Berliner Boersenzeitung - Ukraine : les Russes reprennent l'offensive contre le port de Marioupol, les Etats-Unis s'activent

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Ukraine : les Russes reprennent l'offensive contre le port de Marioupol, les Etats-Unis s'activent
Ukraine : les Russes reprennent l'offensive contre le port de Marioupol, les Etats-Unis s'activent

Ukraine : les Russes reprennent l'offensive contre le port de Marioupol, les Etats-Unis s'activent

L'armée russe a attaqué à nouveau samedi le port stratégique de Marioupol et continuait d'avancer ailleurs en Ukraine, avec toujours de féroces combats autour de la capitale Kiev, tandis que de hauts responsables américains effectuaient des visites aux confins de l'Union européenne.

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"En raison de la réticence de la partie ukrainienne à influer sur les nationalistes ou à prolonger le +cessez-le-feu+, les opérations offensives ont repris depuis 18H00, heure de Moscou", soit 15H00 GMT, a déclaré le ministère russe de la Défense.

Conséquence de la poursuite des combats en Ukraine, la crise humanitaire s'aggravait encore: 1,37 million de personnes se sont déjà réfugiées à l'étranger depuis le début de l'invasion le 24 février, selon les derniers comptages de l'ONU.

- Activisme américain -

Cet exode suscitait une forte mobilisation, notamment dans les Etats voisins comme la Pologne, où le secrétaire d'État américain Antony Blinken s'est rendu samedi à la frontière avec l'Ukraine, s'y entretenant avec son homologue ukrainien Dmytro Kouleba.

Ce dernier a saisi l'occasion pour demander des avions et des systèmes de défense aérienne et qualifier de "signe de faiblesse" le rejet par l'Otan de la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de son pays.

Ayant quant à lui effectué un déplacement en Lettonie, un Etat balte frontalier de la Russie, le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a souligné que si une telle zone était créée, "il faudrait alors qu'on y aille et qu'on combatte activement" les Russes, ce que l'Alliance atlantique ne veut pas faire.

Le président russe Vladimir Poutine a souligné samedi que la Russie considérerait comme cobelligérant tout pays tentant d'imposer une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'Ukraine.

De plus en plus isolé sur la scène internationale, le maître du Kremlin a le même jour reçu à Moscou le chef du gouvernement israélien Naftali Bennett, premier dirigeant étranger à avoir effectué une visite en Russie liée à l'invasion russe de l'Ukraine.

Entamant une véritable médiation, M. Bennett a ensuite parlé au président ukrainien Volodymyr Zelensky, avant des entretiens à Berlin avec le chancelier allemand Olaf Scholz.

Dans le même temps, à Washington, des élus du Congrès promettaient de débloquer 10 milliards de dollars d'aide pour l'Ukraine au cours d'un échange virtuel avec le président Zelensky.

"Nous encourageons à des négociations directes entre la Russie et l'Ukraine", a de son côté dit le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi dans une conversation téléphonique avec Antony Blinken.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a d'ailleurs plaidé dans la presse espagnole pour que la Chine joue un rôle de médiateur dans le cadre d'un éventuel règlement du conflit.

Cette guerre, ainsi que les sanctions imposées à la Russie, "auront aussi un impact substantiel sur l'économie mondiale et les marchés financiers, avec des effets collatéraux pour d'autres pays", a dans le même temps averti le Fonds monétaire international, disant craindre des conséquences "dévastatrices".

- Dure bataille à Marioupol -

Dans le sud-est de l'Ukraine, la chute de Marioupol, une ville d'environ 450.000 habitants bombardée depuis plusieurs jours par les Russes et leurs alliés des deux territoires séparatistes du Donbass, serait un important tournant au dixième jour de l'invasion.

Elle permettrait la jonction entre les troupes en provenance de la Crimée annexée, qui ont déjà pris les autres ports clés de Berdiansk et de Kherson, et celles du Donbass, et à ces forces consolidées de remonter vers le nord.

L'armée russe, qui a nettement progressé dans le territoire ukrainien en 10 jours de combats, pourrait dès lors accentuer la pression militaire sur le centre et la partie septentrionale, où les combats font rage, notamment à Kiev et à Kharkiv.

"La nuit dernière, les bombardements se sont intensifiés et rapprochés", a raconté à l'AFP un membre de l'ONG Médecins sans frontières (MSF) encore sur place, ajoutant que les habitants manquaient de tout : eau - au point de devoir ramasser et faire fondre de la neige pour en avoir -, électricité et nourriture, de nombreux magasins ayant été détruits.

Le bilan du conflit est impossible à vérifier de manière indépendante. Kiev fait état d'au moins 350 civils et plus de 9.000 soldats russes tués, sans mentionner ses pertes militaires, et Moscou évoque 2.870 morts côté ukrainien et 498 dans ses rangs.

- Pilonnages près de Kiev -

Le siège de Marioupol, qui avait résisté en 2014 aux assauts des unités prorusses, intervient au moment où les soldats russes se rapprochent de Kiev, rencontrant une tenace résistance et bombardant parfois des immeubles d'habitation, notamment à Tcherniguiv, à 150 km au nord de la capitale, où des dizaines de civils ont été tués ces derniers jours.

Une équipe de l'AFP qui s'est rendue sur place samedi a constaté des scènes de dévastation dans cette ville de 300.000 habitants qui se vidait de sa population, faisant craindre un destin similaire pour Kiev une fois les batteries de missiles et l'artillerie russes aux portes de la capitale.

"Il y avait des corps partout sur le sol. Ils faisaient la queue pour la pharmacie là, ici, et ils sont tous morts", a témoigné Sergeï, un survivant.

De son côté, le président Zelensky assurait que les forces ukrainiennes avaient déclenché une contre-attaque autour de Kharkiv (nord-est), la deuxième agglomération du pays, théâtre de bombardements parmi les plus intenses depuis le début de l'invasion.

L'armée russe pilonnait quant à elle toujours les alentours de Kiev, au nord-ouest et à l'est notamment.

Là où, la veille encore, un supermarché et une station-service se dressaient au grand carrefour entre les villes ouvrières de Bucha et d'Irpin, il ne restait samedi que des ruines et des habitants en fuite.

Dans un hôpital du nord de Kiev, des soldats ukrainiens blessés ont raconté à l'AFP leur lutte inégale sous un déluge de feu. "On était en reconnaissance" et "on est tombés sur une colonne ennemie", a expliqué Motyka, un soldat de 29 ans touché par un éclat sur le flanc droit, qui a dû battre en retraite avec ses camarades : "On les a combattus et on a tué leurs soldats à pied, mais ils nous ont arrosés avec des tirs de mortier".

- Troisième session de pourparlers -

Selon les autorités ukrainiennes, une troisième session de négociations avec les Russes se déroulera lundi.

Mais les chances de parvenir à des progrès paraissent infimes, Vladimir Poutine ayant prévenu que le dialogue avec Kiev ne serait possible que si "toutes les exigences russes" étaient acceptées, notamment un statut "neutre et non nucléaire" pour l'Ukraine et sa "démilitarisation obligatoire".

En Russie, le Kremlin a durci sa répression de toutes les voix dissidentes face au conflit.

Une loi prévoyant jusqu'à 15 ans de prison pour toute personne publiant des "informations mensongères" a été promulguée vendredi.

Résultat, de nombreux médias étrangers de premier plan ont annoncé samedi l'arrêt provisoire de leur couverture à partir de Moscou.

Dans le même temps, les manifestations contre la guerre se multipliaient en Europe : ils étaient plusieurs dizaines de milliers samedi à Zurich, la ville la plus peuplée de Suisse, des milliers à Paris et à Rome, quelques centaines dans le centre de Londres.

(K.Müller--BBZ)