Berliner Boersenzeitung - Au Mexique, un village indigène vidé de ses habitants par les bombes des narcotrafiquants

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Au Mexique, un village indigène vidé de ses habitants par les bombes des narcotrafiquants
Au Mexique, un village indigène vidé de ses habitants par les bombes des narcotrafiquants / Photo: YURI CORTEZ - AFP

Au Mexique, un village indigène vidé de ses habitants par les bombes des narcotrafiquants

Seuls les aboiements des chiens viennent rompre le silence à Tula. Ce hameau autochtone du sud-ouest du Mexique est déserté par ses habitants depuis qu'un groupe armé y a fait irruption, tirant sur les villageois et lançant des bombes sur les maisons pour chasser tout le monde.

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Aujourd'hui, Tula n'est plus qu'un amas de ruines où errent des animaux affamés. Quelques familles vivaient auparavant dans ce village de montagne situé dans l'Etat de Guerrero (sud-ouest), très pauvre.

L'attaque survenue début mai a été attribuée à Los Ardillos, un gang criminel dédié au narcotrafic, à l'extorsion et aux enlèvements cherchant à intimider la population locale.

Elle a fait au moins trois morts, selon un bilan des groupes d'autodéfense indigènes de la région, qui tentent de protéger leur communauté des assauts des cartels. Il n'existe pas de décompte officiel.

Des journalistes de l'AFP se sont rendus sur place. Le toit en tôle de l'une des maisons s'est enfoncé sous l'effet des bombes. Les éclats de verre sont omniprésents et une vitre porte un impact de balle, ont-ils constaté.

Une chèvre se promène parmi les toits effondrés, la patte blessée. Des poules, des chiens et des cochons amaigris parcourent les rues tandis que de la fumée s'échappe encore des décombres.

Maria Cabrera se couvre le visage avec une couverture pour pleurer lorsqu'elle songe à tout ce qu'elle a perdu dans l'incendie.

"Tout n'est plus que cendre", se lamente cette artisane de 74 ans. "Ils ont brûlé mon travail (...) je traîne ici dans la rue comme ce chien qui n'a pas de maître".

- "Abattue" -

Mme Cabrera et une centaine d'autres personnes ont été déplacées à Alcozacan, à 15 minutes en voiture de Tula. Là, elles font la queue sur un terrain de sport pour recevoir un sac contenant du lait, de la farine pour tortillas, des conserves, du papier toilette.

La plupart sont des femmes, vêtues des châles traditionnels indigènes finement brodés aux couleurs vives.

Les membres de la Garde nationale mexicaine sont déployés dans cette zone mais les habitants s'accordent à dire que leur présence fait peu de différence et qu'aucune arrestation n'a eu lieu.

"L'objectif est de pacifier par le dialogue", a expliqué la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum la semaine dernière.

A Alcozacan, une maison sert de chapelle improvisée pour veiller les morts, tous membres du Conseil indigène populaire de Guerrero (CIPOG-EZ), lequel compte une soixantaine d'hommes armés.

Ils "ont lutté jusqu'où ils ont pu pour défendre le village", salue Sixto Mendoza, également membre.

Les funérailles ont eu lieu cette semaine. Un groupe de femmes a ouvert la procession, encens et fleurs à la main, jusqu'au cimetière situé tout en haut de la montagne.

La compagne de l'un des défunts a confié à l'AFP se sentir "abattue". "On venait à peine de se mettre ensemble, je n'ai pas eu beaucoup de temps avec lui", dit cette jeune fille de 16 ans sous couvert d'anonymat. Elle a aussi perdu son oncle.

- "Jamais je ne reviendrai" -

Après l'attaque, Prisco Rodriguez est retourné à Tula pour inspecter les lieux. "Il n'y a personne", constate ce membre du groupe d'autodéfense en enregistrant une vidéo. Les membres du cartel cherchent à "soumettre ceux qui se laissent faire et tuer ceux qui refusent".

"Une fois entrés, ils commencent à te faire payer une taxe pour tout, même pour vivre", témoigne M. Rodriguez. "Beaucoup de villages vivent cette situation" mais "tout le monde est obligé de se taire", ajoute-t-il.

Los Ardillos n'ont pas l'intention de s'installer à Tula, relève David Saucedo, spécialiste de la sécurité publique. Selon lui, les narcotrafiquants s'en prennent aux villages qui soutiennent et aident le groupe d'autodéfense indigène pour "qu'il n'ait plus d'endroit où soigner ses blessés, se réapprovisionner en vivres et en eau, se reposer, se cacher".

L'expert évoque "une augmentation des attaques contre les villages et les communautés" autochtones alors que les cartels "cherchent à s'étendre".

Maria Cabrera a reçu le message: "Jamais je ne reviendrai", assure-t-elle.

(K.Müller--BBZ)