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Une filiale du groupe hongkongais CK Hutchison a annoncé avoir engagé une procédure d'arbitrage contre le Panama se plaignant d'un "grave préjudice" après l'annulation de sa concession d'exploitation de deux ports sur le canal, une décision vivement critiquée par le président panaméen.
Dénonçant une "campagne de l'Etat panaméen dirigée spécifiquement" contre elle, Panama Ports Company (PPC) a affirmé mardi dans un communiqué subir une "série d'actions abruptes" de la part du pays d'Amérique centrale.
Dans un message sur X mercredi, le président panaméen José Raul Mulino a rejeté "fermement" cette décision de recourir à un arbitrage.
Vendredi dernier, la Cour suprême du Panama a invalidé la concession dont jouissait cette compagnie pour exploiter deux ports situés aux deux extrémités du canal, celui de Cristobal, côté Atlantique, et de Balboa, côté Pacifique.
Cette décision avait provoqué la satisfaction de Washington mais une vive réaction de Pékin qui a promis de "protéger les droits et intérêts légitimes de (ses entreprises".
"La République du Panama n'a pas respecté le contrat ni les lois applicables. PPC demande une indemnisation conséquente basée sur une évaluation des données financières pertinentes, sujette à une résolution rapide, et certaines autres solutions, si cela s'avère nécessaire", a fait valoir mardi le groupe, sans avancer de montants chiffrés.
"L’arbitrage intervient également après les efforts soutenus de PPC durant un an pour mener des consultations et éviter les différends. (…) L’État panaméen a régulièrement ignoré les communications, les efforts de consultation et les demandes de clarification", a-t-elle affirmé.
"Le Panama est un État de droit et respecte les décisions du pouvoir judiciaire", a répliqué mercredi M. Mulino.
L'annulation de la concession a eu lieu alors que les États-Unis cherchent à limiter l'influence chinoise sur cette voie stratégique, exacerbant les tensions autour du canal de 80 kilomètres par lequel transite environ 5% du commerce maritime mondial et dont les États-Unis et la Chine sont les deux principaux utilisateurs.
- L'influence de Pékin -
La Cour suprême du Panama a jugé la concession inconstitutionnelle car avantageant de façon "disproportionnée" le groupe PPC, sans "aucune justification" et "au détriment des caisses de l'Etat", selon l'arrêt de 69 pages.
De plus, le renouvellement du contrat s’est effectué de manière automatique, sans l'avis de la Cour des comptes ni aucune "renégociation" des conditions malgré la croissance du secteur portuaire, selon la Cour.
À la suite de la décision judiciaire, le gouvernement panaméen a annoncé que la société danoise Maersk assurerait temporairement l’administration des terminaux portuaires jusqu'à l'attribution d'une nouvelle concession.
Le président du pays, José Raúl Mulino, a assuré que les ports continueraient de fonctionner sans heurts et demandé sa collaboration à PPC dans cette phase de transition.
Fondé par le milliardaire Li Ka-shing, CK Hutchison est l'un des plus grands conglomérats de Hong Kong, présent notamment dans la finance, le commerce de détail, les infrastructures, les télécommunications et la logistique.
Sa filiale PPC gère les ports de Cristobal et de Balboa depuis 1997. Elle avait obtenu une première concession de 25 ans, prolongée pour une durée équivalente en 2021.
Construit par les Etats-Unis et inauguré en 1914, le canal est passé sous contrôle panaméen en 1999 sous la présidence du démocrate américain Jimmy Carter (1977-1981).
A son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a menacé à plusieurs reprises l'an dernier d'en reprendre le contrôle, estimant qu'il se trouve sous l'influence de Pékin. Il a également exigé du Panama des conditions préférentielles pour son utilisation par les navires américains.
En mars, CK Hutchison avait accepté de céder le contrôle des deux ports à un conglomérat mené par le fonds américain BlackRock, mais la transaction, que la Chine considère avec suspicion, n'a toujours pas été finalisée.
(L.Kaufmann--BBZ)