Berliner Boersenzeitung - Dopage: pourquoi Valieva peut continuer les JO-2022

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Dopage: pourquoi Valieva peut continuer les JO-2022
Dopage: pourquoi Valieva peut continuer les JO-2022

Dopage: pourquoi Valieva peut continuer les JO-2022

Testée positive fin décembre à une substance interdite, la jeune patineuse russe Kamila Valieva, 15 ans, a été autorisée lundi par le Tribunal arbitral du sport (TAS) à poursuivre ses Jeux olympiques à Pékin: pourquoi cette décision, et quelles sont ses implications dans l'immédiat et à moyen terme ?

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. Pourquoi est-elle autorisée à participer ?

Loin de trancher le fond de l'affaire, le TAS était saisi d'une seule question: fallait-il laisser concourir la jeune prodige, déjà victorieuse par équipe la semaine dernière, et favorite de l'épreuve individuelle mardi ?

Provisoirement suspendue par l'agence antidopage russe (Rusada) mardi dernier, jour de l'annonce de son résultat positif, Valieva avait obtenu la levée de cette mesure mercredi en appel.

"Ce n'est pas la faute de l'athlète si la notification lui est parvenue en plein milieu des JO", a expliqué le directeur général du TAS, Matthieu Reeb, alors que l'Agence mondiale antidopage (AMA) prévoit un résultat sous 20 jours - et moins en cas de grande compétition comme les Jeux.

Le laboratoire agréé par l'AMA à Stockholm a mis six semaines à analyser le prélèvement de Valieva, réalisé par Rusada le 25 décembre lors des Championnats de Russie à Saint-Pétersbourg - et envoyé aux Suédois sans le présenter comme "prioritaire", a ensuite déploré le gendarme mondial de l'antidopage.

Par ailleurs, Kamila Valieva a moins de 16 ans et bénéficie à ce titre de règles spécifiques de preuve et de sanctions allégées, ce qui a conduit le TAS à écarter une nouvelle suspension au nom de ses "principes fondamentaux", notamment le souci d'éviter "un dommage irréparable".

"L'empêcher de participer aux JO aurait causé des dégâts irréparables", a insisté M. Reeb, la privant de toute chance d'or si plus tard "elle n'avait pas été sanctionnée ou avait reçu une faible sanction".

. Que risque-t-elle après les JO ?

Dans plusieurs mois viendra l'heure d'examiner les conséquences de son test positif, avec un double enjeu: une période d'interdiction de toute compétition si elle est reconnue coupable de s'être dopée, et l'annulation rétroactive de tous ses résultats depuis le 25 décembre.

Elle peut donc non seulement perdre son titre de championne de Russie fin 2021 et de championne d'Europe début 2022, mais également l'or olympique par équipes et l'éventuelle médaille qu'elle peut décrocher en individuel aux JO.

Le CIO a d'ailleurs renoncé lundi soir à organiser les cérémonies officielles des épreuves où elle est sur le podium, tant que l'affaire n'est pas réglée.

Son jeune âge implique d'ores et déjà des sanctions réduites, allant d'une "réprimande" à "deux ans de suspension", contre quatre habituellement, selon le Code mondial antidopage.

Il sera également temps pour la jeune patineuse d'expliquer la présence dans son corps de trimétazidine, un point qui pourrait s'avérer crucial: le règlement de la Fédération internationale de patinage (ISU) permet par exemple d'échapper à une suspension si l'athlète a ingéré un "produit contaminé" par une substance interdite.

. Qu'est ce que la trimétazidine ?

Valieva a été testée positive à la trimétazidine, utilisée pour soulager les angines de poitrine et interdite par l'AMA depuis 2014, car elle favoriserait la circulation sanguine.

Sans rapport avec le cocktail de stéroïdes utilisé par les Russes lors du rocambolesque scandale des JO-2014 de Sotchi, ou avec l'EPO impliquée dans les disciplines d'endurance, la trimétazidine est rarement détectée dans un cadre sportif.

Par ailleurs, la réalité de son effet dopant reste débattue, notamment en raison de ses "nombreux effets secondaires" allant des "troubles de la marche" aux "hallucinations", soulignait fin 2020 le toxicologue et pharmacien Pascal Kintz, dans la revue "Toxicologie Analytique et Clinique".

Enfin, les instances sportives ont déjà reconnu au moins deux cas de contamination accidentelle à la trimétazidine, remontant à 2018: celui de la nageuse américaine Madisyn Cox, via un complément alimentaire (suspension réduite), et celui de la bobeuse russe Nadezhda Sergeeva, suspendue pendant les JO de Pyeongchang et blanchie huit mois plus tard.

. Quelles conséquences pour la Russie ?

La Russie a été suspendue fin 2020 de toute compétition internationale par le TAS pour deux ans, mais ses sportifs peuvent concourir sous pavillon neutre s'ils n'ont pas été personnellement sanctionnés pour dopage.

Si l'affaire Valieva s'avère n'être qu'une entorse individuelle aux règles antidopage, elle n'aura pas de conséquences supplémentaires pour le sport russe, sinon d'écorner à nouveau son image: la décision prise en 2020 visait directement l'agence antidopage russe (Rusada), pour avoir d'abord orchestré et dissimulé un dopage institutionnalisé, puis pour avoir manipulé des données informatiques réclamées par l'AMA.

(Y.Yildiz--BBZ)