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Moody's, contrairement aux attentes générales, s'est abstenue vendredi de toute action de notation sur la dette française, maintenant de fait son appréciation à Aa3 avec perspective négative.
Elle a publié un communiqué expliquant qu'il ne s'agissait pas "d'une action de crédit", semblant attendre que la situation s'éclaircisse en France avant de se prononcer davantage. Un budget difficile est en construction et de nouvelles violences sont redoutées samedi dans les rues du pays.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, s'est pour sa part aussitôt félicité sur la plateforme X d'une décision qui "déjoue les pronostics déclinistes" de "ceux qui spéculent sur la dette française".
Moody's explique que sa notation Aa3, qui caractérise une dette "de bonne qualité", "part de l'hypothèse qu'un budget 2027 réduisant le déficit public sera adopté, tandis que (...) les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois". Ses concurrentes Fitch et S&P, elles, classent depuis plusieurs mois la France en A+ (dette de qualité moyenne supérieure).
Le chef du gouvernement a souligné "l'action des forces politiques qui, sans majorité, ont accepté d'ouvrir le débat sur le budget dans un calendrier normal".
"Ce signal montre à nos prêteurs qu'il existe un chemin. Il nous appartient de le poursuivre pour donner à la France un budget d'ici la fin de l'année, conforme à l'objectif d'un déficit public de 5 % du PIB", a-t-il ajouté.
- "Appel à la responsabilité" -
Le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, a estimé également dans un communiqué que la décision de Moody's était notamment "un appel à la responsabilité par l'adoption d'ici la fin de l'année d'un budget réduisant notre déficit à 5 % du PIB".
Moody's le voit plutôt à 5,2 %, après 5,4 % cette année, en raison "d'une croissance du PIB légèrement plus faible que les projections du gouvernement", qui prévoit pour sa part 1 %.
La mansuétude de l'agence n'était pas du tout attendue par les économistes.
Pour Éric Dor, directeur des études économiques à l'école de commerce IÉSEG, il était "très plausible" que Moody's abaisse à son tour la note française, d'autant que la France cochait toutes les cases évoquées par l'agence dans ses précédents commentaires pour être dégradée.
Charlotte de Montpellier (ING) estimait aussi "qu'il serait assez surprenant que l'agence ne procède pas à une dégradation".
Même abaissée à A1 (équivalent de A+ chez ses pairs), "la note de la France serait encore surestimée par rapport à d'autres pays européens comme l'Espagne et le Portugal", estimait encore M. Dor la semaine dernière.
- "Cocktail Molotov" -
Pour sa part, Mathieu Plane, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), jugeait vendredi sur RMC que la situation économique, financière et politique de la France était "un cocktail Molotov pour les marchés, qui considèrent que la France devient risquée".
De fait, le rendement des obligations françaises à 10 ans a atteint jeudi un niveau inédit depuis juin 2002, frôlant les 5,14 %, et s'est encore établi à 5,01 % à la clôture du marché vendredi.
La dette française devrait grimper en 2027 à 121,7 % du PIB, au risque, si sa trajectoire n'est pas maîtrisée, d'un "étouffement financier", a alerté la présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, en raison de lourds remboursements d'intérêts (91 milliards d'euros l'an prochain).
Moody's considère cependant que les caractéristiques de la dette française impliquent qu'il faudrait que la hausse des taux se maintienne "sur une période prolongée pour avoir un impact négatif significatif" sur sa soutenabilité.
Elle souligne cependant "le risque accru que la fragmentation du paysage politique français continue de nuire au fonctionnement des institutions législatives".
Charlotte de Montpellier renvoie désormais à la prochaine décision de S&P, le 27 novembre, "qui constituera une autre échéance importante pour la perception du risque français".
od/jbo/bfi
(F.Schuster--BBZ)