Berliner Boersenzeitung - Au Brésil, le retour géant des baleines à bosse

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Au Brésil, le retour géant des baleines à bosse
Au Brésil, le retour géant des baleines à bosse / Photo: Jose OSORIO - AFP

Au Brésil, le retour géant des baleines à bosse

Au large de la côte brésilienne, plusieurs mâles de baleines à bosse se bousculent pour se frayer un chemin vers une femelle, battant les vagues à grands coups de queue. Une scène impensable il y a quelques décennies.

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Elle a lieu près de l'archipel d'Abrolhos, dans le plus grand sanctuaire de reproduction de ces cétacés dans l'Atlantique Sud.

Les baleines à bosse, qui peuvent peser jusqu'à 40 tonnes et mesurer 15 mètres, étaient en voie d'extinction il y a une quarantaine d'années.

Aujourd'hui, on en compte environ 35.000 dans l'Atlantique Sud - près de la moitié de la population mondiale.

Leur renaissance est liée notamment à l'interdiction de la chasse, mais aussi à des années de recherche scientifique pour renforcer les mesures de préservation.

Au Brésil, ces recherches sont menées entre autres par l'Institut de la baleine à bosse (IBJ), fondé en 1996 et basé à Caravelas, dans l'Etat de Bahia (nord-est), ville d'où partent la plupart des bateaux pour Abrolhos, à 70 km de la côte.

"Quand on voit une baleine, on tombe amoureux, on se connecte à l'environnement différemment", dit à l'AFP Eduardo Camargo, directeur de l'IBJ.

Les baleines affluent ici surtout lors de la période de reproduction, de juin à novembre. Dans les eaux tièdes, les femelles mettent bas et allaitent leurs petits tandis que les mâles cherchent à s'accoupler.

- Parenté -

Equipé d'un gilet, d'un casque et d'une arbalète, le biologiste Fabio Fontes suit des cétacés depuis un canot pneumatique.

Arrivé à quelques mètres de l'un d'eux, il tire une flèche sur son dos qui retombe ensuite dans l'eau. Il la récupère ensuite avec l'échantillon ainsi collecté de peau et de graisse.

Le reste de l'équipe, accompagné de journalistes de l'AFP et d'autres médias, suit la manoeuvre depuis un catamaran.

Milton Marcondes, coordinateur de recherche de l'IBJ, explique à l'AFP que le prélèvement permet d'établir des liens de parenté entre les cétacés.

C'est ainsi qu'ils ont découvert, il y a quelques années, qu'une baleine à bosse née à Abrolhos était apparentée à une autre observée sur l'île de la Géorgie du Sud, à quelque 4.000 kilomètres plus au sud.

Ce type d'information permet d'identifier la route migratoire de ces animaux, qui passent l'été austral à se nourrir de krill dans l'extrême sud de l'Atlantique avant de migrer vers les côtes brésiliennes pour se reproduire.

- Identification via IA -

Les scientifiques prennent également un grand nombre de photos: une tache blanche sur fond noir au niveau de la queue est comme une empreinte digitale de la baleine, permettant d'identifier chaque individu.

Auparavant, il fallait plusieurs heures pour comparer les images de chaque spécimen.

À présent, il suffit de quelques secondes, grâce à Happy Whale, une plateforme utilisant l'intelligence artificielle qui a déjà identifié 8.300 baleines.

Cet outil a permis de retracer récemment le parcours de plus de 15.000 km d'une baleine à bosse, d'Abrolhos à la côte australienne, un record mondial pour un cétacé.

"Les populations de l'hémisphère sud sont bien plus connectées que nous ne l'avions imaginé", souligne Milton Marcondes.

- Zone protégée -

Dans les années 80, pratiquement personne ne savait qu'il y avait des baleines au Brésil, raconte Enrico Marcovaldi, fondateur de l'IBJ. La première fois qu'il en a aperçu une, il l'a confondue avec un rocher.

Après avoir constaté qu'il s'agissait en fait d'une baleine à bosse, il a lancé un projet de recherche qui a conduit à la création de l'institut.

L'IBJ bénéficie du soutien financier de Petrobras depuis 30 ans. La compagnie pétrolière publique, qui exploite notamment du pétrole off-shore et a récemment découvert de l'or noir au large de l'Amazonie, soutient plusieurs projets de préservation d'espèces au Brésil.

En 1986, un moratoire mondial sur la chasse commerciale a été déclaré. La pratique a été interdite par la loi au Brésil l'année suivante.

Sous l'impulsion de l'IBJ, Abrolhos est par la suite devenue une zone protégée.

L'archipel a été désigné en octobre "hope spot" (lieu d'espoir) par l'ONG Mission Blue, menée par l'océanographe américaine Sylvia Earle, une reconnaissance de sa réussite en matière de conservation marine et de biodiversité.

En 2014, la baleine à bosse a été retirée de la liste des espèces menacées au Brésil. Depuis, sa population ne cesse de croître.

Mais certaines menaces persistent, notamment les filets de pêche et l'augmentation du trafic maritime.

Sans compter l'augmentation de la température de la mer liée au changement climatique et son impact sur la population de krill.

(U.Gruber--BBZ)