AEX
14.8100
La famille Rajasekhar lève les bras devant le brumisateur géant installé face au Colisée. Couvert de sueur, le père, Arockia, 51 ans, est formel: "c'est pire qu'en Inde", lâche-t-il sous un soleil de plomb, sa chemise détrempée.
A l'ombre, le thermomètre affiche 36°C en fin de matinée, mais "j'ai l'impression qu'il fait plus chaud ici", tranche ce radiologue originaire du Tamil Nadu, à la pointe sud de l'Inde.
"Il faisait 42-45 degrés quand nous sommes partis d'Inde, mais là-bas il y a la clim partout", souligne le père de famille, venu passer deux semaines en Europe avec sa femme et leurs deux adolescents, en pleine canicule.
Repasseront-ils un été à Rome? "Nous éviterons et reviendrons probablement au printemps ou à l'automne, comme les touristes qui viennent en Inde", ironise-t-il.
Autour du Colisée, rares sont les coins d'ombre. Quelques touristes patientent sous un pin parasol, tandis que d'autres remontent d'un pas pressé l'avenue des Forums impériaux, coiffés de chapeaux ou d'ombrelles, pour échapper au supplice du soleil.
Un secouriste de la protection civile distribue lui des bouteilles d'eau et des prospectus sur les comportements à adopter par fortes chaleurs, face au camion-citerne de 3.000 litres qui alimente le brumisateur devant lequel les touristes s'agglutinent.
Du nord au sud de la péninsule, vingt-cinq villes italiennes - sur 27 listées par le ministère de la Santé - ont été placées en alerte rouge canicule mardi, dont Rome, Milan, Turin, Venise, Florence et Naples, avec des pointes proches des 40 degrés localement, selon les autorités qui n'ont pas fait état pour l'heure d'une surmortalité liée à la canicule.
- "Nous cuisons" -
Venu à Rome avec sa fille adolescente, Ken Haddad, un retraité texan, tente de faire face, sans chapeau ni ombrelle.
"Je ferais sans doute mieux de porter une casquette", concède-t-il en s'essuyant le front, tandis qu'à deux pas des vendeurs à la sauvette bangladais, eux aussi en sueur, tentent d'écouler leurs stocks d'ombrelles, d'éventails et de ventilateurs de poche.
"Hier, nous nous sommes levés plus tôt et avons bu beaucoup d'eau", sept litres à deux, calcule ce sexagénaire d'origine libanaise, rendu au même constat que la famille Rajasekhar.
"C'est plus dur ici parce que les restaurants n'ont pas la climatisation. A Houston, tout est climatisé. Nous sautons dans notre voiture et ne restons pas dehors trois heures d'affilée", explique-t-il, conscient que "les étés vont devenir de plus en plus difficiles" sous l'effet du changement climatique.
Cette vague de chaleur est la plus sévère à avoir jamais été mesurée en Europe, et aurait été quasiment impossible au mois de juin sans le changement climatique, selon les climatologues du World Weather Attribution.
Matt Drowne, un touriste américain de 44 ans, n'a lui pas d'autre choix que de visiter le Colisée sous le soleil de midi, contraint par le programme serré de la croisière sur laquelle il a embarqué avec ses parents.
"J'habite en Floride donc (ces températures) sont malheureusement normales pour nous (...). Mais nous cuisons quand même", explique-t-il.
- Pas de fuite des touristes -
Dans leur dos, une ambulance est stationnée face à la file des touristes qui patientent avant d'entrer à l'intérieur de l'amphithéâtre romain: à l'arrière du véhicule, une touriste victime d'un coup de chaud vient d'être prise en charge par un médecin.
Francesca Manca, 74 ans, contemple ce spectacle, ombrelle dans une main et éventail dans l'autre.
Cette rare Romaine à descendre l'avenue des Forums impériaux dit éviter de sortir aux heures les plus chaudes de la journée. Mais un déjeuner entre amies l'a contrainte à se risquer dehors.
"Je pense que c'est davantage un problème pour les gens de mon âge; les jeunes s'adaptent", analyse-t-elle.
La retraitée ne pense cependant pas que les touristes, même âgés, fuiront la Ville éternelle.
"Rome est sans cesse remplie de touristes, à toute saison et par tous les temps. C'est une ville qui vaut le détour, donc les gens continueront de venir", conclut-elle.
(H.Schneide--BBZ)