Berliner Boersenzeitung - Des Andes au Darfour: des mercenaires colombiens au coeur du conflit soudanais

EUR -
AED 4.197614
AFN 73.150974
ALL 93.75751
AMD 419.373923
ANG 2.046406
AOA 1048.68869
ARS 1698.148787
AUD 1.645852
AWG 2.057375
AZN 1.942374
BAM 1.95428
BBD 2.298223
BDT 140.640647
BGN 1.932653
BHD 0.430166
BIF 3397.558283
BMD 1.142986
BND 1.476178
BOB 7.913847
BRL 5.858836
BSD 1.141118
BTN 108.791411
BWP 15.414082
BYN 3.304724
BYR 22402.53127
BZD 2.294926
CAD 1.624389
CDF 2577.434326
CHF 0.921601
CLF 0.026884
CLP 1058.07417
CNY 7.768194
CNH 7.769655
COP 3836.147733
CRC 519.895763
CUC 1.142986
CUP 30.289137
CVE 110.178369
CZK 24.220796
DJF 203.202892
DKK 7.475999
DOP 67.497518
DZD 152.209177
EGP 55.775453
ERN 17.144794
ETB 184.175597
FJD 2.558803
FKP 0.855045
GBP 0.853542
GEL 3.01173
GGP 0.855045
GHS 13.00289
GIP 0.855045
GMD 84.016549
GNF 10008.305764
GTQ 8.70723
GYD 238.694407
HKD 8.964481
HNL 30.542252
HRK 7.535248
HTG 149.116666
HUF 354.752657
IDR 20531.462714
ILS 3.44233
IMP 0.855045
INR 108.593012
IQD 1494.818111
IRR 1572406.238146
ISK 144.027596
JEP 0.855045
JMD 180.469679
JOD 0.810344
JPY 184.986631
KES 147.730686
KGS 99.953643
KHR 4578.52016
KMF 493.197965
KPW 1028.68806
KRW 1739.230811
KWD 0.353971
KYD 0.950948
KZT 539.375336
LAK 25730.768333
LBP 102182.355746
LKR 382.199483
LRD 207.108966
LSL 18.514342
LTL 3.374942
LVL 0.691381
LYD 7.321339
MAD 10.683493
MDL 20.117182
MGA 4846.23189
MKD 61.652621
MMK 2399.60595
MNT 4098.2976
MOP 9.218611
MRU 45.542589
MUR 53.811308
MVR 17.65935
MWK 1978.24454
MXN 19.923626
MYR 4.655393
MZN 73.038778
NAD 18.514666
NGN 1563.937069
NIO 41.988088
NOK 11.199203
NPR 174.066657
NZD 2.008067
OMR 0.43946
PAB 1.141113
PEN 3.885579
PGK 5.014145
PHP 70.1685
PKR 317.248816
PLN 4.294154
PYG 6921.648462
QAR 4.171556
RON 5.234307
RSD 117.377876
RUB 87.492177
RWF 1672.185189
SAR 4.294725
SBD 9.255247
SCR 15.384767
SDG 686.365822
SEK 11.029015
SGD 1.476504
SHP 0.853355
SLE 27.86033
SLL 23967.855181
SOS 652.092976
SRD 43.08256
STD 23657.508508
STN 24.481179
SVC 9.984106
SYP 126.336672
SZL 18.510688
THB 38.051728
TJS 10.554993
TMT 4.000452
TND 3.375575
TOP 2.752037
TRY 53.537386
TTD 7.72706
TWD 36.7006
TZS 3000.342412
UAH 50.881493
UGX 4168.758648
USD 1.142986
UYU 45.904308
UZS 13744.433485
VES 761.475965
VND 30052.538504
VUV 137.324204
WST 3.163533
XAF 655.441637
XAG 0.018766
XAU 0.000277
XCD 3.088978
XCG 2.056474
XDR 0.815166
XOF 655.450232
XPF 119.331742
YER 270.973501
ZAR 18.571824
ZMK 10288.251391
ZMW 21.024745
ZWL 368.041119
  • AEX

    2.2700

    1084.7

    +0.21%

  • BEL20

    0.5700

    5733.15

    +0.01%

  • PX1

    18.6500

    8498.17

    +0.22%

  • ISEQ

    100.5200

    14061.42

    +0.72%

  • OSEBX

    13.9600

    1952.17

    +0.72%

  • PSI20

    30.4200

    9248.1

    +0.33%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -115.3000

    4688.99

    -2.4%

  • N150

    6.3600

    4244.05

    +0.15%

Des Andes au Darfour: des mercenaires colombiens au coeur du conflit soudanais
Des Andes au Darfour: des mercenaires colombiens au coeur du conflit soudanais / Photo: - - AFP

Des Andes au Darfour: des mercenaires colombiens au coeur du conflit soudanais

Des centaines d'anciens soldats colombiens ont été attirés au Soudan par la promesse de salaires mirobolants. Nombreux y sont morts, pris au piège d'une sanglante guerre civile marquée par des massacres, des viols et la famine.

Taille du texte:

Des Andes au Darfour, en passant par les Emirats arabes unis et la Somalie, une enquête de l'AFP montre comment ces mercenaires se sont retrouvés à l'autre bout de la planète. Pour combattre aux côtés des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), en guerre depuis avril 2023 contre l'armée et accusés d'atrocités et exactions.

L'AFP a pu reconstituer leur périple et le fonctionnement du réseau, sur la base d'interviews, de registres de sociétés et de la géolocalisation d'images du champ de bataille:

- Un recrutement via WhatsApp et une première escale, Dubaï, pour une courte formation.

- Au moins deux itinéraires pour rejoindre le Soudan, à travers l'est de la Libye ou une base aérienne en Somalie, dotée d'une présence militaire émiratie.

- Des mercenaires géolocalisés sur des scènes des pires combats au Darfour, province occidentale du Soudan.

- Derrière le réseau, un colonel colombien à la retraite, récemment placé sous sanctions américaines.

Si Washington ne les cite pas nommément, apparaît en filigrane le rôle des Emirats dans cette opération. Accusé par le gouvernement soudanais et des rapports internationaux de soutenir les FSR, Abou Dhabi nie toute responsabilité et a dénoncé auprès de l'AFP "une campagne de désinformation".

- Siège d'El-Facher -

"Ils n'ont toujours pas rapatrié son corps", déplore une veuve colombienne, trop effrayée pour donner son nom ou celui de son défunt mari.

A 33 ans, cet ancien soldat a embarqué pour le Soudan mi-2024, dans le tout premier groupe de combattants. Il est décédé trois mois plus tard, en pleine offensive des FSR pour s'emparer du Darfour.

Avec le soutien des Colombiens, les paramilitaires ont finalement fait main basse fin octobre sur El-Facher, dernière grande ville de la région qui échappait à leur contrôle.

Des vidéos analysées par l'AFP montrent des mercenaires colombiens sur le terrain dans les mois précédant la prise.

Sur l'une, ils traversent en voiture les ruines noircies du camp de déplacés de Zamzam, écoutant du reggaeton. Situé en périphérie d'El-Facher, ce camp a subi une attaque des FSR en avril, qui a fait plus de 1.000 morts et 400.000 déplacés, selon l'ONU.

"Tout est détruit", constate un homme à l'accent colombien, assis sur le siège passager d'un véhicule blindé.

Ailleurs, on le voit prendre la pose avec des mineurs munis de fusils d'assaut AK-47.

Avant de trouver la mort: son cadavre apparaît ensanglanté dans des images fournies par les Forces conjointes alliées de l'armée, le présentant comme le "commandant" du peloton.

Pas moins de 80 Colombiens auraient participé au siège d'El-Facher et selon les autorités soudanaises, plus de la moitié sont tombés sous les balles de l'armée.

Le conflit a fait depuis deux ans et demi des dizaines de milliers de morts et 12 millions de déplacés, plongeant le Soudan dans ce que l'ONU décrit comme la pire crise humanitaire du monde.

Terres fertiles, or, carrefour stratégique: les ressources et atouts de ce troisième plus grand pays d'Afrique aiguisent les rivalités régionales.

Des deux côtés, sont intervenus des mercenaires étrangers, principalement originaires de pays africains comme l'Erythrée et le Tchad. Mais l'opération colombienne se distingue par sa sophistication.

Recherchés pour leur expertise en matière de guerre des drones et d'artillerie, ces hommes ont été appâtés par des salaires allant de 2.500 à 4.000 dollars américains par mois, selon un ex-soldat, soit jusqu'à six fois leur pension militaire.

- Petites annonces -

Comment ont-ils été recrutés?

Un an après avoir pris sa retraite, un spécialiste colombien de drones militaires raconte avoir reçu un message via WhatsApp.

"Des vétérans intéressés par un emploi? Nous recherchons des réservistes issus de toute force armée. Détails par message privé".

L'homme de 37 ans, fort de 20 ans de service, est intrigué. Il appelle le numéro et se voit proposer un travail à Dubaï par un interlocuteur se présentant comme un ancien colonel de l'armée de l'air.

Il accepte, attiré par les sommes promises. En Colombie, des milliers de soldats prennent chaque année leur retraite relativement jeunes et avec de modestes pensions, et certains se sont fait embaucher par le passé par Abou Dhabi sur des sites pétroliers ou combattant au Yémen contre les séparatistes.

Mais rapidement, l'ex-soldat apprend que la ville ne sera qu'une escale pour quelques mois de formation avant un déploiement "en Afrique" pour des missions de reconnaissance tactique, raconte-t-il sous couvert d'anonymat.

Méfiant, il contacte un ami travaillant aux Emirats, qui l'avertit du risque de se retrouver au Soudan. Et décide de refuser la proposition.

Nombre de ses compatriotes ont eux saisi l'offre, embarquant dans un périple censé passer sous les radars.

Mais certains combattants se sont montrés peu discrets, à l'instar de Christian Lombana qui a partagé sur les réseaux sociaux ses déplacements.

Une vidéo TikTok le localise notamment dans le désert du sud-est de la Libye, d'après le collectif d'investigation Bellingcat - une zone contrôlée par Khalifa Haftar, accusé de fournir armes et carburant aux FSR pour le compte des Emirats arabes unis.

Il sera pris quelques jours plus tard en embuscade au Darfour.

Sur des images devenues virales filmées par un combattant ennemi, on voit des photos de famille du mercenaire éparpillées dans le sable ainsi que son passeport comportant un tampon d'entrée en Libye.

- Des enfants recrutés -

A l'oeuvre derrière le recrutement, un colonel italo-colombien à la retraite, Alvaro Quijano.

Sanctionné le 9 décembre par les Etats-Unis aux côtés de trois autres personnes, il est accusé de "jouer un rôle central" dans ce "réseau transnational" ayant embauché "des centaines de Colombiens", y compris "des enfants", pour combattre au Soudan depuis septembre 2024, selon un communiqué du Trésor américain.

L'homme a co-fondé en 2017 l'Académie pour la formation à la sécurité (A4SI), officiellement une agence pour l'emploi.

Ses recrues se rendaient d'abord aux Emirats arabes unis, puis dans l'est de la Libye, avant de rejoindre le Soudan, expliquent deux anciens mercenaires.

Désireux de blanchir son nom, son associé repenti, l'ex-commandant Omar Rodriguez, a accepté de parler à l'AFP.

Il dénonce aujourd'hui des activités "illégales" basées sur la "traite d'êtres humains", avec pour but de "placer 2.500 hommes" au Soudan.

Pour tenter de brouiller les pistes, l'opération aurait un temps été suspendue puis de nouveaux itinéraires mis en place.

- Transit en Somalie -

Depuis mars, les mercenaires transitent par Bosaso, en Somalie, des vols dont les autorités somaliennes ont officiellement fait état.

Un employé a aussi raconté sous couvert d'anonymat avoir vu des groupes d'étrangers à la peau claire "d'une trentaine, quarantaine d'années, équipés d'attirail militaire et embarquant dans des avions-cargos".

Ils étaient souvent escortés vers une section de l'aéroport réservée aux responsables militaires émiratis, dont des sources sécuritaires ont confirmé l'existence à l'AFP.

Des images satellites de l'aéroport montrent plusieurs appareils Ilyushin Il-76D en stationnement, un modèle fréquemment utilisé sur des bases aériennes aux Emirats et dans l'est libyen.

Dans cette région semi-autonome du Puntland, ancienne place forte de la piraterie somalienne, Abou Dhabi forme, arme et finance depuis 2010 des forces de la police maritime, selon des experts en sécurité et de l'Onu.

Après une fuite massive de données du système de visas en novembre semblant confirmer ce transit de Colombiens, les autorités somaliennes ont été interrogées sur l'implication des Emirats et ont promis "d'enquêter".

"Nous nous y attelons", assure à l'AFP Awes Hagi Yusuf, conseiller à la sécurité nationale, insistant néanmoins sur la nécessité de disposer de preuves solides et d'entretenir de bonnes relations avec l'Etat du Golfe.

- Nouvelle loi en Colombie -

D'autres éléments pointent vers la piste émiratie.

L'AFP a ainsi pu consulter 26 contrats signés par des Colombiens autorisant une société basée aux Emirats, Global Security Services Group (GSSG), à verser leurs salaires via une entreprise enregistrée au Panama, par exemple pour des prestations "d'agent de sécurité".

Des documents assortis d'une clause de confidentialité prévoyant des poursuites en vertu des "lois civiles et pénales" de la monarchie pétrolière.

Dans des documents datés de 2018, il apparaît que GSSG est détenue par l'homme d'affaires Mohamed Hamdan Alzaabi. Son site internet la présente comme "le seul prestataire de services de sécurité privée armée pour le gouvernement".

Aucun des protagonistes mis en cause n'a répondu aux sollicitations de l'AFP.

De son côté, Abou Dhabi dément "catégoriquement".

"Les Emirats réfutent toute affirmation selon laquelle ils auraient fourni, financé, transporté des armes ou en auraient facilité la livraison à l'une des parties belligérantes, par quelque canal que ce soit. Ces assertions sont fausses et non étayées", a commenté un haut responsable émirati, en réponse à des questions détaillées de l'AFP.

En Colombie, l'implication de nombreux compatriotes au Soudan, mais aussi à Haïti, en Afghanistan ou encore en Ukraine, a suscité l'indignation.

Et le Parlement a récemment adopté une loi interdisant le recrutement de mercenaires.

Mais c'était trop tard pour tous ceux tombés au combat, comme ce Colombien décédé l'an dernier, à l'âge de 25 ans.

"Ses cendres sont arrivées en Colombie", confie à l'AFP une femme se présentant comme sa cousine.

Peu de familles acceptent de s'exprimer publiquement, par peur de compromettre le versement des indemnités d'assurance-vie de leurs proches.

(O.Joost--BBZ)