Berliner Boersenzeitung - Dans le nord de l’Italie, le niveau trop bas du Pô inquiète

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Dans le nord de l’Italie, le niveau trop bas du Pô inquiète
Dans le nord de l’Italie, le niveau trop bas du Pô inquiète / Photo: Stefano RELLANDINI - AFP

Dans le nord de l’Italie, le niveau trop bas du Pô inquiète

Le niveau du Pô n'est jamais descendu aussi bas, aussi tôt: dans le nord-est de l'Italie, la chaleur précoce fait craindre une sécheresse destructrice dès le mois de juillet.

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Jeudi, peu d'eau arrivait à hauteur de Ferrare, où le fleuve se déploie en delta sur la mer Adriatique. En quelques jours, le débit du plus grand fleuve de la péninsule s'est effondré, passant lundi sous les 300 m3/s, contre une moyenne de 1.500 m3/s en juin, selon l'Aipo, l'agence interrégionale chargée de sa surveillance.

Le niveau du fleuve "n'est jamais descendu aussi vite, aussi tôt", alerte Stefano Calderoni, de l'association italienne de l'irrigation (Anbi).

Les bancs de sable se multiplient, la profondeur dépasse à peine le mètre à certains endroits et les rares pêcheurs restant cuisent dans un air à 36°C.

Les nombreux lacs alpins qui irriguent la vallée du Pô, coeur agro-industriel de l'Italie, sont encore pleins à 60% environ. Mais les agriculteurs pompent massivement dans les cours d'eau pour irriguer leurs champs assoiffés par la canicule.

Maïs et soja, très gourmands en eau, nourrissent les vaches dont le lait est utilisé pour le parmesan ou les cochons du jambon de Parme.

L'hiver a été pluvieux, mais la neige accumulée en montagne - essentielle pour alimenter les lacs au printemps - a déjà fondu sous l'effet des températures élevées. "On n'est pas encore en situation de sécheresse, mais à ce rythme-là, il reste moins de trois semaines de réserve", avertit Damiano Di Simine, expert de l'ONG écologiste Legambiente.

En 2022, une sécheresse sévère avait frappé la région, vidant les lacs, mais seulement à la fin du mois de juillet.

- Remontées salées -

A l'aval, la situation est déjà critique. L'eau de mer est remontée sur près de 20 kilomètres à l'intérieur du fleuve, selon l'autorité du Pô.

Cette intrusion saline commence à contaminer les terres agricoles du delta, patiemment conquises sur les marais au fil des siècles. Le riz, culture emblématique, n'est déjà plus cultivé près du littoral.

Des barrières ont été installées pour freiner cette remontée, mais elles deviennent inefficaces quand le débit est trop faible. "Il faudrait presque le double pour qu'elles fonctionnent", soupire Rodolfo Laurenti, ingénieur chargé de l'irrigation dans la zone.

En 2022, l'eau salée avait pénétré jusqu'à 40 kilomètres à l'intérieur des terres.

"Il faut d'abord garantir un débit minimal du fleuve jusqu’à l'embouchure", demande l'ingénieur. "La répartition de l'eau doit être équitable et solidaire du début à la fin, c'est-à-dire ici." Chaque région gère cependant ses propres ressources et il faudrait que l'Etat intervienne en cas de crise.

Les agriculteurs étudient aussi de nouveaux barrages ou retenues d'eau, mais "on a peur que toutes ces réalisations ne suffisent jamais", souffle M. Laurenti.

A l'échelle mondiale, seuls quelques deltas, comme celui du Mékong au Vietnam, connaissent une salinisation comparable, souligne Paolo Tarolli, de l'université de Padoue (nord-est).

- "Très gros dégâts" -

Au bord d'un bras du fleuve, une jeune agricultrice regarde avec inquiétude son champ de tournesols. Le premier de la saison a fleuri chez Federica Vidali mais une partie de son champ est déjà sèche, et commence à se craqueler.

L'un des deux canaux d'irrigation est à l'arrêt: il laisserait entrer l'eau de mer, brûlant les cultures.

L'agricultrice a diversifié ses activités — tournesol, miel, horticulture — mais se sent impuissante face à l’évolution rapide de la situation.

"Il nous reste l'eau que les autres veulent bien nous laisser. Mais on n'est pas des agriculteurs de deuxième division!", proteste-t-elle. "Seule solution: il faudrait qu'il pleuve."

Quelques kilomètres plus bas, près de la mer, les pêcheurs de palourdes se battaient aussi vendredi matin contre ces hautes températures du mois de juin. Elles ont surchauffé les lagunes, dopant la croissance des algues qui recouvrent les crustacés.

Sans compter la présence de crabes bleus, espèce invasive venue d'Amérique du Nord, dont ils doivent se protéger.

"A tous nos problèmes est venue s'ajouter cette chaleur folle, longue et inattendue", témoigne Paolo Mancin, président de la coopérative des pêcheurs, les pieds dans une eau à 31°C.

"Les macro-algues se forment, les palourdes meurent. Si cela ne durait qu'une semaine, on tiendrait. Mais cette chaleur prolongée cause de très gros dégâts."

(Y.Berger--BBZ)