Berliner Boersenzeitung - Scandale Midas en Ukraine

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Scandale Midas en Ukraine




Alors que le pays fait face à la plus grande invasion qu’il ait connue depuis des décennies, le pouvoir ukrainien est ébranlé par une affaire de corruption d’une ampleur inédite. Les agences anticorruption ukrainiennes ont annoncé, début novembre, avoir démantelé une organisation criminelle qui aurait pris le contrôle de la société nationale de production d’électricité nucléaire. Cette enquête, baptisée Midas, a mis en cause des membres actuels et anciens du gouvernement ainsi qu’un proche associé du chef de l’État. Elle porte sur un détournement estimé à 100 millions de dollars et sur des pratiques de racket systématique auprès des fournisseurs de l’entreprise énergétique.

Une organisation clandestine au cœur de l’énergie
Les enquêteurs de la Bureau national anticorruption et du Parquet spécial anticorruption ont décrit un réseau de « gestionnaires de l’ombre ». Selon leurs investigations, un homme d’affaires – présenté comme le chef du réseau –, un ancien conseiller du ministre de l’énergie et le directeur de la sécurité de la société publique auraient exercé un contrôle occulte sur les achats d’Energoatom. Pour conserver leur statut de fournisseur, des entreprises auraient été contraintes de verser entre 10 % et 15 % de la valeur de leurs contrats, faute de quoi leurs paiements étaient bloqués ou leurs homologations retirées. Cette pratique, surnommée shlahbaum (« barrière »), aurait permis d’accumuler des sommes colossales.

Afin de blanchir ces fonds, le groupe aurait mis en place un bureau clandestin en plein centre de Kiev. Ce « lavoir » aurait tenu une comptabilité occulte et transféré les flux d’argent vers des sociétés écrans à l’étranger, une partie des retraits étant effectuée hors d’Ukraine. Les perquisitions ont permis de saisir d’importantes sommes en devises et de documenter près de mille heures d’enregistrements sonores.

Des figures du pouvoir éclaboussées
Parmi les sept personnes officiellement placées sous suspicion et les cinq déjà arrêtées, figurent des personnalités proches du président. L’homme d’affaires visé n’est autre qu’un ancien partenaire du chef de l’État dans une société de production audiovisuelle. Les enquêteurs soupçonnent ce dernier d’avoir orchestré le réseau de pots‑de‑vin et d’avoir bénéficié du soutien d’un ancien conseiller ministériel pour fuir le pays juste avant les perquisitions. Deux ministres – la responsable de l’énergie Svitlana Hrynchuk et son prédécesseur Herman Halouchtchenko, devenu ministre de la justice en juillet 2025 – ont remis leur démission après que les agences anticorruption ont rendu publiques leurs premières conclusions. Des enregistrements audio, saisis par les enquêteurs, laissent entendre qu’un ancien vice‑premier ministre aurait aussi profité du système.

Cette affaire a éclaté au moment où le président souhaitait réduire l’autonomie des organes anticorruption. Face aux critiques de l’opposition et à la pression des partenaires occidentaux, il a dû revenir sur ce projet en juillet 2025. Lors d’une allocution, il a qualifié les malversations dans le secteur énergétique d’« absolument inacceptables » et a appelé à ce que « tous ceux qui ont été impliqués reçoivent une réponse judiciaire claire ». Le gouvernement a également demandé à l’Assemblée d’entériner des sanctions contre les personnes concernées, notamment le gel des avoirs du principal suspect.

Une crise de confiance en pleine guerre
Pour un pays qui subit des bombardements quotidiens contre ses infrastructures énergétiques, la révélation de cette corruption suscite une colère particulière. Les coupures d’électricité imposées à la population rendent la pilule d’autant plus amère, et de nombreux Ukrainiens se demandent si une gestion plus rigoureuse de l’énergie aurait mieux protégé leurs centrales. Selon les observateurs, ce scandale érode la crédibilité du président, élu en 2019 sur la promesse d’éradiquer la corruption, et fragilise son pouvoir en plein conflit.

Les responsables politiques d’opposition estiment que les démissions ministérielles ne suffisent pas et réclament un changement profond au sommet de l’État. Des représentants de la société civile rappellent que l’argent détourné aurait pu être investi dans la défense ou la reconstruction des infrastructures. Plusieurs analystes soulignent que la fuite à l’étranger du principal suspect démontre l’existence de fuites au sein même de l’appareil d’État.

Pression internationale et enjeux européens
L’Union européenne et d’autres bailleurs de fonds ont rappelé que leur soutien financier et militaire est conditionné à la lutte contre la corruption. Des dirigeants européens ont exhorté Kiev à préserver l’indépendance des agences anticorruption et à assurer un suivi transparent des fonds internationaux. Certains responsables ont même évoqué la possibilité de geler des aides si des réformes profondes n’étaient pas rapidement mises en œuvre.

Cette affaire survient également dans un contexte de tensions entre le gouvernement ukrainien et les organes chargés de la lutte contre la corruption. En juillet 2025, une tentative de restreindre l’autonomie du Bureau national anticorruption avait déclenché des manifestations et suscité l’indignation de partenaires occidentaux. La publication des informations liées à l’enquête Midas semble être, selon des spécialistes, une stratégie pour empêcher toute nouvelle tentative d’ingérence dans ces institutions.

Vers un séisme politique ?
Le scandale pourrait avoir des répercussions bien au‑delà du secteur énergétique. L’« affaire Midas » met en lumière des mécanismes de détournement qui pourraient toucher d’autres domaines, notamment l’acquisition de drones et de matériel militaire. Les anticorruptionnistes redoutent que cette affaire n’entraîne un démantèlement partiel des forces gouvernementales à un moment où le pays lutte pour sa survie. Ils soulignent aussi le risque de démoralisation des soldats, qui constatent que des sommes considérables disparaissent alors qu’ils manquent d’équipements.

Le Parlement doit encore se prononcer sur les sanctions et les remaniements proposés. Les autorités promettent des procès équitables et une transparence totale, tandis que l’enquête se poursuit. Quoi qu’il en soit, cette affaire souligne la nécessité impérieuse de réformes structurelles pour que l’Ukraine puisse maintenir la confiance de ses citoyens et de ses partenaires internationaux tout en poursuivant son combat existentiel contre l’agression extérieure.