Berliner Boersenzeitung - Après 15 ans de croissance, la Côte d'Ivoire mise sur l'émergence de champions économiques locaux

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Après 15 ans de croissance, la Côte d'Ivoire mise sur l'émergence de champions économiques locaux
Après 15 ans de croissance, la Côte d'Ivoire mise sur l'émergence de champions économiques locaux / Photo: Issouf SANOGO - AFP/Archives

Après 15 ans de croissance, la Côte d'Ivoire mise sur l'émergence de champions économiques locaux

Cosmétiques naturels, banque en ligne, distribution de pétrole et gaz, compagnie aérienne: après 15 ans de croissance soutenue, la Côte d'Ivoire mise sur l'émergence de robustes entreprises, des "champions nationaux" privés, acteurs clés de son plan de développement à l'horizon 2030.

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Au cœur de la zone industrielle de Yopougon, en périphérie d'Abidjan, des ouvrières remplissent à la chaîne des milliers de bouteilles de cosmétiques à base de beurre de karité.

Dans le tumulte des machines, Fodé Yattabaré raconte comment son entreprise, Kaera, a modestement démarré dans un petit appartement à la fin des années 2000.

Aujourd'hui forte de 600 salariés, la société de ce quadragénaire vend ses produits de beauté dans toute l'Afrique de l'Ouest, et jusqu'à Paris et Dubaï - une trentaine de pays au total.

"Il y a un écosystème propice à l'éclosion d'entrepreneurs comme nous. Cela renforce notre confiance dans les perspectives", pointe le PDG, qui espère désormais conquérir le marché européen.

Après presque une décennie de crise politico-militaire (2002-2011) ayant considérablement affaibli son économie, la Côte d'Ivoire a retrouvé la stabilité, avec une croissance régulièrement supérieure à 6% qui l'a replacée parmi les locomotives d'Afrique de l'Ouest.

- Confiance -

"La Côte d'Ivoire reste l'un des pays les plus stables de la région. L'infrastructure est excellente, l'environnement est sûr, et donc ça attire et rassure les investisseurs. C'est plus facile pour nous de lever des fonds en venant d'un pays politiquement stable", abonde Régis Bamba, co-fondateur de l'entreprise Djamo.

Cette start-up financière ivoirienne lancée en 2020 propose des services à mi-chemin entre la banque traditionnelle et le paiement par téléphone mobile. Cette solution de simplicité a déjà séduit deux millions d'utilisateurs, dont une majorité n'avait pas de compte bancaire.

Djamo, comme Kaera ou encore le distributeur de carburant Pétro Ivoire, font partie des ces "champions nationaux", des entreprises ivoiriennes qui ont vocation à être des moteurs du développement économique et entraîner notamment dans leur sillage des PME (petites et moyennes entreprises).

"Ca nous donne une responsabilité très forte, une responsabilité d'exemplarité", explique Sébastien Kadio Morokro, le patron de Pétro Ivoire.

"C'est le rôle de l'État de faire ce premier investissement massif, de créer des champions nationaux qui vont à leur tour former, éduquer, créer de la valeur et permettre, après, de réinvestir", ajoute Régis Bamba.

"La Côte d'Ivoire travaille à mettre en œuvre une politique pour les PME. Parce que pour devenir champion, il faut être d'abord dans une pépinière, il faut être entretenu, il faut être accompagné", confirme le ministre du Plan, Souleymane Diarrassouba, qui espère voir naître "plusieurs centaines de champions nationaux" dans les prochaines années.

Signe de la confiance des investisseurs, la Côte d'Ivoire a obtenu début juillet 80 milliards de dollars (70 milliards d'euros) de financements publics internationaux - quatre fois plus qu'espéré - pour son "Plan national de développement 2026-2030". Elle attend aussi près de 150 milliards de dollars (131 milliards d'euros) supplémentaires du côté du secteur privé.

Selon l'économiste Blaise Makaye, chercheur à l'université de Bouake (centre), "c'est la dernière phase de la stratégie visant à faire de la Côte d'Ivoire un pays à revenu intermédiaire d'ici 2030", c'est-à-dire avec un revenu brut annuel par habitant supérieur à 4.000 dollars (3.500 euros) par an, contre 2.700 dollars (2.360 euros) actuellement.

Et malgré un secteur informel toujours écrasant - près de 90% des emplois -, les voyants macroéconomiques sont au vert pour la Côte d'Ivoire, avec notamment le relèvement en décembre de sa note souveraine (BB) par l'agence Fitch.

- Numérisation de l'économie -

Du côté des entrepreneurs, on appelle à encore plus de numérisation de l'économie pour faciliter les échanges, dans un pays où bureaucratie et corruption restent élevées et qui est toujours inscrit sur la liste grise du Groupe d’action financière sur le blanchiment de capitaux (Gafi).

"La digitalisation de l'administration permet aussi à l’État d'élargir l'assiette fiscale et donc d'avoir davantage de recettes pour financer le développement", rappelle Blaise Makaye, qui ajoute que les découvertes de pétrole et de gaz de ces dernières années devraient également donner un coup de pouce.

Autre souhait récurrent dans le secteur privé: l'accélération de la mise en place de la Zlecaf, la zone de libre échange à l'échelle du continent qui pourrait ouvrir un marché de près d'un milliard et demi de consommateurs.

"Le principal obstacle, ce sont les différentes normes et réglementations entre les pays africains. Avec la Zlecaf, on pourrait avoir davantage d'harmonisation", plaide Fodé Yattabaré, le patron de Kaera.

"Plus de libre-échange, c'est plus de business, plus de facilité, plus de valeur qui est débloquée", renchérit Régis Bamba, de Djamo.

(G.Gruner--BBZ)