Berliner Boersenzeitung - Crise à l’ONU après Beaufort

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Crise à l’ONU après Beaufort




L’embrasement récent de la frontière libano‑israélienne vient de franchir un nouveau palier. En annonçant la prise de la forteresse médiévale de Beaufort, perchée sur une crête dominant le sud du Liban, Benjamin Netanyahou a donné un signal fort d’escalade dans le conflit avec le Hezbollah. Cette citadelle des Croisés, demeurée un symbole de contrôle stratégique depuis des siècles, offre à l’armée israélienne un point d’observation sur la vallée du Litani et sur les villes environnantes. Depuis le retrait israélien de 2000, elle relevait de l’armée libanaise et du Hezbollah ; son occupation marque la pénétration la plus profonde des forces israéliennes en territoire libanais depuis un quart de siècle.

Lors d’une visite auprès des troupes, le premier ministre israélien a qualifié la capture de Beaufort de « tournant décisif ». Il a ordonné à ses forces « d’approfondir et d’étendre leur emprise » sur les zones tenues par le Hezbollah. En pratique, cette directive se traduit par une avancée vers le fleuve Zahrani, au‑delà de la zone tampon qui s’étendait jusqu’au Litani, et par des frappes aériennes massives sur des localités comme Deir Zahrani et Tyr. Dimanche matin, des raids sur Deir Zahrani ont provoqué la mort de huit civils et blessé dix‑neuf autres, dont des femmes et des enfants, selon le ministère libanais de la Santé. La ville côtière de Tyr a subi les bombardements les plus violents depuis le début de la guerre, des immeubles entiers ayant été réduits en poussière. Parallèlement, les autorités israéliennes ont ordonné l’évacuation d’une large bande du sud du Liban entre la frontière et le fleuve Zahrani, poussant des milliers d’habitants à prendre la route.

L’offensive intervient alors qu’une trêve conclue mi‑avril censée geler les hostilités s’érode. Depuis le 2 mars, plus de trois mille quatre cents Libanais ont été tués et plus d’un million de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Côté israélien, l’armée fait état d’une vingtaine de soldats tués. Les combats sont nourris par le recours accru du Hezbollah à des drones kamikazes peu coûteux et difficiles à intercepter. Israël présente l’offensive comme une nécessité pour neutraliser des infrastructures ennemies et empêcher les tirs de roquettes sur la Galilée, mais les critiques dénoncent une campagne disproportionnée qui détruit les villages et menace un site inscrit au patrimoine de l’Unesco.

Face à l’embrasement, la diplomatie française est montée au créneau. Le chef de la diplomatie Jean‑Noël Barrot a demandé la convocation d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations Unies. Paris, membre permanent du Conseil, a obtenu la tenue d’une session extraordinaire afin de débattre de la situation. Emmanuel Macron a dénoncé « l’escalade majeure » en cours dans le sud du Liban et appelé au respect du droit international humanitaire. Au siège new‑yorkais de l’ONU, les quinze membres du Conseil ont examiné les conséquences de l’offensive et les risques d’une conflagration régionale. La France, soutenue par plusieurs membres, a insisté sur la protection des civils, la préservation des biens culturels et la nécessité de relancer des négociations indirectes sous médiation américaine entre Israël et le Liban.

La réunion n’a pas abouti à une résolution commune, les divergences entre les membres demeurant vives. Les États‑Unis ont réaffirmé leur soutien à la sécurité d’Israël tout en poussant à la désescalade, tandis que la Russie et la Chine ont critiqué « l’occupation » d’un territoire voisin. Dans un communiqué, l’ONU a rappelé que sa Force intérimaire au Liban (Finul) reste sur place et observe une activité militaire intense des deux côtés. Les diplomates s’accordent néanmoins sur l’urgence d’éviter un embrasement régional, alors que des pourparlers entre Washington et Téhéran visent à parvenir à un cessez‑le‑feu global.

À Beyrouth comme à Jérusalem, l’évolution de la situation dépendra de l’articulation entre pressions internationales et réalités militaires. Pour de nombreux Libanais réfugiés à Saïda ou à Nabatiyé, la prise de Beaufort représente un drame : « Il nous est impossible de retourner chez nous, la ville est en grande partie détruite », déplore Zeinab Fakih, une déplacée. D’autres, comme Issa Tfaily, y voient un épisode de plus dans un combat qui perdure : « Nous retournerons sur nos terres tant qu’il y aura une résistance », affirme‑t‑il. Du côté israélien, des voix appellent à aller plus loin. Des responsables politiques réclament des frappes contre la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, pour briser son pouvoir.

L’incursion israélienne en profondeur et la réaction diplomatique soulignent la fragilité d’un Moyen‑Orient en guerre depuis le début de l’année. Alors que les combats en Iran et en Israël‑Palestine ont déjà désorganisé la région, l’ouverture d’un nouveau front au Liban pourrait entraîner une conflagration générale. La prise de Beaufort, en outre, soulève des questions sur la protection des sites historiques en zone de guerre et sur le rôle de la communauté internationale. Au‑delà des déclarations, la réunion du Conseil de sécurité pourrait marquer le début d’un effort renouvelé pour instaurer un cessez‑le‑feu et protéger les populations prises en étau entre des acteurs régionaux et des puissances internationales.