Berliner Boersenzeitung - Des robots "intelligents": l'ambitieuse quête de l'IA matérielle

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Des robots "intelligents": l'ambitieuse quête de l'IA matérielle
Des robots "intelligents": l'ambitieuse quête de l'IA matérielle / Photo: Philip FONG - AFP

Des robots "intelligents": l'ambitieuse quête de l'IA matérielle

Des machines humanoïdes faisant la vaisselle et la lessive? C'est ce que développe l'entreprise tokyoïte Enactic, illustrant le nouveau Graal technologique: introduire l'intelligence artificielle (IA) dans le monde matériel sous forme de robots, voitures autonomes et autres gadgets.

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Après l'IA générative, "la prochaine vague, c'est l'IA matérielle (+physical AI+ en anglais): une IA qui comprend les lois de la physique, peut évoluer parmi nous" et saisit "comment percevoir le monde", lançait l'an dernier Jensen Huang, patron du géant des puces Nvidia.

Les mastodontes de la tech y investissent des sommes colossales et, selon des prévisions de la banque Morgan Stanley, le monde pourrait compter plus d'un milliard de robots humanoïdes d'ici 2050.

L'engouement est renforcé par des vidéos montrant des androïdes avancés, souvent fabriqués en Chine, dansant ou tirant des objets lourds avec aisance.

Au-delà de la promesse de majordomes robotiques dignes de la science-fiction, cette perspective suscite des inquiétudes concernant l'emploi, la vie privée et le délai avant que ces robots ne deviennent réellement utiles.

Hiro Yamamoto, directeur général et cofondateur de 24 ans du japonais Enactic, assure qu'on en est proche. Alors que ses dispositifs d'entraînement à l'IA matérielle - des bras humanoïdes baptisés OpenArm - sont utilisés par Nvidia et des universités prestigieuses comme Stanford, Enactic prévoit de déployer ses robots dès l'été prochain.

Ces derniers, encore en développement, devront "côtoyer des humains dans des environnements chaotiques aux conditions changeantes" comme les maisons de retraite, et seront dotés d'"une enveloppe extérieure souple" pour ne blesser personne, explique M. Yamamoto à l'AFP.

- "Presque tous les rôles" -

A Canton (sud de la Chine), une silhouette féminine aux allures d'escrimeuse avec son masque ovale, marche lentement sur scène sous les acclamations: c'est le dernier robot humanoïde du constructeur chinois de véhicules électriques XPeng.

Des machines agiles fabriquées par des firmes américaines, comme les robots-chiens quadrupèdes de Boston Dynamics, ont déjà fait sensation. Mais l'appui de Pékin et des chaînes d'approvisionnement locales solides permettent aux groupes chinois, dont Unitree et EngineAI, d'avancer rapidement.

"Je n'ai pas vraiment réfléchi au nombre de robots que nous vendrons chaque année dans dix ans, mais je pense que ce sera plus que de voitures", assurait récemment à la presse le fondateur de XPeng, He Xiaopeng.

Les robots IRON de XPeng marchent et dansent de manière autonome... mais leur capacité à manipuler des objets, exploit beaucoup plus complexe, n'est pas largement démontrée.

Leurs doigts agiles et leur peau flexible ne devraient pas remplacer les ouvriers des usines chinoises de sitôt, reconnaît M. He. Le prix d'une main robotique, qu'il faudrait remplacer chaque mois en cas de travaux intensifs, couvrirait le salaire d'un ouvrier sur plusieurs années.

Pourtant, avec suffisamment de données et d'entraînement, les robots humanoïdes dotés d'IA devraient un jour pouvoir remplir "presque tous les rôles" (nourrice, cuisinier, jardinier...), selon le président de XPeng, Brian Gu.

- "Large fossé" -

Si les outils d'IA générative comme ChatGPT sont entraînés sur des milliards de mots, les modèles d'IA matérielle doivent apprivoiser des éléments plus complexes: vision et relations spatiales entre les objets.

Piloter à distance des robots pour leur apprendre à faire des gestes simples comme attraper une tasse "est de loin le moyen le plus fiable de collecter des données", explique M. Yamamoto.

Environ 50 démonstrations de chaque tâche sont nécessaires: pour ces tests, les bras humanoïdes d'Enactic sont pilotés à distance par un opérateur équipé d'un casque de réalité virtuelle.

L'entreprise a approché des dizaines d'établissements de soins au Japon, pour que ses robots télé-opérés y prennent en charge les tâches ingrates, afin que les soignants se consacrent aux résidents âgés: cette expérience sur le terrain est censée entraîner ses modèles pour que les robots agissent ultérieurement de manière autonome.

La start-up américano-norvégienne 1X adopte une approche similaire avec son assistant humanoïde NEO, dont elle prévoit l'arrivée dans les foyers américains dès l'année prochaine.

NEO coûte 20.000 dollars, mais ses performances restent hésitantes, une vidéo montrant le robot peinant à fermer la porte d'un lave-vaisselle, même en mode téléopéré.

Le géant japonais de l'investissement SoftBank a, lui, récemment racheté pour 5,4 milliards de dollars la division robotique de l'helvético-suédois ABB, qualifiant l'IA matérielle de "prochaine frontière".

Pour l'heure, il subsiste un "large fossé" entre les systèmes d'IA des robots et leurs capacités physiques, tempère Sara Adela Abad Guaman, professeure-assistante en robotique à l'University College de Londres.

"La nature montre que pour s'adapter à un environnement, il faut avoir le corps adéquat", explique-t-elle. "Au final, notre sens du toucher reste incomparable."

(F.Schuster--BBZ)