Berliner Boersenzeitung - Netanyahou face aux soupçons

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Netanyahou face aux soupçons




Un avertissement personnel avant le massacre, un appel téléphonique dont l’existence est contestée, une responsabilité politique de nouveau au centre du débat : les accusations apparues le 8 septembre placent Benyamin Netanyahou devant une question décisive. Avait-il été alerté par les Émirats arabes unis qu’une opération majeure du Hamas se préparait avant le 7 octobre 2023 ? Le premier ministre israélien le dément catégoriquement. Entre les accusations et leur réfutation, l’enjeu est désormais de reconstituer ce que le sommet de l’État savait, à quel moment et avec quelles conséquences.

La controverse ne porte pas seulement sur un échange diplomatique. Elle déplace le débat sur les défaillances qui ont précédé l’attaque. Netanyahou insiste sur le fait que les responsables de la sécurité ne l’auraient pas alerté à temps dans les dernières heures avant l’assaut. Les nouvelles accusations remontent, elles, à plusieurs jours auparavant. Si elles étaient établies, elles obligeraient à examiner non plus seulement la réaction des services durant une nuit, mais les décisions prises au plus haut niveau pendant une période où des précautions pouvaient encore être envisagées.

Un appel au contenu explosif
Au cœur de l’affaire figure une conversation d’environ quarante-cinq minutes qui aurait eu lieu à la fin de septembre 2023, une dizaine de jours avant l’attaque. Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, aurait averti directement Netanyahou que Yahya Sinwar, alors chef du Hamas dans la bande de Gaza, préparait une opération de grande ampleur contre Israël.

L’avertissement aurait porté sur le risque de lourdes pertes humaines, de déstabilisation régionale et de remise en cause des accords d’Abraham. Netanyahou aurait répondu avec calme, en estimant que le danger venait davantage de Cisjordanie et qu’Israël était prêt à faire face aux différents scénarios. Il lui est surtout reproché de ne pas avoir transmis cette alerte aux principaux responsables de la sécurité.

Ces éléments demeurent contestés. Leur gravité ne les transforme pas en faits définitivement établis. Mais l’hypothèse qu’ils dessinent est précise : une information potentiellement importante aurait atteint le chef du gouvernement sans provoquer la réévaluation du risque qu’elle pouvait justifier. C’est ce point, davantage que la seule existence d’un appel, qui donne à l’affaire sa portée politique.

Netanyahou oppose un démenti total
La réponse du premier ministre ne consiste pas à discuter l’interprétation d’une conversation. Il nie qu’elle ait eu lieu pendant la période concernée et affirme n’avoir reçu aucun avertissement du président émirati. Le 9 septembre, il a annoncé son intention d’engager une action en diffamation, dénonçant une opération politique liée à la campagne électorale.

Son argumentation repose notamment sur l’absence de traces de cet échange dans les vérifications effectuées par son bureau. Cette absence est une affirmation de sa défense, non une conclusion issue d’un examen indépendant. Pour départager les versions, il faudrait connaître les archives consultées, les canaux de communication concernés et la manière dont les échanges sensibles étaient enregistrés.

Les Émirats arabes unis n’ont, de leur côté, ni confirmé publiquement cet appel précis ni validé la version de Netanyahou. Leur réponse officielle refuse de commenter les spéculations sur les conversations entre dirigeants, tout en rappelant l’existence de communications directes et d’échanges de renseignements avec Israël. Cette réserve diplomatique ne permet donc pas de trancher. La présenter comme un aveu serait aussi injustifié que d’y voir une réfutation.

Être averti ne signifie pas tout savoir
Il faut distinguer la connaissance d’une menace générale, la réception d’un renseignement opérationnel et la connaissance détaillée d’un plan d’attaque. Un avertissement annonçant une opération majeure ne signifie pas nécessairement que son destinataire dispose d’une date, de cibles identifiées ou d’un scénario suffisamment précis pour empêcher l’assaut.

Cette distinction interdit de conclure, à partir des seuls éléments actuellement rendus publics, que Netanyahou connaissait le déroulement exact du 7-Octobre ou qu’il aurait délibérément laissé l’attaque se produire. Une telle accusation demanderait des preuves d’une autre nature. La question de la responsabilité ne disparaît pas pour autant : face à une alerte crédible, quelles vérifications ont été demandées, quelles informations ont été rapprochées et quelles mesures de protection ont été envisagées ?
L’examen doit également éviter le piège du raisonnement rétrospectif. Après une catastrophe, les signaux précurseurs semblent plus lisibles qu’ils ne l’étaient au moment des décisions. Mais cette difficulté ne saurait servir d’excuse générale. Il faut déterminer si les incertitudes ont été sérieusement évaluées ou si une conviction préalable sur les intentions du Hamas a conduit à écarter trop rapidement des informations dérangeantes.

La transmission de l’alerte en question
La circulation de l’information constitue le deuxième point décisif du dossier. Si un avertissement a bien été adressé au chef du gouvernement, son contenu a-t-il été communiqué à l’armée et au renseignement ? Sous quelle forme ? Avec quel degré d’urgence ? Et qui a été chargé d’en apprécier la fiabilité ?

Une enquête devrait distinguer plusieurs situations très différentes : une alerte jamais transmise, un message transmis mais minimisé, ou une information analysée puis jugée insuffisante pour modifier le dispositif de sécurité. Elles ne renvoient ni aux mêmes décisions ni aux mêmes responsabilités. Les confondre dans une accusation générale empêcherait de comprendre la défaillance éventuelle.

La vérification doit aussi pouvoir aboutir à écarter certains reproches. Si l’appel n’a pas eu lieu, il faudra l’établir. Si son contenu a été déformé, cette déformation devra être identifiée. Si l’information a circulé autrement, cette autre chronologie devra être reconstituée. Une clarification crédible ne peut avoir pour fonction de confirmer à l’avance la version du gouvernement ou celle de ses adversaires.

Le 7-Octobre s’impose dans la campagne
Les élections législatives prévues le 27 octobre 2026 donnent à cette affaire une résonance immédiate. Le 8 septembre, Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, Avigdor Lieberman et Yaïr Golan ont demandé ensemble une enquête d’État sur les défaillances entourant le 7-Octobre. Leurs interventions mettent directement en cause l’aptitude de Netanyahou à continuer de gouverner.

Eisenkot est un ancien chef d’état-major ; Bennett a lui-même exercé les fonctions de premier ministre. Leur offensive place la compétence sécuritaire au cœur de la confrontation électorale. Leur position politique ne dispense toutefois pas leurs affirmations d’être vérifiées. Une demande d’enquête peut être légitime sans que toutes les conclusions avancées par ceux qui la réclament soient déjà démontrées. Pour Netanyahou, le risque est que la campagne revienne sans cesse aux décisions antérieures au massacre. Sa riposte consiste à contester les accusations et à dénoncer leur calendrier. L’effet électoral reste incertain : une polémique peut éloigner certains électeurs, en démobiliser d’autres ou renforcer le sentiment de persécution parmi les partisans les plus fidèles. L’intensité de la controverse ne permet pas, à elle seule, de prédire le résultat du scrutin.

Une enquête indépendante, enjeu central
La bataille porte désormais autant sur les modalités de l’enquête que sur les accusations elles-mêmes. Les adversaires de Netanyahou réclament une commission indépendante, tandis que le pouvoir a privilégié un dispositif dont la mise en place reste sous contrôle politique. Le désaccord touche une difficulté fondamentale : comment garantir la crédibilité d’un examen lorsque les responsables susceptibles d’être mis en cause interviennent dans le choix de ceux qui doivent les examiner ?

La réponse ne se réduit pas à l’étiquette donnée à une commission. Il faut des moyens d’accès aux documents, la possibilité d’entendre les différents acteurs et des garanties contre la sélection des seuls éléments favorables à une version. Les impératifs de sécurité peuvent justifier que certaines informations ne soient pas diffusées publiquement. Ils ne devraient pas empêcher leur examen par une instance habilitée et indépendante.

Une telle enquête devrait éclairer les responsabilités respectives du pouvoir politique, de l’armée et des services de renseignement. Établir une faute à un niveau ne suffit pas à disculper les autres. À l’inverse, multiplier les responsables supposés sans préciser leurs décisions risquerait de diluer les responsabilités jusqu’à les rendre insaisissables.

Les victimes ne sont pas un argument électoral
L’attaque du 7 octobre 2023 a fait environ 1 200 morts et conduit à l’enlèvement de 251 personnes. Les accusations concernant un avertissement préalable ont ravivé la colère de proches d’anciens otages. Derrière le débat sur les archives et les conversations diplomatiques se trouve une interrogation douloureuse : des vies auraient-elles pu être sauvées ?

Aucune réponse sérieuse ne peut être promise avant d’avoir établi la chronologie et les possibilités d’action réelles. Il serait injustifiable de présenter comme certaine une catastrophe évitable sans démontrer comment elle aurait pu être empêchée. Il serait tout aussi inacceptable de considérer cette interrogation comme illégitime au seul motif qu’elle embarrasse les dirigeants.

La responsabilité politique ne se confond pas avec une condamnation pénale. Elle concerne aussi la qualité du jugement, la préparation des institutions et la manière de rendre compte après un échec. Sur ce terrain, un démenti peut contester une accusation particulière ; il ne remplace pas l’examen des décisions qui ont précédé le désastre. Les accusations de septembre ne constituent donc pas un verdict. Elles rendent plus pressante l’exigence d’une réponse vérifiable. Le scrutin pourra décider qui gouvernera Israël. Il ne pourra pas établir à lui seul ce qui a été dit, transmis ou ignoré avant le 7-Octobre. Cette tâche exige des documents, une chronologie et une enquête capable de résister aux intérêts de tous les camps.