Berliner Boersenzeitung - Crise ignorée au Soudan

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Crise ignorée au Soudan




Lorsque les canons se sont tus à Khartoum en avril 2023, les Soudanais espéraient une transition démocratique. Mais la rivalité entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) a dégénéré en guerre ouverte, plongeant le pays dans un cataclysme. Trois ans plus tard, cette crise est devenue la plus grande catastrophe humanitaire de la planète, sans susciter l’indignation que méritent ses victimes.

Une guerre meurtrière et un déplacement massif
Le conflit a tué des dizaines de milliers de civils. Les combats se sont intensifiés à Khartoum, au Darfour, au Kordofan et dans le Nil Bleu, où des frappes aériennes et des bombardements aveugles ont détruit des quartiers entiers. Les FSR et l’armée se livrent à des exactions : massacres de communautés, enlèvements, torture et enrôlement forcé. Les victimes sont souvent réduites au silence, et de nombreuses disparitions forcées ne seront jamais élucidées.

Cette violence a provoqué l’exode de près de quatorze millions de personnes. Neuf millions sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que plus de quatre millions ont cherché refuge au Tchad, au Soudan du Sud ou en Égypte. C’est la plus grande crise de déplacement interne au monde. Souvent entassées dans des camps informels, ces familles survivent sans nourriture suffisante, sans abri et sans accès à des services de base.

Famine et effondrement des services de santé
Les violences font peser le spectre de la famine sur le Soudan. En 2026, plus de vingt millions de personnes – soit près des deux tiers de la population – souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, et six millions sont au bord de la catastrophe. Dans certaines régions du Darfour et du Kordofan, les seuils de la famine ont déjà été dépassés. Les marchés sont détruits, les récoltes pillées et les routes coupées par les combattants. Des familles ne mangent qu’un repas par jour, et certaines se nourrissent de feuilles ou d’aliments pour bétail. Les ménages dirigés par des femmes sont les plus touchés, car elles affrontent en plus des agressions et du harcèlement lorsqu’elles sortent chercher de la nourriture ou de l’eau.

La santé publique est à genoux. Plus de 200 attaques contre des structures sanitaires ont détruit des hôpitaux et tué des soignants. On estime que la majorité des centres de santé dans les zones de conflit ne fonctionnent plus. La population doit parcourir des dizaines de kilomètres pour trouver un dispensaire, souvent dépourvu de médicaments. Les épidémies de choléra, de dengue, de rougeole ou de paludisme se multiplient alors que des millions d’enfants sont mal nourris. Les femmes enceintes accouchent dans des conditions inhumaines, sans assistance médicale.

Violences sexuelles et droits humains bafoués
Les témoignages des survivantes font état de viols collectifs, d’esclavage sexuel et d’enlèvements systématiques. Les FSR utilisent le viol comme arme de guerre pour humilier les communautés et terroriser les populations. Plus de 17 millions de femmes et de filles ont besoin d’aide humanitaire, et plus de quatre millions sont déplacées. Les violences sexuelles s’accompagnent de mariages forcés et de trafics humains. Les adolescentes, souvent arrachées à leur famille, subissent des abus répétés sans recours à la justice.

Une crise qui s’aggrave malgré l’inaction mondiale
La communauté internationale demeure largement silencieuse. Les agences humanitaires ont alerté à plusieurs reprises sur l’ampleur de la catastrophe : plus de trente-trois millions de personnes auront besoin d’assistance en 2026. Le Programme alimentaire mondial a indiqué que 610 millions de dollars sont nécessaires pour maintenir ses opérations cette année. Pourtant, les promesses de financement se heurtent à d’autres crises mondiales, et la guerre au Moyen‑Orient a perturbé les livraisons de carburant et de nourriture vers le Soudan. Les humanitaires dénoncent un « génocide oublié » : le monde tourne le dos à un peuple condamné à mourir de faim et de maladies.

Les réactions des internautes reflètent cette frustration. Sur les réseaux sociaux, des Soudanais et des témoins appellent à ne pas détourner le regard. Ils racontent les souffrances de leurs proches, dénoncent les viols, les exactions et le racisme et demandent aux médias de relayer leurs voix. Des pétitions circulent pour ouvrir des corridors humanitaires et sanctionner les responsables des violences. Cette mobilisation reste insuffisante face à l’ampleur du désastre.

Appel à l’action
Le Soudan vit une tragédie qui défie l’imagination. Dans un monde saturé d’informations, cette crise gigantesque est reléguée à l’arrière-plan. Pourtant, des millions de vies sont en jeu. Les États doivent cesser de détourner le regard, soutenir les efforts diplomatiques pour un cessez‑le‑feu durable et financer massivement l’aide humanitaire. Les Soudanais ne demandent pas la charité, mais le respect de leur dignité et l’application du droit international humanitaire. Sans une action rapide, la plus grande crise du monde pourrait se transformer en hécatombe silencieuse.