Berliner Boersenzeitung - Venezuela: un survivant dans les décombres, huit jours après les séismes

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Venezuela: un survivant dans les décombres, huit jours après les séismes
Venezuela: un survivant dans les décombres, huit jours après les séismes / Photo: Federico PARRA - AFP

Venezuela: un survivant dans les décombres, huit jours après les séismes

Plusieurs centaines de sauveteurs s'efforcent jeudi aux premières heures d'extraire un quadragénaire coincé depuis huit jours dans les décombres d'un bâtiment, a observé une journaliste de l'AFP, à la suite des deux séismes qui ont fait plus de 2.000 morts et des dizaines de milliers de disparus au Venezuela.

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Hernan Gil, un agent de sécurité de 43 ans, est resté bloqué dans sa guérite, sous l'immeuble où il travaillait à Catia La Mar, une zone côtière de l'Etat de La Guaira (nord) presque entièrement détruite lors de la catastrophe naturelle du 24 juin.

Des équipes de secours venues de sept pays — le Venezuela, le Chili, les Etats-Unis, le Portugal, le Costa Rica, le Salvador et le Mexique — travaillent sans relâche depuis trois jours pour l'atteindre.

Mercredi soir, elles se trouvaient à près d'un mètre de lui, ont indiqué les sauveteurs à l'AFP. Les pompiers chiliens ont publié sur Instagram une vidéo montrant l'homme à l'intérieur de la guérite, tournant la tête pour regarder la caméra, l'œil droit injecté de sang.

"C'est vraiment un miracle", a déclaré à l'AFP l'épouse de Gil, Gusbimar Gonzalez.

"Je suis complètement émerveillée, car c'est la première fois que je vois autant de pays s'unir ainsi pour sauver une seule personne", a-t-elle ajouté.

Dans cet Etat, le plus durement touché, des dizaines de bâtiments détruits portent une grande lettre D peinte à la bombe. Signifiant "deceased" (décédés), selon la nomenclature internationale pour les opérations de recherche et de sauvetage lors de tremblements de terre, elle met fin aux espoirs de trouver des survivants sous les décombres.

Leur nombre a été revu à la hausse avec 2.295 morts et plus de 11.000 blessés, selon le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez, alors qu'il s'établissait mardi à un peu moins de 2.000 morts.

Dans un pays déjà soumis ces dernières années aux restrictions de l'information, le gouvernement a limité après le drame l'accès à La Guaira en imposant aux bénévoles un laissez-passer.

"Il a été extrêmement difficile d'atteindre le territoire vénézuélien", explique à l'AFP Luis Arteaga Benatuil, membre du groupe espagnol de recherche et de sauvetage USAR 13. "Nous arrivons tard, mais notre objectif demeure de sauver des vies".

La catastrophe n'a pas rendu toutes ses victimes. Les Nations unies estiment que 50.000 personnes sont portées disparues.

- "Dire la vérité!" -

L'ampleur des dégâts matériels a plongé une partie du pays dans le chaos. "Le plus grave, ce sont les morts", tempête Gladys Barrios, 76 ans. "Je vous demande de dire la vérité".

Pour les vivants, les autorités vénézuéliennes ont installé des centres de distribution d'aide mais les rescapés se sentent davantage soutenus par les étrangers et les bénévoles.

"Au début, tout se passait bien, mais ensuite la mauvaise organisation a commencé: d'abord les soldats eux-mêmes se servaient et puis tu te retrouvais avec ce qui restait", raconte Yohana Alvarez, une vendeuse déplacée.

Quatre policiers vénézuéliens ont été arrêtés pour des pillages dans la zone du double séisme, a annoncé le ministère de la Justice sur les réseaux sociaux après la publication devenue virale d'agents pris la main dans le sac par des habitants furieux.

Les zones touchées semblent avoir été rasées au sol, avec d'immenses trouées au cœur d'habitations debout mais désormais inutilisables.

Dans l'Etat de La Guaira, "les pénuries alimentaires sont généralisées, les services de base se sont effondrés et les communications sont en grande partie coupées", s'est alarmé mardi le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

- "Combat de coqs" -

"Les tensions au sein de la population s'accroissent, alors que l'accès à l'aide demeure limité".

"Il arrive que les gens manquent de s'entretuer pour de la nourriture. C'est comme un combat de coqs", lance Daniela Armas, 18 ans, une vendeuse de La Guaira, après avoir attendu pour obtenir de la nourriture dans un centre d'hébergement d'urgence.

"La situation est assez critique", a déclaré Lia Poggio, cheffe de mission au Venezuela pour l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Fátima Berroterán, 56 ans, habitait dans l'une des 20 tours de la résidence Brisas de Maiquetía. Elle et sa famille dorment sur le parking.

"Ici, rien ne nous arrivait. C'est seulement depuis cette nuit qu'ils ont commencé à nous apporter de l'eau", explique-t-elle. "La plupart n'a pas de tentes".

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé un appel à 50 millions de dollars pour nourrir 500.000 personnes pendant trois mois.

- "Je suis démolie" -

De nombreuses familles "sont menacées de sombrer encore plus dans la précarité", craint Stephanie Hochstetter, responsable de l'agence onusienne dans le pays.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) redoute en outre des épidémies et s'inquiète de systèmes "inadéquats" de suivi des disparus et d'enregistrement des victimes.

Les perturbations des services de santé, des réseaux d'eau et d'assainissement, combinées aux déplacements de population, pourraient favoriser des flambées "de maladies évitables par la vaccination comme la rougeole, la diphtérie et la coqueluche", a averti un porte-parole de l'OMS, Christian Lindmeier.

Le HCR chiffre lui ses besoins à environ 15 millions de dollars, notamment pour abriter temporairement 30.000 personnes pendant six mois.

Les Etats-Unis ont doublé le montant de l'aide bilatérale après la tragédie, pour un total de 300 millions de dollars dirigés vers les ONG et agences onusiennes.

Deux mille Américains environ participent aux opérations, a dit mercredi aux journalistes le général Francis Donovan, chef du Commandement Sud des Etats-Unis.

(L.Kaufmann--BBZ)