Berliner Boersenzeitung - Cuba dans la ligne de mire

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Cuba dans la ligne de mire




Le 16 mars 2026, Donald Trump a déclaré que son « prochain objectif » serait Cuba. Après avoir renversé les régimes en Iran et au Venezuela, le président des États‑Unis affirme pouvoir « prendre » l’île des Caraïbes quand il le souhaite et en faire ce qu’il veut. Ses propos, largement relayés par les réseaux sociaux et par une diaspora cubaine divisée, ont semé la confusion. Les Cubains, déjà éprouvés par des coupures d’électricité et par la pénurie de biens de première nécessité, se demandent si cette nouvelle bravade annonce une opération militaire ou un changement de politique.

Sur le terrain, Washington exerce une pression croissante. Le gouvernement américain a imposé un blocus pétrolier, menaçant de sanctionner les fournisseurs d’or noir. Le tourisme est à l’arrêt, l’économie s’enfonce et les manifestations se multiplient à La Havane. Deux pétroliers russes et un convoi humanitaire international transportant du carburant et du matériel médical ont été accueillis comme un répit éphémère. Donald Trump se vante désormais d’être le seul à pouvoir remettre de l’ordre dans un pays qu’il estime au bord de l’effondrement.

Entre diplomatie et ouverture économique
Malgré sa rhétorique belliqueuse, l’administration américaine semble privilégier des moyens économiques et diplomatiques plutôt qu’une intervention armée. Le secrétaire d’État Marco Rubio mène depuis plusieurs semaines des discussions avec des personnalités cubaines. Ces contacts, longtemps niés par La Havane, ont été confirmés le 12 mars par le président Miguel Diaz‑Canel, qui évoque des « conversations pour chercher des solutions par le dialogue ». Quelques jours plus tard, le vice‑premier ministre Oscar Pérez‑Oliva Fraga a annoncé une réforme économique historique permettant aux entreprises américaines et à la diaspora d’investir dans de nombreux secteurs, tout en réaffirmant le rôle dirigeant du Parti communiste.

Cette ouverture suscite des réactions contrastées. Une partie de la diaspora y voit une chance unique d’impulser des changements et d’en finir avec l’économie agonisante de l’île. D’autres jugent les mesures insuffisantes et réclament des garanties juridiques avant tout retour, rappelant que des milliers de plaintes pour expropriation restent pendantes. Marco Rubio lui‑même a estimé que ces concessions ne vont pas assez loin et a rappelé que sans changement politique radical, il n’y aura ni investissements majeurs ni plans de sauvetage.

Un scénario militaire improbable
Les observateurs soulignent que Cuba n’est pas le Venezuela. Contrairement à Nicolas Maduro, le président cubain Miguel Diaz‑Canel ne fait l’objet d’aucune inculpation devant la justice américaine qui justifierait une action armée. L’État cubain est considéré comme plus idéologique et plus cohérent que le régime chaviste et, même en cas de départ de Diaz‑Canel, l’appareil castriste resterait en place. Une opération militaire nécessiterait une mobilisation considérable des forces américaines, difficiles à envisager alors que Washington est déjà engagé dans un conflit majeur au Moyen‑Orient. Les spécialistes rappellent aussi qu’une telle intervention risquerait de provoquer un exode massif vers la Floride, alors que plus d’un million de Cubains ont quitté l’île depuis 2021.

Pour l’heure, la « prise » de Cuba par Donald Trump ressemble davantage à un levier politique. En restaurant l’île sur la liste des pays soutenant le terrorisme et en imposant de nouvelles sanctions, la Maison‑Blanche cherche à affaiblir le régime et à forcer des réformes économiques susceptibles de provoquer une transition. Cette stratégie rappelle l’ouverture amorcée sous Barack Obama en 2014, mais avec un ton plus agressif. Certains observateurs la qualifient déjà d’« Obama 2.0 », soulignant que les réformes économiques sont perçues comme un moyen de favoriser un changement de régime.

Une opinion publique sceptique
Les réactions des internautes et de la diaspora à ces développements sont teintées de scepticisme et d’ironie. Beaucoup se moquent de l’idée qu’un président puisse « prendre » Cuba comme on s’empare d’un terrain vague, rappelant que l’île dispose d’une armée nombreuse et que les Castro contrôlent toujours l’appareil d’État. Certains soulignent que les États‑Unis ne pourront pas reproduire en Cuba le scénario vénézuélien ; ils estiment que les forces cubaines ayant combattu en Angola restent déterminées et qu’aucune accusation de narcotrafic ne pèse sur Diaz‑Canel pour justifier une arrestation musclée. D’autres rappellent avec amertume que Washington avait déjà promis de libérer Cuba dans les années 1960 et que cette promesse s’est soldée par la crise des missiles.

Des commentateurs expriment aussi leur fatigue face aux jeux de pouvoir entre Washington et La Havane. Ils dénoncent l’opportunisme de certains politiques américains qui exploitent la question cubaine pour gagner des voix en Floride et s’inquiètent des conséquences humanitaires d’un durcissement des sanctions. Beaucoup craignent que le peuple cubain soit une fois de plus pris en étau entre un régime inflexible et une superpuissance dont les interventions précédentes au Moyen‑Orient ont montré les limites. Enfin, certains appellent à privilégier le dialogue et à fournir un soutien humanitaire massif plutôt qu’à brandir la menace d’une « prise » qui semble avant tout symbolique.

Conclusion
Le discours de Donald Trump sur la « prise » de Cuba a jeté une ombre d’incertitude sur l’avenir de l’île. Derrière les mots guerriers se dessine une stratégie plus subtile : pression économique, négociations discrètes et ouverture contrôlée de l’économie cubaine aux investisseurs étrangers. La perspective d’une intervention militaire directe reste, pour l’instant, improbable. Mais l’impact cumulatif des sanctions, de la crise énergétique et de l’instabilité politique pourrait conduire à des bouleversements majeurs. Dans les rues obscures de La Havane, entre les casseroles résonnant contre les coupures de courant et les files d’attente pour du pain, les Cubains aspirent à un changement réel, qu’il vienne de l’intérieur ou qu’il soit imposé de l’extérieur. Reste à savoir si la « prise » annoncée par Trump sera autre chose qu’un slogan destiné à galvaniser sa base et à détourner l’attention d’autres fronts de guerre.