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Favorite des Mondiaux de cyclisme à Montréal dimanche, la Belgique devra gérer la cohabitation entre ses deux grands fauves, Remco Evenepoel et Wout Van Aert, et cela n'a pas toujours été facile par le passé.
Tadej Pogacar absent, la sélection belge est arrivée au Québec comme au bon vieux temps: en klaxonnant et tous phares allumés avec un statut d'équipe à battre.
De fait, elle a deux superbes atouts dans sa manche: Evenepoel, qui peut lancer de loin et s'imposer en solitaire comme régler un petit groupe au sprint, un domaine dans lequel il a énormément progressé. Et Van Aert, vainqueur de Paris-Roubaix, qui sera difficile à battre dans n'importe quelle configuration s'il est présent dans le final.
Les deux sont en pleine forme. Evenepoel vient d'être sacré champion du monde du chrono pour la quatrième année consécutive. Van Aert sort d'un grand Tour d'Espagne.
Mais voilà, ils sont deux.
Et tout le monde au pays garde en mémoire le fiasco de Louvain en 2021 lorsque les Belges, ultra favoris à domicile avec Van Aert en leader et Evenepoel en lieutenant de luxe, n'avaient réussi à placer personne sur le podium.
S'était ensuivi une prise de bec par médias interposés qui avait encore envenimé les choses. Evenepoel, qui avait dû se sacrifier, avait critiqué la stratégie adoptée, assurant qu'il avait les jambes, lui, pour devenir champion du monde.
"C’est décevant", avait répliqué Van Aert, "il a plus parlé à la télé que dans le bus."
- "Catastrophe" -
La suite a été plus apaisée et Evenepoel est devenu champion du monde en 2022 à Wollongong (Australie) en présence de Van Aert, qui l'a aussi protégé lors de son sacre olympique à Paris deux ans plus tard.
Mais la Belgique semble toujours traumatisée par Louvain. "J'espère qu'ils ne vont pas devoir courir l'un derrière l'autre. Sinon on court à la catastrophe", a tremblé en début de saison l'ancien sélectionneur Rik Verbrugghe dans un podcast de la RTBF.
Verbrugghe a même estimé qu'Evenepoel avait plus de chances d'être champion du monde s'il était "Mexicain" car "si Van Aert et Evenepoel sont encore dans le final ensemble, je ne suis pas sûr que l'un va se sacrifier pour l'autre".
D'autant que c'est peut-être la dernière chance pour Van Aert, deux fois en argent, de toucher enfin le maillot arc-en-ciel, le parcours de l'an prochain en France étant trop dur et celui de 2028 à Abou Dhabi trop plat.
Assis à la même table dans une grande salle de conférence de leur hôtel, mais séparés par deux équipiers, Van Aert et Evenepoel ont insisté vendredi soir sur les bienfaits de leur association.
"C'est toujours mieux d'avoir plusieurs cartes parce qu'il peut se passer beaucoup de choses. Pour les autres, c'est plus difficile de savoir ce qu'on va faire", a insisté Van Aert.
- "On ne comprend pas" -
Même son de cloche chez Evenepoel, qui s'est tout de suite montré offensif lorsqu'on lui a rappelé l'épisode de Louvain.
"On ne comprend pas pourquoi il y a tellement de critiques sur Louvain. Personne n'a fait quelque chose de mal. J'ai fait mon boulot, Wout a fait le final. Il m'a demandé une chose et je l'ai fait."
Interrogé pour savoir à qui le parcours convenait le mieux entre Van Aert et lui, le Brabançon, qui ne fait jamais dans la langue de bois, a répondu: "à moi".
"Mais c'est clair que Wout est un des hyper grands talents de sa génération, comme Mathieu van der Poel. Donc s'il est sur une journée superbe, je pense qu'il peut faire des grandes choses et arriver très très loin", a-t-il développé se disant même "prêt à se sacrifier" pour son coéquipier.
"Mais, a-t-il ajouté, on ne doit pas oublier qu'il y a presque 4.000 mètres de dénivelé à faire. Là, il y a le poids qui joue un petit peu quand même."
Pour le sélectionneur Serge Pauwels, qui comme ses prédécesseurs a une équation compliquée à gérer, la communication sera fondamentale.
Dans une course disputée sans oreillettes, les Belges vont d'ailleurs innover en collant des petits stickers sur les bidons aux ravitaillements pour faire passer des consignes aux coureurs.
(B.Hartmann--BBZ)