Berliner Boersenzeitung - Au lac du Der, l'hivernage septentrional des grues cendrées

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Au lac du Der, l'hivernage septentrional des grues cendrées
Au lac du Der, l'hivernage septentrional des grues cendrées / Photo: FRANCOIS NASCIMBENI - AFP

Au lac du Der, l'hivernage septentrional des grues cendrées

Elles y ont trouvé "le gîte et le couvert": chaque année, des dizaines de milliers de grues cendrées passent l'hiver sur le lac du Der, entre Marne et Haute-Marne. Une situation partiellement due au réchauffement climatique, et qui redessine l'écosystème local.

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Chaque matin, au lever du soleil, elles s'envolent majestueusement, par grappes de trois, cinq, cent ou plus encore, en direction des champs environnants - avec un goût prononcé pour les chaumes de maïs - où elles vont remuer la terre pour trouver de quoi se nourrir.

Le vaste lac-réservoir du Der (48 km2) a été mis en service en 1974 pour limiter les risques d'inondations en Ile-de-France.

En hiver, son faible remplissage fait apparaître de nombreux îlots le long desquels les grues aiment s'installer pour la nuit, les pattes dans l'eau, par instinct de protection vis-à-vis des prédateurs.

"On a créé une zone humide sur leur couloir de migration", entre l'Espagne et la Scandinavie, où elles passent l'été et qu'elles quittent aux premiers froids, explique Benoît Fontaine, écologue au muséum national d'Histoire naturelle et à l'Office français de la biodiversité (OFB).

Et avec le réchauffement climatique, des zones "qui auparavant étaient gelées en hiver ne le sont plus, et du coup elles n'ont plus besoin de partir vers le sud, ou elles partent moins loin", note M. Fontaine.

Sans gel, les grues peuvent plus facilement gratter les champs et pâturages pour y trouver de la nourriture.

- "Des oiseaux opportunistes" -

"Historiquement, ici, c'étaient des terres argileuses qui ne les intéressaient pas", mais à présent "c'est 90% de cultures pour 10% de pâtures", souligne aussi Etienne Clément, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Champagne-Ardenne. "Ce sont des oiseaux opportunistes", sourit-il.

La grue "a le gîte et le couvert" sur ce territoire, résume Lionel Bouillon, bénévole à la LPO et employé de l'Office de tourisme du lac du Der.

Si une majorité des grues cendrées passant par la France continuent leur route habituelle jusqu'en Espagne voire jusqu'au Maroc, elles sont entre 20.000 et 30.000 chaque année à hiverner sur les rives du lac du Der, selon la LPO.

Leur population empruntant ce couloir de migration a été multiplié par dix depuis que la LPO a commencé à les recenser il y a quelques décennies. Leur statut d'espèce protégée, octroyé il y a un demi-siècle en France, explique aussi cette forte croissance, estime M. Clément.

Ce dont le territoire autour du lac du Der profite à plein régime: les grues représentent "50% du tourisme" local, assure Lionel Bouillon. Lors de la "Fête de la grue et de la migration" organisée chaque année vers la Toussaint, "les gens ne viennent que pour ça", souligne-t-il.

- Canon effaroucheur -

Le phénomène a aussi ses inconvénients. "Elles bouffent les grains ou elles arrachent le blé avec leurs pattes", se plaint Jean-Claude Laffrique, agriculteur à Scrupt, à une vingtaine de kilomètres au nord du lac.

Apparaissent régulièrement dans ses champs de nouveaux gadgets pour dissuader les grues d'y traîner leurs pattes: vieilles voitures, canon effaroucheur - un tube relié à une bouteille de gaz qui "pète" à intervalles réguliers - ou encore, depuis cet hiver, trois gréements de planches à voile plantés à quelques dizaines de mètres d'intervalle.

"Mais au bout d'un moment, elles s'habituent...", souffle, fataliste, le sexagénaire.

La région Grand Est verse chaque année une compensation pour les dégâts causés aux cultures. Ce qui ne prive pas Jean-Claude Laffrique de quelques insomnies: "Il y a des nuits, on les entend et on se dit: +Ça y est, elles débarquent+".

"Il y a régulièrement des conflits d'usages entre les agriculteurs et la faune sauvage", reconnaît Benoît Fontaine.

D'autant que les oiseaux migrateurs sont pointés du doigt pour leur responsabilité dans la propagation de la grippe aviaire. "C'est certain que ça joue un rôle", admet Jean-Dominique Lebreton, directeur de recherche émérite au CNRS.

"Mais, et c'est un gros mais, les virus sont transportés par les oiseaux sauvages, mais aussi par les oiseaux domestiques (...) et il y a énormément d'oiseaux domestiques qui circulent", souligne-t-il.

"L'élevage lui-même joue un rôle très important dans la propagation de la grippe aviaire. On a tendance à accuser un peu vite les oiseaux sauvages".

(P.Werner--BBZ)