Berliner Boersenzeitung - Des Andes au Darfour: des mercenaires colombiens au coeur du conflit soudanais

EUR -
AED 4.333813
AFN 76.694218
ALL 96.458833
AMD 446.314032
ANG 2.112139
AOA 1081.980314
ARS 1707.917161
AUD 1.690045
AWG 2.126794
AZN 2.003739
BAM 1.952934
BBD 2.375244
BDT 144.108487
BGN 1.981511
BHD 0.44482
BIF 3480.691272
BMD 1.179913
BND 1.500298
BOB 8.149074
BRL 6.203154
BSD 1.179284
BTN 106.725812
BWP 15.530272
BYN 3.367657
BYR 23126.298749
BZD 2.371789
CAD 1.613112
CDF 2595.809277
CHF 0.916244
CLF 0.025684
CLP 1014.158893
CNY 8.186472
CNH 8.190893
COP 4281.598231
CRC 584.622111
CUC 1.179913
CUP 31.2677
CVE 110.098739
CZK 24.379723
DJF 209.694622
DKK 7.466733
DOP 73.981728
DZD 153.072875
EGP 55.339571
ERN 17.698698
ETB 182.70601
FJD 2.604184
FKP 0.861238
GBP 0.864664
GEL 3.179902
GGP 0.861238
GHS 12.949049
GIP 0.861238
GMD 86.133714
GNF 10349.371313
GTQ 9.045417
GYD 246.728913
HKD 9.217913
HNL 31.157401
HRK 7.535282
HTG 154.573782
HUF 379.74445
IDR 19816.465232
ILS 3.651601
IMP 0.861238
INR 106.723562
IQD 1544.938988
IRR 49703.843799
ISK 144.787077
JEP 0.861238
JMD 184.928574
JOD 0.836519
JPY 184.848147
KES 152.149521
KGS 103.183534
KHR 4760.033709
KMF 493.203477
KPW 1061.857147
KRW 1722.826151
KWD 0.362599
KYD 0.982762
KZT 585.848344
LAK 25366.875674
LBP 105607.344052
LKR 364.991916
LRD 219.348055
LSL 18.846999
LTL 3.483977
LVL 0.713718
LYD 7.452746
MAD 10.811166
MDL 19.953798
MGA 5224.354177
MKD 61.638824
MMK 2477.742356
MNT 4212.109227
MOP 9.490211
MRU 46.827682
MUR 54.134825
MVR 18.229397
MWK 2044.543931
MXN 20.445413
MYR 4.63944
MZN 75.219714
NAD 18.847716
NGN 1614.781643
NIO 43.396673
NOK 11.422923
NPR 170.792046
NZD 1.968927
OMR 0.453673
PAB 1.179274
PEN 3.964381
PGK 5.052413
PHP 69.585426
PKR 329.840899
PLN 4.218177
PYG 7805.279322
QAR 4.301341
RON 5.094507
RSD 117.37538
RUB 89.968813
RWF 1721.181058
SAR 4.424956
SBD 9.50786
SCR 16.181867
SDG 709.719337
SEK 10.611821
SGD 1.502053
SHP 0.88524
SLE 28.878401
SLL 24742.189014
SOS 672.815337
SRD 44.711638
STD 24421.821036
STN 24.464404
SVC 10.318418
SYP 13049.338421
SZL 18.846418
THB 37.452217
TJS 11.020671
TMT 4.141495
TND 3.410778
TOP 2.840948
TRY 51.355719
TTD 7.988478
TWD 37.335402
TZS 3044.518392
UAH 50.873625
UGX 4198.837225
USD 1.179913
UYU 45.451363
UZS 14456.291932
VES 438.503609
VND 30656.504801
VUV 141.066633
WST 3.216644
XAF 654.998412
XAG 0.013812
XAU 0.00024
XCD 3.188774
XCG 2.12539
XDR 0.813527
XOF 655.01227
XPF 119.331742
YER 281.26177
ZAR 18.991527
ZMK 10620.635681
ZMW 23.085215
ZWL 379.931569
  • AEX

    -3.6800

    990.32

    -0.37%

  • BEL20

    45.6500

    5545.43

    +0.83%

  • PX1

    82.6100

    8262.16

    +1.01%

  • ISEQ

    144.4500

    13519.02

    +1.08%

  • OSEBX

    5.9800

    1765.77

    +0.34%

  • PSI20

    53.8500

    8881.79

    +0.61%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -18.9200

    4094.87

    -0.46%

  • N150

    24.1500

    3983.95

    +0.61%

Des Andes au Darfour: des mercenaires colombiens au coeur du conflit soudanais
Des Andes au Darfour: des mercenaires colombiens au coeur du conflit soudanais / Photo: - - AFP

Des Andes au Darfour: des mercenaires colombiens au coeur du conflit soudanais

Des centaines d'anciens soldats colombiens ont été attirés au Soudan par la promesse de salaires mirobolants. Nombreux y sont morts, pris au piège d'une sanglante guerre civile marquée par des massacres, des viols et la famine.

Taille du texte:

Des Andes au Darfour, en passant par les Emirats arabes unis et la Somalie, une enquête de l'AFP montre comment ces mercenaires se sont retrouvés à l'autre bout de la planète. Pour combattre aux côtés des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), en guerre depuis avril 2023 contre l'armée et accusés d'atrocités et exactions.

L'AFP a pu reconstituer leur périple et le fonctionnement du réseau, sur la base d'interviews, de registres de sociétés et de la géolocalisation d'images du champ de bataille:

- Un recrutement via WhatsApp et une première escale, Dubaï, pour une courte formation.

- Au moins deux itinéraires pour rejoindre le Soudan, à travers l'est de la Libye ou une base aérienne en Somalie, dotée d'une présence militaire émiratie.

- Des mercenaires géolocalisés sur des scènes des pires combats au Darfour, province occidentale du Soudan.

- Derrière le réseau, un colonel colombien à la retraite, récemment placé sous sanctions américaines.

Si Washington ne les cite pas nommément, apparaît en filigrane le rôle des Emirats dans cette opération. Accusé par le gouvernement soudanais et des rapports internationaux de soutenir les FSR, Abou Dhabi nie toute responsabilité et a dénoncé auprès de l'AFP "une campagne de désinformation".

- Siège d'El-Facher -

"Ils n'ont toujours pas rapatrié son corps", déplore une veuve colombienne, trop effrayée pour donner son nom ou celui de son défunt mari.

A 33 ans, cet ancien soldat a embarqué pour le Soudan mi-2024, dans le tout premier groupe de combattants. Il est décédé trois mois plus tard, en pleine offensive des FSR pour s'emparer du Darfour.

Avec le soutien des Colombiens, les paramilitaires ont finalement fait main basse fin octobre sur El-Facher, dernière grande ville de la région qui échappait à leur contrôle.

Des vidéos analysées par l'AFP montrent des mercenaires colombiens sur le terrain dans les mois précédant la prise.

Sur l'une, ils traversent en voiture les ruines noircies du camp de déplacés de Zamzam, écoutant du reggaeton. Situé en périphérie d'El-Facher, ce camp a subi une attaque des FSR en avril, qui a fait plus de 1.000 morts et 400.000 déplacés, selon l'ONU.

"Tout est détruit", constate un homme à l'accent colombien, assis sur le siège passager d'un véhicule blindé.

Ailleurs, on le voit prendre la pose avec des mineurs munis de fusils d'assaut AK-47.

Avant de trouver la mort: son cadavre apparaît ensanglanté dans des images fournies par les Forces conjointes alliées de l'armée, le présentant comme le "commandant" du peloton.

Pas moins de 80 Colombiens auraient participé au siège d'El-Facher et selon les autorités soudanaises, plus de la moitié sont tombés sous les balles de l'armée.

Le conflit a fait depuis deux ans et demi des dizaines de milliers de morts et 12 millions de déplacés, plongeant le Soudan dans ce que l'ONU décrit comme la pire crise humanitaire du monde.

Terres fertiles, or, carrefour stratégique: les ressources et atouts de ce troisième plus grand pays d'Afrique aiguisent les rivalités régionales.

Des deux côtés, sont intervenus des mercenaires étrangers, principalement originaires de pays africains comme l'Erythrée et le Tchad. Mais l'opération colombienne se distingue par sa sophistication.

Recherchés pour leur expertise en matière de guerre des drones et d'artillerie, ces hommes ont été appâtés par des salaires allant de 2.500 à 4.000 dollars américains par mois, selon un ex-soldat, soit jusqu'à six fois leur pension militaire.

- Petites annonces -

Comment ont-ils été recrutés?

Un an après avoir pris sa retraite, un spécialiste colombien de drones militaires raconte avoir reçu un message via WhatsApp.

"Des vétérans intéressés par un emploi? Nous recherchons des réservistes issus de toute force armée. Détails par message privé".

L'homme de 37 ans, fort de 20 ans de service, est intrigué. Il appelle le numéro et se voit proposer un travail à Dubaï par un interlocuteur se présentant comme un ancien colonel de l'armée de l'air.

Il accepte, attiré par les sommes promises. En Colombie, des milliers de soldats prennent chaque année leur retraite relativement jeunes et avec de modestes pensions, et certains se sont fait embaucher par le passé par Abou Dhabi sur des sites pétroliers ou combattant au Yémen contre les séparatistes.

Mais rapidement, l'ex-soldat apprend que la ville ne sera qu'une escale pour quelques mois de formation avant un déploiement "en Afrique" pour des missions de reconnaissance tactique, raconte-t-il sous couvert d'anonymat.

Méfiant, il contacte un ami travaillant aux Emirats, qui l'avertit du risque de se retrouver au Soudan. Et décide de refuser la proposition.

Nombre de ses compatriotes ont eux saisi l'offre, embarquant dans un périple censé passer sous les radars.

Mais certains combattants se sont montrés peu discrets, à l'instar de Christian Lombana qui a partagé sur les réseaux sociaux ses déplacements.

Une vidéo TikTok le localise notamment dans le désert du sud-est de la Libye, d'après le collectif d'investigation Bellingcat - une zone contrôlée par Khalifa Haftar, accusé de fournir armes et carburant aux FSR pour le compte des Emirats arabes unis.

Il sera pris quelques jours plus tard en embuscade au Darfour.

Sur des images devenues virales filmées par un combattant ennemi, on voit des photos de famille du mercenaire éparpillées dans le sable ainsi que son passeport comportant un tampon d'entrée en Libye.

- Des enfants recrutés -

A l'oeuvre derrière le recrutement, un colonel italo-colombien à la retraite, Alvaro Quijano.

Sanctionné le 9 décembre par les Etats-Unis aux côtés de trois autres personnes, il est accusé de "jouer un rôle central" dans ce "réseau transnational" ayant embauché "des centaines de Colombiens", y compris "des enfants", pour combattre au Soudan depuis septembre 2024, selon un communiqué du Trésor américain.

L'homme a co-fondé en 2017 l'Académie pour la formation à la sécurité (A4SI), officiellement une agence pour l'emploi.

Ses recrues se rendaient d'abord aux Emirats arabes unis, puis dans l'est de la Libye, avant de rejoindre le Soudan, expliquent deux anciens mercenaires.

Désireux de blanchir son nom, son associé repenti, l'ex-commandant Omar Rodriguez, a accepté de parler à l'AFP.

Il dénonce aujourd'hui des activités "illégales" basées sur la "traite d'êtres humains", avec pour but de "placer 2.500 hommes" au Soudan.

Pour tenter de brouiller les pistes, l'opération aurait un temps été suspendue puis de nouveaux itinéraires mis en place.

- Transit en Somalie -

Depuis mars, les mercenaires transitent par Bosaso, en Somalie, des vols dont les autorités somaliennes ont officiellement fait état.

Un employé a aussi raconté sous couvert d'anonymat avoir vu des groupes d'étrangers à la peau claire "d'une trentaine, quarantaine d'années, équipés d'attirail militaire et embarquant dans des avions-cargos".

Ils étaient souvent escortés vers une section de l'aéroport réservée aux responsables militaires émiratis, dont des sources sécuritaires ont confirmé l'existence à l'AFP.

Des images satellites de l'aéroport montrent plusieurs appareils Ilyushin Il-76D en stationnement, un modèle fréquemment utilisé sur des bases aériennes aux Emirats et dans l'est libyen.

Dans cette région semi-autonome du Puntland, ancienne place forte de la piraterie somalienne, Abou Dhabi forme, arme et finance depuis 2010 des forces de la police maritime, selon des experts en sécurité et de l'Onu.

Après une fuite massive de données du système de visas en novembre semblant confirmer ce transit de Colombiens, les autorités somaliennes ont été interrogées sur l'implication des Emirats et ont promis "d'enquêter".

"Nous nous y attelons", assure à l'AFP Awes Hagi Yusuf, conseiller à la sécurité nationale, insistant néanmoins sur la nécessité de disposer de preuves solides et d'entretenir de bonnes relations avec l'Etat du Golfe.

- Nouvelle loi en Colombie -

D'autres éléments pointent vers la piste émiratie.

L'AFP a ainsi pu consulter 26 contrats signés par des Colombiens autorisant une société basée aux Emirats, Global Security Services Group (GSSG), à verser leurs salaires via une entreprise enregistrée au Panama, par exemple pour des prestations "d'agent de sécurité".

Des documents assortis d'une clause de confidentialité prévoyant des poursuites en vertu des "lois civiles et pénales" de la monarchie pétrolière.

Dans des documents datés de 2018, il apparaît que GSSG est détenue par l'homme d'affaires Mohamed Hamdan Alzaabi. Son site internet la présente comme "le seul prestataire de services de sécurité privée armée pour le gouvernement".

Aucun des protagonistes mis en cause n'a répondu aux sollicitations de l'AFP.

De son côté, Abou Dhabi dément "catégoriquement".

"Les Emirats réfutent toute affirmation selon laquelle ils auraient fourni, financé, transporté des armes ou en auraient facilité la livraison à l'une des parties belligérantes, par quelque canal que ce soit. Ces assertions sont fausses et non étayées", a commenté un haut responsable émirati, en réponse à des questions détaillées de l'AFP.

En Colombie, l'implication de nombreux compatriotes au Soudan, mais aussi à Haïti, en Afghanistan ou encore en Ukraine, a suscité l'indignation.

Et le Parlement a récemment adopté une loi interdisant le recrutement de mercenaires.

Mais c'était trop tard pour tous ceux tombés au combat, comme ce Colombien décédé l'an dernier, à l'âge de 25 ans.

"Ses cendres sont arrivées en Colombie", confie à l'AFP une femme se présentant comme sa cousine.

Peu de familles acceptent de s'exprimer publiquement, par peur de compromettre le versement des indemnités d'assurance-vie de leurs proches.

(O.Joost--BBZ)