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Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'est excusé jeudi pour avoir nommé Peter Mandelson ambassadeur à Washington malgré ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein mais s'est dit déterminé à rester à Downing Street, alors que son avenir politique est menacé.
Le chef du gouvernement britannique fait face à une crise de confiance et d'autorité inédite, après de nouvelles révélations sur les liens entre Jeffrey Epstein et l'ancien ambassadeur britannique Peter Mandelson. Ce dernier a été nommé par Keir Starmer, puis limogé en septembre dernier après sept mois à Washington.
Jeudi, le dirigeant travailliste s'est excusé auprès des victimes du financier américain mort en prison, se disant "désolé d'avoir cru aux mensonges de (Peter) Mandelson et de l'avoir nommé", lors d'un discours prononcé à Hastings, dans l'est de l'Angleterre.
Il a toutefois exprimé sa volonté de rester au pouvoir. "J'ai l'intention de continuer ce travail essentiel pour notre pays", a-t-il déclaré.
La veille, il avait déjà reconnu devant le Parlement qu'il était au courant de liens entre MM. Epstein et Mandelson, mais a accusé son ex-ambassadeur d'avoir "menti de façon répétée" sur l'étendue de ces liens.
"On savait depuis un certain temps que Mandelson connaissait Epstein, mais aucun d'entre nous ne connaissait l'étendue et la noirceur de cette relation", a-t-il insisté jeudi.
Arrivé à Downing Street en juillet 2024, Keir Starmer avait promis d'en finir avec les scandales à répétition de ses prédécesseurs conservateurs.
Mais en 18 mois, il a été contraint à de nombreuses volte-face sur son programme économique et social et dû se séparer de plusieurs ministres mis en cause dans diverses affaires, autant de déboires qui ont largement entamé son crédit politique et sa popularité.
- Gouvernement "chaotique" -
Alors que depuis des semaines les rumeurs de manoeuvres pour le remplacer se multiplient, des députés travaillistes, cités anonymement dans la presse britannique, n'écartent plus désormais l'éventualité d'un départ de Keir Starmer.
Jeudi, les journaux s'interrogeaient sur son futur à Downing Street, évoquant un Premier ministre qui "se bat pour son avenir" (The Times), en "grave danger" (Daily Mail) ou encore "isolé" (the i) dans sa propre majorité.
Après les dernières révélations issues des documents publiés par le ministère américain de la Justice, Peter Mandelson est désormais sous le coup d'une enquête de police, soupçonné d'avoir transmis des informations financières sensibles, alors qu'il était membre du gouvernement entre 2008 et 2010, à Jeffrey Epstein.
Pour les Britanniques, "ce gouvernement est tout aussi chaotique que le précédent" et "l'affaire Mandelson semble encore accentuer ce phénomène", souligne auprès de l'AFP Luke Tryl, directeur pour le Royaume-Uni du groupe de réflexion More in Common.
La crise a même fait tanguer la livre sterling et grimper le taux d'emprunts des bons du Trésor britannique, réveillant le souvenir de l'ex-Première ministre Liz Truss, contrainte de démissionner en 2022 après avoir alarmé les marchés.
- "Honteux" -
La cheffe de l'opposition conservatrice, Kemi Badenoch, a jugé le discours de Keir Starmer "honteux".
"Il devrait s'excuser d'avoir ignoré les recommandations (sur la nomination de Peter Mandelson) plutôt que de s'excuser d'avoir cru" M. Mandelson, a-t-elle fustigé.
Ces difficultés tombent mal pour Keir Starmer, à moins d'un mois d'une élection législative partielle dans le nord-ouest de l'Angleterre et à trois mois d'élections locales à haut risque avec la montée en puissance du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.
Ce dernier a qualifié l'affaire de "plus gros scandale de la politique britannique depuis plus d'un siècle".
Pour sa défense, le gouvernement assure avoir respecté les règles de vérification pour la nomination de l'ex-ambassadeur.
Mais l'opposition et certains membres du Labour réclament la tête du chef de cabinet de Keir Starmer, Morgan McSweeney.
"Le responsable, ici, n'est ni le Premier ministre ni son équipe. C'est Peter Mandelson qui a menti, manipulé et trompé tout le monde", a défendu sur la chaîne Sky News le ministre du Logement Steve Reed, fidèle du Premier ministre.
Mercredi, à l'issue d'un débat électrique à la chambre des Communes et sous la pression de ses propres députés, le gouvernement a accepté de transmettre à une commission parlementaire les documents sur le processus de nomination et de révocation de M. Mandelson.
Des députés travaillistes furieux ont critiqué "l'erreur de jugement" du Premier ministre et exprimé leur "colère", et même leur "honte", face à la manière dont le gouvernement a géré cette affaire.
(B.Hartmann--BBZ)