Berliner Boersenzeitung - "Contraignez-nous": des cadres de la distribution et de l'agro-industrie dénoncent le "dogme des prix bas"

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"Contraignez-nous": des cadres de la distribution et de l'agro-industrie dénoncent le "dogme des prix bas"
"Contraignez-nous": des cadres de la distribution et de l'agro-industrie dénoncent le "dogme des prix bas" / Photo: DAMIEN MEYER - AFP/Archives

"Contraignez-nous": des cadres de la distribution et de l'agro-industrie dénoncent le "dogme des prix bas"

Protéger à tout prix ses marges, au détriment de la santé et de l'environnement: une quinzaine de cadres et dirigeants de la distribution et de l'agro-industrie dénoncent anonymement les pratiques de leur propre secteur, dans un rapport paru mardi appelant l'Etat à les "contraindre".

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Habituellement, la grande distribution et l'industrie agroalimentaire se rejettent mutuellement la faute lors des négociations commerciales qui visent à fixer les prix des grandes marques en supermarchés ou encore, récemment, lors de la commission d'enquête parlementaire qui s'est penchée sur leurs marges.

Dans une rare prise de position commune, une quinzaine de responsables au sein de grandes enseignes de supermarchés mais aussi de grands industriels (privés ou coopératifs) affirment d'une même voix mardi que "la course au prix bas empêche la transition écologique et sociale, et génère des coûts cachés", notamment pour la santé.

Cette initiative est portée par l'organisation Inside Track qui repose sur des collectifs d'"insiders" anonymes souhaitant "faire évoluer leur secteur", avec un premier essai au Royaume-Uni qui dénonçait les pratiques des filières de la viande et du lait, nuisant à l'environnement, à la santé et au bien-être animal.

- "Dissonance cognitive" -

Pour cette première campagne française, plusieurs "insiders" affirment à l'AFP, après plusieurs décennies d'expérience dans ces secteurs, ressentir une "dissonance cognitive" entre leur travail et leurs valeurs, dénonçant les pratiques de leurs employeurs.

"Globalement la distribution se gave au détriment des consommateurs (...), aucune enseigne n'est rattrapable. Il n'y a qu'une seule solution: que l'Etat nous régule et augmente les contrôles", confie un cadre de la distribution, secteur identifié dans le rapport comme "l'architecte" et "premier responsable" de la situation.

Le rapport fait état de situations assez documentées: la grande distribution baisse ses marges sur les produits emblématiques (Coca-Cola, bière, Nutella, etc.) et les rattrape sur les produits bio ou de qualité.

Mais il accuse aussi, depuis l'intérieur, les distributeurs de s'abriter derrière "l'argument trompeur du pouvoir d'achat" et de rendre volontairement l'alimentation plus saine "moins visible, moins compétitive et moins désirable" alors que d'autres choix seraient possibles.

Mais il souligne aussi que pour les plus grands industriels, "la pression de la distribution n'efface pas" leur "responsabilité".

"Une sauce tomate sucrée. Pour quelle raison est-elle sucrée? Parce que ça coûte moins cher. (...) Mais il y aura un coût plus tard: la santé", confie l'un de ces contributeurs à l'AFP.

"Nous avons vu des recettes appauvries, de l'eau ajoutée, des ingrédients remplacés par des additifs, des approvisionnements déplacés vers des pays plus lointains ou avec des normes de qualité plus basses, des changements de grammage ou de code-barres sans bénéfice d'usage réel (...), des innovations qui ne sont que des réponses tactiques à la guerre des prix", renchérissent les lanceurs d'alerte dans le rapport.

- Rétropédalage -

Ils soulignent aussi des initiatives visant à engager les agriculteurs qui les fournissent dans des pratiques plus durables, dont l'agriculture biologique, mais sur un "périmètre réduit" ou seulement sur "un ingrédient secondaire" qui leur permettent de valoriser cette démarche sur l'ensemble du produit.

Un insider reconnaît "un côté greenwashing": "il y a beaucoup d'argent pour ces programmes mais on ne va pas assez loin, on applique des rustines. On essaye de changer des choses mais pour ne surtout rien changer. (...) On va bien sûr mettre en place des améliorations au niveau de la biodiversité, de l'eau, mais la réalité c'est qu'on nous dira toujours, +par contre, ne touchez surtout pas rendement+".

Le rapport souligne que des entreprises ont même "rétropédalé" en revenant vers l'agriculture conventionnelle (avec pesticides et engrais de synthèse) "faute de capacité à valoriser leur démarche commercialement". Un insider souligne par exemple que le bien-être animal "saute en premier" car il est difficile à valoriser.

Un rétropédalage qui a amené certains "insiders" à se questionner, voire à quitter leur entreprise.

Leur parole assez rare exonère aussi les consommateurs d'une partie de leur responsabilité: "Vos choix ont été orientés (...), demandez-nous des comptes".

Ils relèvent en revanche le rôle incontournable de l'Etat et demandent plus d'encadrement de l'affichage nutritionnel, environnemental et social sur les produits, mais également des publicités et promotions, ou encore des négociations commerciales.

Ils proposent aussi un encadrement des marges sur les produits plus sains, voire des paniers à "prix coutant sur certains produits du quotidien" et même une TVA différenciée en fonction de l'impact des produits sur la santé et l'environnement.

(Y.Yildiz--BBZ)