Berliner Boersenzeitung - Sur les côtes turques, le baby boom des tortues marines

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Sur les côtes turques, le baby boom des tortues marines
Sur les côtes turques, le baby boom des tortues marines / Photo: KEMAL ASLAN - AFP

Sur les côtes turques, le baby boom des tortues marines

Parfois aidés de bénévoles pour craquer leurs coquilles, les bébés tortues attaquent la vie avec un premier défi: atteindre l'eau baignée par la lune sur une plage turque de la Méditerranée.

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La marche s'annonce incertaine et seul un petit sur mille survivra jusqu'à l'âge adulte puis retournera sur le sable qui l'a vu naître pour y pondre, 25 ans plus tard.

Le nombre de nids a doublé cette année sur les côtes turques pour atteindre 700 dans la seule localité de Manavgat (sud), à l'est d'Antalya: une preuve que malgré les menaces, les mesures de protection portent leurs fruits.

Un groupe de bénévoles veille sur cette portion de littoral, un site touristique de 10 km niché au pied des montagnes, prisé pour son sable doré et ses eaux claires, qui est aussi une zone de reproduction des Caretta caretta, communément appelées tortues Caouanne.

Ces reptiles marins sont inscrits sur la liste rouge des espèces menacées de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

"Notre estimation moyenne pour cette année est d'environ 60.000 œufs dont 30.000 vont libérer des bébés reptiles. Seuls 30 d'entre eux reviendront ici dans des années", explique à l'AFP Seher Akyol, présidente-fondatrice du centre de conservation marine Dekafok.

- Lumière rouge et panneaux -

La côte sud de la Turquie abrite 21 zones de nidification officielles, où la plupart des plages sont interdites de 20H00 à 08H00 pour laisser le champ libre aux tortues, mais Manavgat n'en fait pas partie.

D'où la présence de bénévoles étudiants turcs et étrangers qui marquent les nids, les entourent de bâtons et ramassent les déchets sur la plage, afin d'abriter les œufs des baigneurs. La nuit, ils patrouillent et creusent les nids pour aider certains bébés tortues à briser leur coquille et rejoindre la mer.

Les autorités locales soutiennent ces initiatives: le maire de Manavgat a placé des lampadaires à lumière rouge le long des routes côtières.

Des panneaux sont également plantés sur la plage, rappelant en quatre langues que la loi sanctionne de près de 390.000 livres turques (10.700 euros environ) tout dommage causé aux nids.

"Nous demandons l'avis des scientifiques et des écologistes sur ce que nous devons faire pour protéger les tortues et nous appliquons leurs conseils", assure le maire, Niyazi Nefi Kara. "C'est à nous d'apprendre à vivre en harmonie avec la nature."

Seher Akyol salue ce changement de mentalité. "Certains habitants craignaient que la plage ne soit fermée. Mais les gens et les Caretta caretta peuvent cohabiter", soutient-elle.

"Puisque nous savons où elles se trouvent grâce aux panneaux, nous faisons notre possible pour ne pas empiéter sur leur espace vital", assure Songul Sert, 33 ans, en plein pique-nique avec sa famille.

- Changement climatique -

Les Caretta caretta, qui pèsent de 90 à 180 kilos, vivent jusqu'à 80 ans.

"Le nombre d'œufs et d'éclosions peut sembler élevé, mais le nombre de tortues à même de revenir pondre à terre après 25 ans est extrêmement limité. C'est pourquoi elles sont en danger", insiste le Pr Mehmet Cengiz Deval, de l'université Akdeniz à Antalya.

Cette tortue marine se trouve principalement dans les régions subtropicales et tempérées des océans Atlantique, Pacifique et Indien, ainsi qu'en Méditerranée.

L'UICN considère la Caretta caretta de Méditerranée comme la "moins préoccupante", mais l'espèce reste vulnérable à l'échelle mondiale.

Le changement climatique est également une menace, le sexe des nouveaux-nés étant déterminé par la température du sable: la fraîcheur favorise les mâles et la chaleur, les femelles.

"La température moyenne des nids est de 32-33 degrés Celsius à partir de juillet, ce qui signifie que la plupart des bébés sont des femelles", explique le Pr Deval.

"Si cette tendance se poursuit, d'ici 30 à 40 ans, les femelles seront majoritaires mais n'auront plus de partenaires mâles pour se reproduire. C'est là le plus grand danger", prévient-il.

Seher Akyol, qui a consacré sa vie à la préservation des tortues et rêve d'un centre pour soigner les spécimens blessées, évoque "leur regard quand elles atteignent l'eau". "Vous allez me prendre pour une folle, mais je vous jure qu'elles ont l'air d'exprimer leur gratitude."

(T.Renner--BBZ)