Berliner Boersenzeitung - Anomalies thermiques, "nanisme" du plancton: en Manche, la bioversité marine en souffrance

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Anomalies thermiques, "nanisme" du plancton: en Manche, la bioversité marine en souffrance
Anomalies thermiques, "nanisme" du plancton: en Manche, la bioversité marine en souffrance / Photo: DENIS CHARLET - AFP

Anomalies thermiques, "nanisme" du plancton: en Manche, la bioversité marine en souffrance

Sur la plage de Wimereux (Pas-de-Calais), en cette semaine de canicule, la température ressentie atteint jusqu'à 42°C. Les baigneurs affluent, en quête de fraîcheur dans la Manche. Mais la mer aussi affiche des températures exceptionnelles, conduisant à l'appauvrissement de sa biodiversité.

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À quelques mètres des baigneurs, deux silhouettes en salopettes imperméables s'éloignent du rivage. Grégory Beaugrand, directeur de recherche au CNRS, et son technicien disposent d'une courte fenêtre de temps pour réaliser leurs prélèvements.

Chronomètre en main, ils s'avancent dans la mer jusqu'à avoir l'eau à la taille. Pendant une minute, ils tractent un filet avec un bidon au bout, destiné à prélever du zooplancton, une source essentielle de nourriture pour de nombreuses espèces marines.

"Grâce à ces organismes, on peut avoir une idée des effets environnementaux sur les écosystèmes", explique M. Beaugrand, qui travaille au Laboratoire d'Océanologie et de Géosciences (LOG) de Wimereux, qui associe le CNRS, l'Institut de recherche pour le Développement (IRD) et les universités de Lille et du Littoral Côte d'Opale.

De retour au laboratoire situé à côté de la plage, l'échantillon est scruté au microscope.

Le scientifique observe des espèces de plancton "assez précoces" pour la saison, et constate que les organismes qu'il prélève régulièrement sont de plus en plus petits: "plus la température augmente, plus la taille des organismes diminue".

"On a un changement dans la proportion des espèces caractérisant les eaux froides et les eaux chaudes avec un phénomène de nanisme adaptatif" du plancton, explique-t-il.

Or, quand la composition du plancton se modifie, "tous les niveaux" de la chaîne alimentaire changent aussi: "Les poissons qui aiment les eaux froides sont en train de disparaître" de la Manche, s'inquiète-t-il.

"Par exemple, la morue de l'Atlantique est une espèce qu'on ne trouvera probablement plus dans les décennies qui viennent à cause du dérèglement climatique (...). On note aujourd'hui beaucoup de sardines. Avant, on avait du hareng qui arrivait mi-octobre, maintenant il arrive beaucoup plus tardivement et dans des quantités beaucoup plus faibles".

- Canicules marines -

"Lorsqu'on traite les grandes bases de données climatiques, qu'on prend comme période de référence la période des années 1960-1989, on constate des anomalies de température très importantes dans certaines régions du globe pour mai 2026", indique M. Beaugrand.

"On ne peut plus stopper le phénomène, mais on peut l'atténuer si on diminue notablement nos émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère", martèle le scientifique, qui a le sentiment d'alerter en vain depuis des décennies.

Toutes les façades maritimes de France métropolitaine ont été frappées cette semaine par des vagues de chaleur marine, avec des anomalies de températures particulièrement élevées dans le Golfe de Gascogne et la Méditerranée, a déclaré vendredi à l'AFP Thibault Guinaldo, chercheur du Centre National de Recherches Météorologiques (Météo-France/CNRS).

Sur la Manche, la température des eaux de surface était de 17,4°C jeudi, contre 14,6°C en moyenne à cette période de l'année, a-t-il détaillé.

Ce genre de canicule marine généralisée s'était déjà produite en 2022 et "ce sont des situations qui sont amenées à se reproduire", selon M. Guinaldo.

En plus de provoquer des migrations de poissons, ce phénomène met à rude épreuve les espèces marines les moins mobiles.

Lors des canicules marines survenues entre 2015 et 2019 en Méditerranée, une cinquantaine d'espèces (coraux, gorgones, oursins, mollusques, bivalves, posidonies, etc.) ont connu des mortalités massives, selon une étude publiée en 2022.

A l'échelle mondiale, le nombre annuel de jours de vagues de chaleur marine a plus que triplé depuis 1991, atteignant 65 jours en 2025, selon un rapport d'un consortium international de chercheurs publié en juin.

(P.Werner--BBZ)