Berliner Boersenzeitung - En Colombie: La Mojana, ou l'impuissance face aux inondations

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En Colombie: La Mojana, ou l'impuissance face aux inondations
En Colombie: La Mojana, ou l'impuissance face aux inondations / Photo: Luis ACOSTA - AFP

En Colombie: La Mojana, ou l'impuissance face aux inondations

La famille Berrio vit les pieds dans des eaux putrides qui ont envahi leur modeste maison de briques. Lits et meubles ont été surélevés sur des cales de fortune pour être installés sur des planches.

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Dans la région colombienne de La Mojana, les inondations constantes causées par la déforestation et l'exploitation minière provoquent une crise humanitaire qui se répète inévitablement chaque année, et va en s'aggravant avec le temps.

De plus, l'autorité qui devrait gérer cette catastrophe naturelle est confrontée à un méga-scandale de corruption autour de la construction défaillante d'une digue de sacs de sables.

Le 6 mai, cette digue construite à grands frais qui protégeait les quelque 500.000 habitants de cette plaine du nord du pays s'est rompue, faisant au moins 32.000 sinistrés selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies.

Les flots des puissants fleuves San Jorge, Magdalena et Cauca ont inexorablement envahi ces vastes étendues, inondant des milliers d'hectares dédiés à l'agriculture et l'élevage.

"Tout a été noyé. Les quelques animaux qui restent survivent debout les pattes dans l'eau, pour finir par mourir petit à petit. Cette eau est très infectieuse", déplore Rosiris Berrio (47 ans), qui vit ici tant bien que mal avec son compagnon et ses deux jeunes enfants.

La famille fait le tour de sa maison en se tenant en équilibre sur des planches pour éviter l'eau trouble qui leur arrive aux genoux. "On trébuche, on s'égratigne. On doit pourtant continuer la vie de tous les jours", souffle la mère de famille qui affirme n'avoir reçu aucune aide de l'État.

Dans le village sous les flots, les habitants se déplacent en pirogue d'une maison à l'autre. D'autres foyers plus chanceux, là où l'eau s'est retirée, pataugent dans la boue.

- Où aller? -

"On a été inondés quatre années consécutives. Sur le plan économique c'est catastrophique. Avant on cultivait ces terres, on était heureux", regrette Jose Ruendes, un agriculteur de 59 ans contraint d'abriter son vélo, son lit et ses appareils électriques dans le grenier.

En 2023, la ministre de l'Environnement, Susana Muhamad, a expliqué que la sédimentation augmente dans les rivières en raison de la déforestation, ce qui les rend plus susceptibles de déborder.

Carlos Carrillo, directeur de l'Unité nationale de gestion des risques et des catastrophes (UNGRD), pointe aussi un autre coupable: l'exploitation minière et ses imposantes dragues qui saccagent les sols et fonds des rivières. "Le dragage génère des changements très complexes dans la dynamique des courants", décrypte-t-il pour l'AFP.

Et selon les autorités, l'eau est contaminée en amont par l'extraction illégale d'or au mercure.

Entre 1998 et 2020, la région a subi 338 inondations, selon les chiffres officiels. La dernière en date s'est produite alors que ses habitants, pour la plupart de modestes paysans, se remettaient de celles qui avaient balayé leurs récoltes en 2021.

Le président Gustavo Petro, qui s'est rendu sur place mi-mai, estime que la solution à long terme serait de reloger les sinistrés sur des terrains plus en hauteur achetés par l’Etat.

L'idée cependant divise. "Mais où va-t-on aller? Ce n'est pas facile de tout recommencer à zéro, de rechercher du travail", s'inquiète Rosiris.

Non loin de là, dans un précaire campement de déplacés, Ana Dolores Valerio se dit, elle, prête à aller "ailleurs".

A charge de 13 enfants et petits-enfants, elle aspire à "une terre sèche pour pouvoir travailler". C'est la cinquième fois au cours des 20 dernières années que les inondations l'obligent à camper dans des logements de fortune.

- Inhumain -

Au-delà de ce débat, les dirigeants locaux appellent à une action immédiate pour faire face à ce que les Nations unies considèrent une "grave crise humanitaire".

"Certaines familles ne mangent qu'un repas par jour, c'est inhumain", dénonce Nestor Ortiz, président du village de La Sierpita, l'un des plus touchés. Là, l'unique école a été fermée et les aqueducs se sont effondrés, déversant les eaux usées dans les maisons.

Les habitants dénoncent également la corruption dans les travaux de reconstruction de la digue. Depuis que celle-ci s'est rompue, une enquête est en cours pour des détournements présumés d'argent public par des responsables de l'UNGRD, un scandale qui a abouti à la démission du directeur de cette institution et met en difficulté le président Petro.

Son nouveau patron, M. Carillo admet que les travaux, d'un montant de 34 millions de dollars, n'avancent pas au rythme prévu: "L'entrepreneur ne semble pas faire tout ce qu'il peut pour combler la brèche" d'environ 70 mètres.

Pendant ce temps, l'orage au loin avertit les habitants de La Mojana que la saison des pluies dans les montagnes en amont ne fait que commencer et que les rivières seront bientôt encore plus chargées.

"On sait déjà ce qui va arriver", commente, fataliste, Cristo Sanchez, un vieil homme dont la maison ressemble déjà à une île au milieu de l'eau.

(K.Lüdke--BBZ)