Berliner Boersenzeitung - Vladimir Poutine, le pouvoir à tout prix

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Vladimir Poutine, le pouvoir à tout prix
Vladimir Poutine, le pouvoir à tout prix / Photo: Sergei GUNEYEV - SPUTNIK/AFP

Vladimir Poutine, le pouvoir à tout prix

Au Kremlin depuis plus d'un quart de siècle et sans successeur désigné, le président russe Vladimir Poutine a cimenté sa stature de dirigeant aux accents autoritaires, de la répression de l'opposition à l'offensive en Ukraine, lancée il y a quatre ans et qui pourrait rester "l'élément déterminant" de sa présidence.

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"Poutine? C'est notre président depuis toujours!", résume Sergueï Kondratiev, tout feu, tout flamme pour "son" président, quasiment le seul que ce maçon de 29 ans ait connu. Vladimir Poutine, juge-t-il, "a fait beaucoup de bien à la Russie".

Hormis un intermède durant lequel il a endossé le rôle de Premier ministre de Dmitri Medvedev (président de 2008 à 2012), Vladimir Poutine est président depuis ce soir du 31 décembre 1999 où un Boris Elstine en bout de course annonçait sa démission.

Très largement réélu pour six ans en 2024 lors d'un scrutin taillé sur mesure, sans aucune opposition tolérée et dénoncé en Occident comme un simulacre, Vladimir Poutine peut rester au Kremlin jusqu'en 2036, l'année de ses 84 ans.

Évoquer sa succession est largement tabou.

Dans une interview accordée au réalisateur américain Oliver Stone et diffusée en 2017, Vladimir Poutine disait combien la philosophie du judo et la "flexibilité" qu'il exige l'aidaient au quotidien.

"Parfois, il faut savoir céder, mais seulement si c'est le chemin vers la victoire", expliquait le président russe, dans un aphorisme bien peu représentatif de sa propre trajectoire.

Car Vladimir Poutine ne cède pas, il sévit.

Il y a d'abord eu la mise au pas des oligarques. A l'image de Mikhaïl Khordorkovski, ex-patron de l'ancien géant pétrolier Ioukos, qui a passé une décennie en prison avant d'être gracié en 2013.

Il y a eu la deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2000) et son lot d'exactions.

Il y a eu l'étouffement des libertés publiques, des médias et des ONG, comme Memorial, organisation recensant les répressions soviétiques et celles du pouvoir actuel - que ce même pouvoir a fait interdire fin 2021.

Il y a les opposants: Boris Nemtsov, abattu en 2015 à une dizaine de mètres du Kremlin, sans que le commanditaire n'ait jamais été officiellement identifié. Et Alexeï Navalny, mort le 16 février 2024 dans des circonstances troubles dans la prison de l'Arctique russe où il purgeait une longue peine pour "extrémisme" - "empoisonné", selon cinq pays européens.

- "Élites mondialistes occidentales" -

Et puis il y a l'étranger. Ou plutôt les voisins immédiats de la Russie, indépendants depuis la chute de l'URSS.

La guerre en Géorgie en 2008 et l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014 ont creusé le fossé avec l'Europe occidentale, avant que l'offensive à grande échelle en Ukraine lancée début 2022 ne parachève le divorce.

Cette guerre, qui est entrée dans sa cinquième année, "va finir par être l'élément déterminant de sa présidence, qu'elle s'éternise ou qu'elle se termine cette année", estime Mark Galeotti, universitaire britannique spécialiste de la Russie et directeur du cabinet de conseil Mayak Intelligence.

Depuis qu'il a déclenché l'offensive, Vladimir Poutine revendique des territoires ukrainiens, présente le conflit comme un combat de civilisations et a accusé Kiev de "nazisme".

Peu importent les sanctions occidentales, peu importe que la Cour pénale internationale le poursuive pour le crime de guerre présumé de déportation d'enfants ukrainiens, peu importent les pertes de l'armée russe, Vladimir Poutine veut en finir avec l'hégémonie occidentale.

Dans un discours de 2023, il pourfendait "les élites mondialistes occidentales" qui "sèment la haine, la russophobie et un nationalisme agressif et détruisent la famille et les valeurs traditionnelles qui définissent l'humanité".

- "Travailler avec les gens" -

Né dans le Léningrad (nom de Saint-Pétersbourg alors) d'après-guerre, Vladimir Poutine intègre le KGB, pour lequel il est envoyé en Allemagne de l'Est dans les années 1980.

C'est de Dresde qu'il sera témoin du début de la désintégration de l'empire soviétique en 1989.

Son ascension dans la Russie des années 1990 est celle d'un personnage "terne", comme le qualifie la journaliste russo-américaine Masha Gessen dans sa biographie "L'homme sans visage" (Fayard, 2012).

Pour autant, Vladimir Poutine parvient à se faire catapulter dans le premier cercle d'Anatoli Sobtchak, maire de Saint-Pétersbourg qui devient très vite son mentor politique. Une fois dans les hautes sphères, il sait se rendre utile, puis indispensable à Boris Eltsine.

Vladimir Poutine "n'est pas spécialement charismatique. Sa grande faculté - il l'a dit lui-même - c'est de +travailler avec les gens+", note Mark Galeotti. "On pourrait dire que +travailler avec+ est une façon polie de dire +les utiliser+".

Sa vie privée est entourée du plus grand secret. Ses deux filles ont été élevées dans une extrême discrétion.

Divorcé, Vladimir Poutine a pour compagne présumée Alina Kabaïeva, une ex-championne olympique de gymnastique, selon certains médias.

Mais là aussi, motus. Lors de sa conférence annuelle en décembre 2025, lorsqu'une journaliste russe lui a demandé s'il était "amoureux", Vladimir Poutine a susurré "da".

(Y.Yildiz--BBZ)