricots arméniens deviennent un champ de bataille avec la Russie

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Quand les abricots arméniens deviennent un champ de bataille avec la Russie
Quand les abricots arméniens deviennent un champ de bataille avec la Russie / Photo: KAREN MINASYAN - AFP

Quand les abricots arméniens deviennent un champ de bataille avec la Russie

Les yeux embués, Aramais Kazaryan avance entre les rangées d'abricotiers de son verger en Arménie en redoutant de ne plus pouvoir écouler sa récolte sur son principal marché, la Russie.

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"L'abricot est un symbole de l'Arménie. Son goût et son parfum sont royaux, c'est une merveille parmi les merveilles", assure cet agriculteur de 75 ans à l'AFP.

Aramais Kazaryan cultive ses terres depuis plus de trois décennies, dans le village de Vosketap, dans la vallée de l'Ararat, à une dizaine de kilomètres de la frontière avec la Turquie.

Mais il observe désormais avec inquiétude ses fruits emblématiques qui mûrissent à l'ombre de la montagne biblique, car ils figurent parmi les victimes collatérales de la dégradation des relations entre Moscou et Erevan.

Quelques jours avant les élections législatives du 7 juin, la Russie a imposé une série de restrictions sur les importations de produits arméniens, invoquant des préoccupations sanitaires non détaillées.

En Arménie, beaucoup y voient des mesures de rétorsion politique sanctionnant le gouvernement du Premier ministre Nikol Pachinian pour son rapprochement avec l'Occident.

- "C'est impardonnable" -

Aramais Kazaryan a planté son premier arbre en 1991, après l'effondrement de l'Union soviétique et la redistribution des terres agricoles aux propriétaires privés.

Cinq ans plus tard, il expédiait ses premiers fruits, exclusivement vers le marché russe.

Connu des Romains sous le nom de "pomme d'Arménie", l'abricot figure parmi les principales productions agricoles du pays.

Comme les autres fruits, il est désormais interdit de l'importer en Russie, de même que les légumes et les fleurs, ainsi que plusieurs produits phares du pays, notamment l'eau minérale de Jermuk, le poisson, le vin et le brandy arménien.

"Pendant des décennies, ce commerce a fonctionné normalement. Et soudain, tout a changé?", s'interroge Aramais Kazaryan.

"C'est impardonnable. Cela ne vise ni Pachinian ni les dirigeants, mais notre peuple", ajoute-t-il.

La fermeture soudaine de ce marché oblige les producteurs à revoir leur stratégie, axée sur la quantité plutôt que sur la qualité.

- Refroidissement -

Longtemps considéré comme l'un des alliés les plus fidèles du Kremlin dans le Caucase, le pays a progressivement pris ses distances avec la Russie après les affrontements avec l'Azerbaïdjan autour du Karabakh.

Les autorités arméniennes reprochent notamment à Moscou de ne pas avoir suffisamment agi lorsque Bakou a repris le contrôle total de ce territoire en 2023.

Depuis, le gouvernement de Nikol Pachinian a gelé sa participation à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance militaire dominée par Moscou, renforcé ses relations avec Washington et engagé le pays sur la voie d'un rapprochement avec l'Union européenne.

Cependant, le pays reste membre de l'Union économique eurasiatique dirigée par Moscou et accueille une base militaire russe sur son territoire.

Malgré ce climat tendu, le parti du Premier ministre est sorti vainqueur des élections législatives du 7 juin.

Moscou a évoqué de supposées irrégularités dans le scrutin et le président Vladimir Poutine n'a toujours pas adressé de félicitations officielles au dirigeant arménien.

- Guerre commerciale -

Face aux conséquences de ce qui est désormais qualifié de guerre commerciale par de nombreux observateurs, les autorités arméniennes tentent d'amortir le choc.

Début juin, le gouvernement a approuvé plusieurs mesures de soutien aux agriculteurs, dont des subventions aux exportateurs exploitant des serres.

Erevan prend également en charge certains droits de douane pour les fruits, légumes et fleurs exportés vers les marchés européens.

La Commission européenne a de son côté annoncé plus de 50 millions d'euros d'aide immédiate, ainsi que des mesures accordant à près de 80% des exportations arméniennes un accès sans droits de douane au marché unique de l'UE.

"Le temps où l'on considérait les produits arméniens comme non compétitifs en Europe est révolu", a récemment déclaré au parlement le ministre de l'Economie, Gevorg Papoyan.

Des investisseurs italiens ont déjà planté de vastes vergers dans un village voisin de Vosketap et ont commencé à exporter leurs produits vers leur pays d'origine.

Cependant, les économistes jugent la transition incertaine.

Selon Ashot Aramyan, l'Arménie a exporté en 2025 près de 200 millions de dollars de fruits, légumes et fleurs frais. Plus de 93% de ces exportations étaient destinées à la Russie.

"Il sera impossible de rediriger l'intégralité de cette production vers les marchés européens ou d'autres destinations", estime l'économiste.

Selon lui, les producteurs risquent de se retrouver confrontés à une surproduction importante, susceptible d'entraîner faillites et tensions sociales dans les régions rurales.

Le gouverneur de la Banque centrale, Martin Galstyan, a averti que l'économie arménienne pourrait se contracter jusqu'à 2% si les exportateurs ne parviennent pas à trouver rapidement de nouveaux débouchés.

(A.Berg--BBZ)