Berliner Boersenzeitung - A Manille, les conducteurs de minibus en peine face à la flambée du diesel

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A Manille, les conducteurs de minibus en peine face à la flambée du diesel
A Manille, les conducteurs de minibus en peine face à la flambée du diesel / Photo: Ted ALJIBE - AFP

A Manille, les conducteurs de minibus en peine face à la flambée du diesel

Chaque jour à Manille, Eric Helera conduit un minibus pour gagner sa vie. Mais depuis la flambée des prix du carburant aux Philippines entraînée par la guerre au Moyen-Orient, l'homme dit peiner à joindre les deux bouts.

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Son véhicule est un jeepney, un de ces minibus de fortune fumants et de couleurs vives qui constituent l'épine dorsale des transports philippins.

Princess, le nom de son véhicule, tourne au diesel, dont le prix atteint des records ces derniers jours avec le blocage partiel par l'Iran du détroit d'Ormuz, voie stratégique pour le transport d'hydrocarbures.

M. Helera, 43 ans, a donc choisi de travailler plus longtemps, atteignant 18 heures quotidiennes, pour s'assurer d'avoir assez d'argent pour acheter du carburant et couvrir le montant qu'il doit chaque jour verser au propriétaire du minibus.

"Les marges sont vraiment faibles maintenant à cause des prix du diesel qui flambent", dit-il à l'AFP tout en sirotant son gobelet de café instantané devant une épicerie de son quartier.

"Parfois, je gagne moins de 500 pesos (7,2 euros) par jour", dit-il, alors qu'avant la guerre, il pouvait déjà atteindre cette somme avant le déjeuner.

"Il y a eu un énorme ajustement à la maison", dit cet habitant d'un logement de deux étages de Manille qu'il partage avec son épouse, sept enfants et deux autres familles.

Un "déjeuner complet avec du riz" est maintenant un luxe réservé aux seules journées bien payées, explique-t-il à l'AFP, qui l'a suivi pendant une de ses journées de travail - qui peuvent maintenant s'étirer jusqu'à minuit.

"J'ai besoin de 10 passagers ou plus pour chaque voyage. En-dessous, je ne gagne rien", calcule le conducteur de ce jeepney pouvant transporter jusqu'à 16 personnes, uniquement une demi-douzaine de fois par jour.

- "Baisser les bras" -

La hausse des prix à la pompe, la "plus grave" qu'il dit avoir jamais vue, l'a contraint à abandonner les longs trajets pour lesquels le nombre de passagers ne permet pas de couvrir le coût du diesel, qui ne cesse de croître.

Il atteignait mardi 134,30 pesos le litre (1,93 euro) dans certaines stations, flambant comme jamais dans l'histoire du pays. Et le président Ferdinand Marcos a décrété l'état d'"urgence énergétique nationale".

Les syndicats de conducteurs de jeepneys demandent une hausse tarifaire pour les passagers. Une mesure en ce sens a été approuvée par le régulateur national des transports - avant d'être annulée, le lendemain, par le chef de l'Etat.

Un syndicat a aussi appelé la semaine dernière à une grève, finalement suivie par peu de chauffeurs.

"Je suis du côté des conducteurs de jeepneys" qui réclament des courses plus chères, témoigne Trixie Brumuela, une vendeuse de 35 ans rencontrée par l'AFP devant l'un des innombrables terminaux dédiés de la capitale, même si elle aussi dit avoir réduit ses dépenses au strict nécessaire.

Près d'un autre arrêt, une étudiante, Juliana Tonelete, dit comprendre les revendications des conducteurs, "valides étant données les prix à la pompe plus élevés". Mais "en tant qu'étudiante avec un budget limité, c'est difficile".

Le chauffeur Eric Helera affirme que plusieurs de ses collègues ont mis fin à leur activité. "J'envisage aussi cette option, parce qu'on ne gagne plus rien", lance-t-il, songeant au secteur du BTP.

Le gouvernement a promis une aide ponctuelle pour mercredi, mais "5.000 pesos", soit 72 euros, "ça ne vous mène pas très loin", juge M. Helera.

"On sait qu'on ne peut pas baisser les bras parce qu'on a une famille", dit le chauffeur alors que son minibus se remplit peu à peu, ce soir-là, sans lui avoir encore permis d'atteindre la somme à verser au propriétaire de Princess. "Je vais devoir conduire jusque tard."

(T.Burkhard--BBZ)