Berliner Boersenzeitung - A Bombay, le plus grand bidonville d'Asie est à vendre

EUR -
AED 4.26336
AFN 72.539743
ALL 95.969597
AMD 436.761633
ANG 2.078085
AOA 1064.533294
ARS 1622.239954
AUD 1.665755
AWG 2.092209
AZN 1.969529
BAM 1.955155
BBD 2.333461
BDT 142.163126
BGN 1.984315
BHD 0.438291
BIF 3440.935805
BMD 1.160887
BND 1.482398
BOB 8.023389
BRL 6.057509
BSD 1.158533
BTN 108.556609
BWP 15.874697
BYN 3.429869
BYR 22753.389691
BZD 2.330162
CAD 1.601177
CDF 2643.919879
CHF 0.915354
CLF 0.026906
CLP 1062.339221
CNY 8.001646
CNH 8.006409
COP 4301.342579
CRC 539.805739
CUC 1.160887
CUP 30.763512
CVE 110.230079
CZK 24.422339
DJF 206.314639
DKK 7.471476
DOP 69.405023
DZD 153.81363
EGP 61.066959
ERN 17.413308
ETB 179.100647
FJD 2.600677
FKP 0.867445
GBP 0.864925
GEL 3.140219
GGP 0.867445
GHS 12.657881
GIP 0.867445
GMD 85.321598
GNF 10154.564337
GTQ 8.872189
GYD 242.46692
HKD 9.074133
HNL 30.67796
HRK 7.537175
HTG 151.908604
HUF 389.104442
IDR 19589.971991
ILS 3.616338
IMP 0.867445
INR 109.019845
IQD 1517.69958
IRR 1524273.954377
ISK 143.799761
JEP 0.867445
JMD 182.824207
JOD 0.823051
JPY 184.365141
KES 150.462767
KGS 101.518661
KHR 4649.426928
KMF 494.537784
KPW 1044.815161
KRW 1737.721097
KWD 0.355777
KYD 0.965482
KZT 559.295588
LAK 24943.775471
LBP 103754.689722
LKR 364.169925
LRD 212.602647
LSL 19.751088
LTL 3.427798
LVL 0.702209
LYD 7.38666
MAD 10.800599
MDL 20.263319
MGA 4837.30086
MKD 61.648395
MMK 2438.057732
MNT 4143.749921
MOP 9.336622
MRU 46.206372
MUR 53.934929
MVR 17.946995
MWK 2008.89436
MXN 20.584621
MYR 4.602915
MZN 74.19248
NAD 19.751088
NGN 1599.354434
NIO 42.635575
NOK 11.294841
NPR 173.683496
NZD 1.992756
OMR 0.446361
PAB 1.158523
PEN 4.007379
PGK 5.003307
PHP 69.633526
PKR 323.679158
PLN 4.267218
PYG 7559.605105
QAR 4.224862
RON 5.094906
RSD 117.448079
RUB 93.885915
RWF 1694.890056
SAR 4.354847
SBD 9.335826
SCR 15.98465
SDG 697.693459
SEK 10.763046
SGD 1.483788
SHP 0.870966
SLE 28.553338
SLL 24343.237318
SOS 662.061742
SRD 43.347429
STD 24028.021821
STN 24.491714
SVC 10.137657
SYP 128.798415
SZL 19.749403
THB 37.717178
TJS 11.116578
TMT 4.074714
TND 3.398223
TOP 2.795137
TRY 51.494061
TTD 7.871405
TWD 37.026486
TZS 2983.548704
UAH 50.880828
UGX 4338.513435
USD 1.160887
UYU 47.215042
UZS 14134.339587
VES 532.705795
VND 30589.378487
VUV 138.735394
WST 3.178743
XAF 655.726671
XAG 0.015845
XAU 0.000253
XCD 3.137356
XCG 2.088012
XDR 0.815514
XOF 655.749258
XPF 119.331742
YER 276.985155
ZAR 19.558738
ZMK 10449.374887
ZMW 21.926054
ZWL 373.805214
  • AEX

    7.8900

    982.1

    +0.81%

  • BEL20

    92.4700

    5037.33

    +1.87%

  • PX1

    118.4900

    7862.72

    +1.53%

  • ISEQ

    348.3900

    12445.27

    +2.88%

  • OSEBX

    12.1300

    1968.27

    +0.62%

  • PSI20

    81.7100

    8963.66

    +0.92%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -57.9900

    3544.03

    -1.61%

  • N150

    61.6500

    3844.04

    +1.63%

A Bombay, le plus grand bidonville d'Asie est à vendre
A Bombay, le plus grand bidonville d'Asie est à vendre / Photo: Indranil MUKHERJEE - AFP

A Bombay, le plus grand bidonville d'Asie est à vendre

La marque rouge a été peinte au pochoir, juste au-dessus de l'escalier. Comme toutes celles apparues ces derniers mois sur les murs des maisons du quartier de Dharavi, Bipinkumar Padaya le sait bien, elle vaut avis d'expulsion.

Taille du texte:

"Je suis né ici, mon père est né ici et mon grand-père avant eux", soupire le propriétaire. "Mais je n'ai pas le choix, je vais devoir partir".

D'ici peu, les lames des bulldozers vont commencer à aplatir les ruelles insalubres du plus grand bidonville d'Asie, au cœur de la mégapole indienne de Bombay (ouest), pour laisser la place à un quartier flambant neuf.

Piloté par les autorités locales et le multimilliardaire Gautam Adani, ce plan de rénovation urbaine est à l'image de l'Inde. Démesuré, ambitieux et brutal.

S'il va à son terme, une large part du million de résidents et d'artisans qui s'entassent aujourd'hui dans Dharavi aura vidé les lieux.

"Ils ont dit qu'ils nous donneraient d'abord des logements, puis qu'ils développeraient le quartier", regrette Bipinkumar Padaya, 58 ans. "Mais ils veulent déjà nous virer. Ils nous ont menti".

En lisière du quartier, ce fonctionnaire local occupe une maison d'un étage coincée dans un entrelacs de boyaux de terre battue si étroits que le soleil peine à y déverser un peu de lumière.

Ses ancêtres y ont posé leur sac au XIXe siècle. L'endroit n'était alors qu'un village de pêcheurs, qui a enflé en toute anarchie jusqu'à être englouti par Bombay et ses 22 millions d'habitants.

Sur 240 hectares, Dharavi affiche près de 350.000 habitants au kilomètre carré. Un étouffant labyrinthe où s'emmêlent logements, commerces et ateliers.

- "Heureux" -

Au fil des ans, le bidonville est devenu la plus grande usine de la deuxième ville d'Inde. Tanneurs, potiers et recycleurs y travaillent jour et nuit, pour un chiffre d'affaires annuel évalué à un milliard de dollars.

Le réalisateur britannique Danny Boyle a rendu Dharavi célèbre avec son film "Slumdog millionnaire". Une caricature, regrettent les habitants.

"Les égouts débordent, il n'y a pas d'eau potable et quand il pleut tout est inondé", énumère Bipinkumar Padaya. "On vit dans un bidonville mais on y est heureux".

Les premières grues sont apparues près de chez lui. La rénovation de Dharavi est en marche et SVR Srinivas promet qu'elle sera exemplaire.

"Il ne s'agit pas de moderniser une bidonville, mais de construire une véritable ville dans la ville", s'enthousiasme le patron du Dharavi Redevelopment Project (DRP).

Dans ses brochures, les petits immeubles flambant neufs se dressent au milieu de rues goudronnées, d'espaces verts et de centres commerciaux.

Un rêve sur papier glacé qui, assure M. Srinivas, ne laissera personne sur la route.

"Chaque famille aura un logement, si possible à Dharavi-même", jure-t-il. "Les autres seront relogés ailleurs à Bombay. Quant aux entreprises, elles pourront toutes rester".

Mais pas à n'importe quelle condition.

Les familles présentes avant 2000 y seront relogées gratuitement. Celles arrivées entre 2000 et 2011 pourront y acheter une maison à "petit prix". Quant aux autres, elles pourront louer des logements neufs ailleurs dans la ville.

- Plus de place -

Autre condition, seuls les occupants des rez-de-chaussée profiteront de cette offre. Aujourd'hui, 50% des résidents vivent ou travaillent dans des étages construits illégalement.

Manda Sunil Bhave a la chance de remplir les conditions. Elle se réjouit de quitter le minuscule deux pièces où elle n'a même pas la place de déplier un lit.

"On nous a promis une maison avec des toilettes. Mon rêve...", confie la femme de 50 ans dans son sari bleu.

Mais nombre de ses voisins devront faire leurs valises.

Une perspective que refuse Ullesh Gajakosh, qui a organisé la résistance avec la campagne "Sauvons Dharavi".

"Nous exigeons une nouvelle maison en échange de chaque maison actuelle, un magasin pour chaque magasin", vocifère-t-il. "On ne veut pas se faire virer de Dharavi au nom du développement !"

Dans son combat, il peut compter sur les entreprises du quartier.

Abbas Zakaria Galwani est l'un de ces réfractaires.

Avec la plupart des 4.000 potiers de Dharavi, il a refusé de participer au recensement de sa propriété.

"On nous propose la surface que nous occupons aujourd'hui au sol. Mais moi, je suis installé sur trois étages", rouspète-t-il. "Si Adani ne nous donne pas assez de place dans Dharavi ou nous fait déménager, c'est est fini de nous".

- "Désastre" -

Adani. Plus que les autorités locales, c'est le richissime fondateur du groupe industriel éponyme qui concentre les critiques.

Sa fortune a cru de façon exponentielle depuis l'arrivée au pouvoir en 2014 du Premier ministre Narendra Modi. C'est sans surprise qu'il a remporté le contrat pour rénover Dharavi, en promettant d'y investir 5 milliards d'euros.

Actionnaire à 80% de l'opération, le groupe évalue le coût de la réhabilitation à 7 ou 8 milliards de dollars et espère la mener à bien en sept ans.

Gautam Adani s'est engagé à "créer un nouveau Dharavi de dignité, de sécurité et d'inclusion". Mais ses détracteurs n'y croient guère.

Dans une ville où chaque mètre carré se paie de plus en plus cher, ils l'accusent d'avoir surtout réalisé une très bonne affaire. Dharavi lui ouvre grand les portes du marché immobilier local.

"Ce projet n'est pas destiné à améliorer la vie des gens, seulement les affaires de quelques-uns", tranche Shweta Damle, à la tête d'une ONG locale.

"Les habitants n'ont pas les moyens de se payer les logements qu'on va leur proposer", poursuit-elle. "Les trois quarts de la population devront partir (...) pour des sites où rien n'est prévu pour les accueillir. C'est un désastre".

"Dharavi peut sembler romantique de l'extérieur mais restez-y une nuit et vous verrez combien c'est inhumain", lui répond SVR Srinivas. "Personne ne perdra rien", répète-t-il.

Dans sa petite maison, Bipinkumar Padaya n'en croit rien. "Je ne veux pas me retrouver sans toit", insiste-t-il, "alors je ne partirai pas avant d'être sûr d'en avoir un autre".

(O.Joost--BBZ)