Berliner Boersenzeitung - Goélands ou Fous de Bassan, la grippe aviaire tue aussi les espèces sauvages

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Goélands ou Fous de Bassan, la grippe aviaire tue aussi les espèces sauvages
Goélands ou Fous de Bassan, la grippe aviaire tue aussi les espèces sauvages / Photo: FRED TANNEAU - AFP

Goélands ou Fous de Bassan, la grippe aviaire tue aussi les espèces sauvages

Sur l'immense étendue de sable face à la Manche, un goéland titube. Son aile droite traîne au sol, symptôme d'une grippe aviaire fulgurante et à l'ampleur inédite, qui ne décime pas que les élevages, mais aussi des colonies entières d'oiseaux marins protégés.

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A plusieurs centaines de kilomètres au sud-ouest, sur l'île bretonne du Rouzic, ce sont des Fous de Bassan morts qui jonchent la côte. Par dizaines.

L'influenza aviaire, grippe saisonnière qui frappe d'habitude à l'automne et en hiver, a entraîné l'abattage de près de 20 millions de volailles d'élevage en France entre novembre et septembre, un nombre record.

Outre le fait qu'elle a sévi hors saison, l'épizootie a également frappé cette année des espèces marines protégées, comme les sternes caugek et les goélands dans la Somme ou les Fous de Bassan en Bretagne, avec des conséquences potentiellement dévastatrices.

"En France, c'est la première fois qu'il y a une telle mortalité chez les oiseaux sauvages", assure à l'AFP Anne Van De Wiele, coordinatrice des actions sanitaires à l'Office français de biodiversité.

"C'est arrivé en pleine couvaison, alors que les poussins sont vulnérables et très contaminateurs", poursuit cette vétérinaire de formation.

- Paralysie -

Au parc du Marquenterre, au coeur de la baie de Somme, les découvertes de cadavres, "par dizaines", ont commencé à la mi-mai, explique Philippe Kraemer, qui y est garde. "On a d'abord pensé à une pollution en mer."

"Nos collègues du Pas-de-Calais ont eux aussi constaté des morts et fait des recherches de botulisme, en vain. Du coup, on a demandé des analyses pour la grippe aviaire. Et chaque semaine, de mai à juillet, on a eu 100% de positifs", poursuit-il.

Dans la baie qui débouche sur les falaises de craie normandes, les mouettes rieuses, goélands argentés et sternes caugek s'ébattent par centaines, profitant du soleil rasant et de la vase fraîchement découverte par la marée.

Mais certains semblent anormalement apathiques. Une sterne, reconnaissable à sa crête noire sur un plumage blanc, vole de travers, manifestement touchée par un début de paralysie. Un goéland traine son aile folle.

"Dans 48 heures, il sera probablement mort", se désole M. Kraemer.

Les communes avoisinantes se sont organisées pour ramasser les cadavres afin d'éviter les contaminations. L'Office français de la biodiversité en récupère ponctuellement, pour suivre l'évolution géographique de la maladie et protéger les élevages.

"On est en pleine flambée, c'est une course contre la montre", explique Mme Van de Wiele.

Difficile de mesurer l'ampleur des dégâts sur les espèces les plus menacées: "Cela dépend de l'impact de la maladie sur les adultes reproducteurs", explique-elle.

- "Désolant" -

Pour les sternes, les goélands ou les mouettes, ce sont quelques milliers de cadavres qui ont été retrouvés pour chaque espèce. Chez les Fous de Bassan, près de la moitié des oiseaux semblent avoir succombé.

"Ça a commencé début juillet, avec la découverte d'un premier cadavre, en haut de Rouzic", dans l'archipel des Sept-îles, raconte Pascal Provost, agents de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

L'île, qui abrite en temps normal jusqu'à 19.000 couples d'oiseaux, est désormais complètement contaminée.

Durant le trajet d'une demi-heure qui la sépare du port de Ploumanac'h (Côtes-d'Armor), pas un Fou de Bassan en vol, ni même sur l'eau, comme il est portant coutume d'en voir à cette époque de l'année.

Un spectacle "inédit" et "désolant" pour M. Provost et son collègue Armel Deniau, sidérés par la vélocité de l'épizootie.

"Ça sera l'année prochaine, à la réinstallation de la colonie, qu'on va avoir une réelle idée de la perte des effectifs", précise M. Deniau, profondément inquiet de la disparition de "ce fleuron de notre biodiversité nationale".

En attendant, "face aux mortalités groupées observées dans l'avifaune sauvage sur le littoral nord de la France depuis mai 2022", le ministère de l'Agriculture a appelé le 5 septembre à "une vigilance renforcée" et à l'application des règles de biosécurité.

(Y.Berger--BBZ)