Berliner Boersenzeitung - Fuir ou rester, le déchirement des premiers réfugiés ukrainiens arrivés en France

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Fuir ou rester, le déchirement des premiers réfugiés ukrainiens arrivés en France
Fuir ou rester, le déchirement des premiers réfugiés ukrainiens arrivés en France

Fuir ou rester, le déchirement des premiers réfugiés ukrainiens arrivés en France

Certains cherchent un refuge durable, d'autres sont en transit, l'une est déjà prête à repartir... Quelques jours après le début de l'invasion de leur pays par la Russie, une poignée d'Ukrainiens sont arrivés en France.

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- A l'aéroport de Beauvais: "Ca ne va pas..." -

Drapée dans un drapeau ukrainien, les yeux cernés par la fatigue, Vlada Michaelova, se dit rongée par la culpabilité.

"Je suis très fatiguée, et je me sens terriblement mal parce que toute ma famille est restée en Ukraine dans les villes les plus dangereuses", à Kharkiv, Kiev ou au Donbass, raconte la jeune femme de 20 ans.

Son avion vient de se poser à l'aéroport de Beauvais, où la préfecture a monté un centre d'accueil d'urgence pour les réfugiés qui arrivent le plus souvent de Pologne.

Un peu plus loin, Elemira Catasova, 38 ans, a fui accompagnée de sa fille et de son fils. "Ca ne va pas psychologiquement, j'aurais voulu rester à la maison mais avec mes enfants... J'ai besoin d'un meilleur futur pour eux", confie-t-elle.

- A Calais: "Nous sommes coincés" -

Partis vendredi d'Odessa, neuf Ukrainiens d'une même famille, ont trouvé un refuge temporaire dans une auberge de jeunesse de Calais --que la ville a fait ouvrir pour eux-- après avoir été refoulés à la frontière britannique lundi soir. Ils y attendent leur visa pour embarquer sur un ferry pour Douvres.

Kostetsky et son beau-frère, qui habitent en Angleterre, sont partis récupérer leur famille "dès que les Russes ont concentré leur armée à la frontière" ukrainienne.

Les deux hommes ont donné rendez-vous à la frontière roumaine à leurs parents respectifs, à une belle-soeur et à des cousines. Ils ont ensuite traversé l'Europe en minibus.

"On nous avait dit que les résidents en Angleterre pouvaient amener leur famille" mais "les services d'immigration britanniques à Calais ont refusé lundi que nos parents, qui n'ont pas de visas, embarquent. Nous nous sommes retrouvés coincés et totalement perdus au port", rapporte le jeune Ukrainien.

- Dans les Ardennes: "Cauchemardesque" -

Voilà trois semaines que Tetiana, 50 ans, son mari Oleh et deux de leurs trois enfants ont quitté le Donbass pour les Ardennes, à Euilly-et-Lombut, un village de 110 habitants, où sa famille a une maison.

"Nous sommes habitués, depuis huit ans maintenant, à l'occupation russe. Mais là, j'ai vu qu'ils commençaient à appeler les hommes pour rejoindre l'armée", raconte-t-elle. "Nous étions terrifiés en voyant les bombardements à la télé."

D'autant plus que sa fille est d'abord restée à Kiev, avant qu'elle ne se décide à fuir en voiture avec son mari, Benjamin, et leurs quatre enfants âgés de un à sept ans.

"C'était la panique", confie Benjamin. "Tout le monde s'est rué sur la route, il y a eu de gros embouteillages à la sortie de la ville."

Le trajet, "cauchemardesque", dure une semaine, dont cinq à la frontière entre Ukraine et Pologne.

"On était à six à vivre dans une vieille voiture pendant sept jours. On a vu des bombes tomber, loin dans les champs. Il fallait dire aux enfants que c'était le tonnerre, pour qu'ils ne paniquent pas."

Benjamin n'a "même pas envisagé" de rester pour combattre: "Il fallait sortir les enfants de là, c’était la priorité".

- A Lyon: "Il faut que j'y retourne" -

Valérie Sapega, 30 ans, a quitté Kiev le 24 février au matin, au moment de la première offensive russe. Passée par la Slovaquie puis la Hongrie, elle est arrivée à Lyon lundi soir.

"Je travaille en Ukraine pour un éditeur français de logiciels et je suis venue en France pour travailler sur un portail que nous avons lancé, standforukraine.com, et organiser des convois d'aide. Mais il faut que j'y retourne. C'est mon pays. Mon mari est resté là-bas après m'avoir laissée près de la frontière slovaque et je vais le rejoindre pour développer ce projet."

Elle repart dès jeudi: "C'est pas moi qui doit quitter ce pays, c'est les Russes qui doivent partir."

"On peut aider partout, même si on ne peut pas combattre", raconte-t-elle. "Dans le village de mon mari, à 300 km au sud de Kiev, ceux qui ne sont pas dans l'armée préparent les cocktails Molotov. Ma mère, à Odessa, est dans les +troupes civiles+. A 57 ans, elle a préparé de la nourriture pour aider après l'attaque de l'aéroport."

(O.Joost--BBZ)