Berliner Boersenzeitung - A l'hôpital de Strasbourg, le blues des blouses blanches

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A l'hôpital de Strasbourg, le blues des blouses blanches
A l'hôpital de Strasbourg, le blues des blouses blanches / Photo: FREDERICK FLORIN - AFP/Archives

A l'hôpital de Strasbourg, le blues des blouses blanches

"On vient avec une boule au ventre au travail": aux urgences de Strasbourg, des soignants et des syndicats dénoncent le manque de moyens chronique et le "harcèlement" d'une "minorité" de cadres, alors qu'une enquête sur les risques psychosociaux va être diligentée dans le service.

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"Il faut qu'on gère le flux de patients qui est en ce moment vraiment en excédent, on n'arrive pas à suivre", témoigne auprès de l'AFP Nathalie*, soignante expérimentée. Les urgences de Strasbourg, comme ailleurs en France, sont sous pression, confrontées depuis des années au manque de lits et de personnels.

Une situation de "stress quotidien" aggravée par "les brimades" infligées selon elle par certains "encadrants". Elle évoque des "insultes" proférées par une cadre à l'encontre d'une soignante : "mal coiffée", "habillée comme un sac", "pouilleuse".

"Des petites choses négatives au quotidien" qui, à force, "s'immiscent en nous", poursuit Véronique*, autre urgentiste. À terme, cela produit "un effet très négatif, voire pervers", développe la jeune femme.

Un management "délétère pour le service et qui ne nous permet pas de travailler dans de bonnes conditions", se lamente Nathalie. "Ma vie aujourd'hui, c'est compliqué. Tout le monde vient avec une boule au ventre au travail".

- "Problèmes managériaux" -

Des "problèmes managériaux" pointés mercredi par l'intersyndicale CGT-CFDT-CFTC-SUD des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) lors d'une conférence de presse: "On a plein de témoignages d'agents (des urgences) harcelés par leur encadrement et leurs cadres +sup+", a déploré Sandrine Cnockaert (SUD).

Jean-Claude Matry (CFTC) a évoqué lui "un harcèlement acharné, involontaire peut-être pour certains, mais volontaire pour d'autres" tandis que Pierre Wach (CGT), a dénoncé "l'emprise psychologique" exercée par "certains cadres, qui sont une infime minorité" au sein de l'établissement.

Ils s'exprimaient après la tenue d'un Comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaire au cours duquel une enquête sur les risques psychosociaux au sein des urgences a été décidée.

Ce CHSCT avait été convoqué après un droit d'alerte déposé la veille par l'intersyndicale pour "mise en danger des soignants et des patients par défauts de moyens", alors que les urgences strasbourgeoises étaient "à 147%" de leurs capacités, selon les syndicats.

Un précédent droit d'alerte avait été exercé fin août par FO (qui n'est pas membre de l'intersyndicale), juste avant le décès aux urgences d'un octogénaire, mort après une longue attente sur un brancard. Ses proches vont saisir la justice.

La famille d'un autre patient, mort en mars aux mêmes urgences, également après une longue attente, avait déjà déposé plainte.

Des personnels hospitaliers avaient par la suite dénoncé le manque de lits et l'encombrement des urgences.

L'intersyndicale des HUS signale également une "destructuration de l'offre de soins", avec "200 lits fermés au quotidien" au sein de l'hôpital strasbourgeois et "250 postes de soignants" vacants. Ils ont laissé 48 heures à la direction pour formuler des propositions, faute de quoi ils saisiront la justice, comme d'autres syndicats hospitaliers l'ont récemment fait à Laval ou Bayonne.

Pour Vincent Poindron, médecin membre du Collectif inter-hôpitaux, la situation "économiquement catastrophique" des HUS est le fruit d'une "politique de santé générale qu'on conteste depuis plusieurs années". Selon lui, il faut se garder de jeter "l'opprobre" sur les cadres en général mais "s'interroger" et "critiquer" les "systèmes maltraitants", même si "les faits individuels sont répréhensibles".

- "Instrumentalisation" -

L'hôpital "prend très au sérieux" les risques psychosociaux, assure le professeur Emmanuel Andrès, président de la Commission médicale d'établissement (CME).

Toutefois, en tant que président de la CME, "on ne m'a pas prévenu (...) de gestes, de situations de tension particulières" aux urgences, affirme le chef du pôle de médecine interne, qui dit "tomber des nues" quant aux allégations de harcèlement et d'insultes qui, si elles sont fondées, "ne sont pas acceptables".

"Si les choses sont avérées", des "mesures" seront prises, prévient-il, tout en s'agaçant de "l'instrumentalisation actuellement d'un certain nombre d'événements toujours autour des urgences".

La situation des hôpitaux "est difficile (...) on sort de deux ans de Covid, il y a une pénurie de soignants" et "de la fatigue", reconnaît le Pr Andrès, rappelant que les urgences strasbourgeoises sont restées ouvertes tout l'été.

Et d'insister: "les patients sont bien pris en charge et le CHU continue de faire son boulot le mieux possible".

*: les prénoms ont été modifiés

(S.G.Stein--BBZ)