Berliner Boersenzeitung - 30.000 km par an: le monde sauvera-t-il cet oiseau migrateur qui traverse les Amériques ?

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30.000 km par an: le monde sauvera-t-il cet oiseau migrateur qui traverse les Amériques ?
30.000 km par an: le monde sauvera-t-il cet oiseau migrateur qui traverse les Amériques ? / Photo: Luke Seitz - Cornell Lab of Ornithology/AFP/Archives

30.000 km par an: le monde sauvera-t-il cet oiseau migrateur qui traverse les Amériques ?

De l'océan Arctique à la Patagonie, la barge hudsonienne parcourt 30.000 km par an le long des Amériques, un périple de plus en plus dangereux pour cet oiseau migrateur menacé d'extinction.

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Sa population a chuté de 95% en une quarantaine d'années, en raison notamment du changement climatique et d'autres problèmes environnementaux.

La barge hudsonienne (Limosa haemastica) fait partie des 42 espèces qui pourraient faire l'objet d'une protection internationale à l'issue de la réunion de la Convention sur la conservation des espèces migratrices (CMS) de l'ONU, qui débute lundi au Brésil.

Cette liste comprend également la chouette des neiges (qui apparaît dans la saga Harry Potter), la hyène rayée ou le requin marteau. Point commun entre ces espèces: en voie de disparition, elles ont besoin d'être protégées dans tous les pays qu'elles traversent.

Nathan Senner, écologue et professeur d'ornithologie à l'Université du Massachusetts à Amherst, s'inquiète des "déclins rapides et spectaculaires" des populations de certaines espèces d'oiseaux migrateurs comme la barge hudsonienne, qu'il étudie depuis 20 ans.

Cet oiseau de rivage au long bec pointu peut voler jusqu'à 11.000 km d'un coup sans s'arrêter pour manger, boire ou dormir.

Il va chaque année des régions les plus septentrionales de l'Amérique du Nord aux plus méridionales de l'Amérique du Sud, où il passe l'été austral en Patagonie avant de rebrousser chemin, soit 30.000 km aller-retour.

- Six jours en retard -

Pour accomplir ce périple, les barges hudsoniennes ont besoin de "ressources abondantes et prévisibles de nourriture" à chaque étape, explique Nathan Senner à l'AFP. Et c'est surtout la prévisibilité qui fait défaut.

Dans l'Arctique, le décalage du printemps attribué au changement climatique a créé un déphasage entre la période d'éclosion des oisillons de cette espèce et le pic de disponibilité des insectes dont ils se nourrissent.

L'ornithologue essaie de comprendre pourquoi les barges hudsoniennes commencent leur migration six jours plus tard qu'il y a une dizaine d'années.

Quelque chose "a perturbé les signaux qu'elles utilisent pour programmer leurs migrations, ou a compromis leur capacité à s'y préparer rapidement et efficacement", analyse-t-il.

À l'autre extrémité du voyage, dans la Patagonie chilienne, l'essor de l'élevage de saumons et d'huîtres a entraîné une multiplication des infrastructures et une présence humaine accrue dans les zones littorales où elles se nourrissent.

Dans les régions centrales des États-Unis, elles mettent plus de temps à trouver où s'arrêter pour se nourrir dans leurs lieux de prédilection, les zones humides étant plus rares car drainées pour les besoins de l'agriculture.

"La plupart des espèces peuvent s'adapter à un type de changement, mais pas à toute une série de changements en même temps", résume Nathan Senner.

- Espèces essentielles -

C'est à ce type de problème que doivent s'attaquer les représentants des pays signataires de la CMS, lors de leur réunion à Campo Grande, au coeur du Pantanal brésilien, l'une des zones les plus riches en biodiversité de la planète, située au sud de l'Amazonie.

Ces pays ont l'obligation légale de protéger les espèces classées comme menacées d'extinction, de conserver et restaurer leurs habitats, de minimiser les obstacles à leur migration et de coopérer entre eux pour mener à bien cette préservation.

Un rapport publié récemment montre que les populations de 49% des espèces concernées sont en déclin, contre 44% il y a deux ans.

Amy Fraenkel, secrétaire exécutive de la CMS, explique à l'AFP que la plupart des espèces dont la situation s'est aggravée sont des oiseaux.

Selon elle, la situation est aussi "particulièrement alarmante" pour les poissons migrateurs: 97% de ceux qui sont inscrits sur la liste des espèces protégées par la CMS sont menacés d'extinction.

Toutes ces espèces d'animaux migrateurs "sont essentielles au bon fonctionnement des écosystèmes et à la santé de la planète, fournissant de nombreux services et fonctions clés, notamment la pollinisation, la lutte contre les nuisibles et le transport des nutriments", insiste-t-elle.

Une lueur d'espoir devrait toutefois poindre lors de cette réunion au Brésil: du fait de l'augmentation de sa population, les Etats signataires se verront proposer le retrait du cerf de Bactriane, d'Asie centrale, de la liste des espèces nécessitant un haut niveau de protection.

(S.G.Stein--BBZ)