Berliner Boersenzeitung - A la frontière, Narva l'estonienne, sa minorité russophone et la menace russe

EUR -
AED 4.237091
AFN 72.685001
ALL 95.954988
AMD 434.520707
ANG 2.065282
AOA 1057.974892
ARS 1578.268494
AUD 1.674968
AWG 2.079607
AZN 1.961076
BAM 1.955893
BBD 2.321221
BDT 141.406739
BGN 1.97209
BHD 0.434945
BIF 3423.363136
BMD 1.153735
BND 1.481071
BOB 7.98138
BRL 6.041996
BSD 1.15246
BTN 108.601646
BWP 15.844824
BYN 3.46098
BYR 22613.205604
BZD 2.317921
CAD 1.598326
CDF 2636.861817
CHF 0.916875
CLF 0.027131
CLP 1071.288545
CNY 7.973981
CNH 7.982415
COP 4256.232177
CRC 534.325463
CUC 1.153735
CUP 30.573977
CVE 110.270255
CZK 24.510982
DJF 205.230669
DKK 7.473549
DOP 69.483311
DZD 153.46996
EGP 60.805986
ERN 17.306025
ETB 178.11666
FJD 2.604445
FKP 0.862804
GBP 0.865071
GEL 3.109331
GGP 0.862804
GHS 12.5996
GIP 0.862804
GMD 84.806546
GNF 10103.481469
GTQ 8.81642
GYD 241.11149
HKD 9.029246
HNL 30.602591
HRK 7.535854
HTG 150.927192
HUF 387.816349
IDR 19534.982991
ILS 3.604379
IMP 0.862804
INR 108.656856
IQD 1509.77849
IRR 1515200.148882
ISK 143.420403
JEP 0.862804
JMD 181.129416
JOD 0.818
JPY 184.183982
KES 149.651251
KGS 100.893962
KHR 4615.219932
KMF 492.645362
KPW 1038.428166
KRW 1741.043798
KWD 0.354439
KYD 0.96045
KZT 555.218864
LAK 24893.29414
LBP 103205.065372
LKR 362.458843
LRD 211.480994
LSL 19.716525
LTL 3.406679
LVL 0.697883
LYD 7.359383
MAD 10.760113
MDL 20.243052
MGA 4803.249709
MKD 61.64141
MMK 2422.824743
MNT 4134.787378
MOP 9.286983
MRU 45.972191
MUR 53.798539
MVR 17.836537
MWK 1998.403892
MXN 20.670085
MYR 4.609743
MZN 73.734887
NAD 19.716525
NGN 1597.645586
NIO 42.412021
NOK 11.188379
NPR 173.763034
NZD 2.002301
OMR 0.443616
PAB 1.152455
PEN 3.98849
PGK 4.980237
PHP 69.473364
PKR 321.687324
PLN 4.276492
PYG 7544.392214
QAR 4.2022
RON 5.096397
RSD 117.469833
RUB 93.889678
RWF 1682.987494
SAR 4.328787
SBD 9.278308
SCR 15.858649
SDG 693.394519
SEK 10.87701
SGD 1.483547
SHP 0.8656
SLE 28.32444
SLL 24193.258148
SOS 658.634241
SRD 43.33659
STD 23879.9847
STN 24.501168
SVC 10.084524
SYP 128.575537
SZL 19.711025
THB 38.038772
TJS 11.029273
TMT 4.04961
TND 3.391062
TOP 2.777916
TRY 51.293934
TTD 7.822407
TWD 36.856028
TZS 2967.654281
UAH 50.571029
UGX 4287.204301
USD 1.153735
UYU 46.722226
UZS 14037.668947
VES 537.661435
VND 30402.070452
VUV 137.321383
WST 3.172229
XAF 655.991103
XAG 0.016798
XAU 0.000262
XCD 3.118027
XCG 2.077108
XDR 0.815842
XOF 655.991103
XPF 119.331742
YER 275.338743
ZAR 19.72108
ZMK 10385.000211
ZMW 21.638125
ZWL 371.502193
  • AEX

    -12.3900

    970.78

    -1.26%

  • BEL20

    -46.9900

    5006.12

    -0.93%

  • PX1

    -76.8900

    7769.31

    -0.98%

  • ISEQ

    -336.2700

    12026.59

    -2.72%

  • OSEBX

    7.9200

    1988.05

    +0.4%

  • PSI20

    -17.1300

    8997.09

    -0.19%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -3.6200

    3621.06

    -0.1%

  • N150

    -14.9700

    3822.84

    -0.39%

A la frontière, Narva l'estonienne, sa minorité russophone et la menace russe
A la frontière, Narva l'estonienne, sa minorité russophone et la menace russe / Photo: STR - AFP

A la frontière, Narva l'estonienne, sa minorité russophone et la menace russe

Les deux forteresses se toisent de chaque côté du fleuve séparant l'Estonie de la Russie. A Narva, ville écartelée entre la crainte du puissant voisin et sa population russophone, le "pont de l'Amitié" reliant les deux berges enneigées est dorénavant hérissé de barbelés et d'obstacles antichars.

Taille du texte:

"Le nom est un peu ironique", commente le chef régional des garde-frontières estoniens, Eerik Purgel, en suggérant de rebaptiser l'ouvrage.

Là où les automobilistes faisaient la queue pour franchir le fleuve Narva et faire du shopping ou rendre visite à des proches de l'autre côté de la frontière, plus aucun véhicule ne passe. Seuls quelques piétons, certains traînant de lourds chariots de courses ou valises, le traversent désormais.

Depuis l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, ce point de passage offre un condensé du face-à-face entre un pays de l'Union européenne membre de l'Otan et la Russie.

Les Russes multiplient les provocations aux alentours de cette petite ville d'Estonie, ancienne république soviétique devenue membre de l'UE et de l'Otan, dénonce Tallinn. Et une partie de ses quelque 50.000 habitants craint d'être la prochaine cible de Vladimir Poutine.

- "Nous sommes prêts!" -

Jelissei Soloviev, 18 ans, membre de l'organisation de défense bénévole Kaitseliit, se prépare au scénario le plus redouté: la prise par la Russie de cette ville frontalière à la forte minorité russe.

Dans son uniforme et passe-montagne camouflage, le jeune homme, qui a appris à creuser des tranchée et à tirer, le clame: "Nous sommes prêts à défendre notre pays, nous n'avons pas peur".

Au printemps 2024, des gardes-frontière russes ont retiré les bouées délimitant la frontière sur le fleuve à Narva. En décembre dernier, trois autres sont passés brièvement côté estonien, suscitant de nouvelles interrogations sur leurs intentions.

"Ici, aux marches de l'Europe, la guerre se ressent différemment", fait valoir la maire Katri Raik depuis l'hôtel de ville, joyau architectural du XVIIe siècle restauré, planté au milieu de ternes immeubles de l'ère soviétique.

"Nous voyons la Russie de l’autre côté de la frontière tous les jours." Et "nous nous demandons tous ce qui va arriver ensuite", confie-t-elle à l'AFP, derrière la façade de l'édifice où flotte le drapeau jaune et bleu de la ville, miroir inversé de celui de l'Ukraine.

Alors le long de ses 340 kilomètres de frontière avec la Russie, l'Estonie renforce ses défenses, comme le font la Lettonie et la Lituanie voisines.

Le pays, doté d'une petite armée, peut si besoin déployer plus de 40.000 hommes pour se défendre, selon le ministère de la Défense. Quelque 2.000 hommes de pays alliés de l'OTAN y sont également déployés.

En parallèle, cet État balte cherche à effacer ce qui le rattachait à la Russie.

Quitte à adopter des mesures controversées, comme l'abrogation du droit de vote aux élections locales aux ressortissants russes ou l'imposition depuis 2024 de l'estonien comme langue unique d'enseignement dans les écoles, qui a durement touché nombre d'habitants de Narva.

- 95% de russophones -

Environ la moitié sont de nationalité estonienne, un tiers détiennent la citoyenneté russe et quelque 7.000 personnes, nées dans des républiques ex-soviétiques, sont apatrides depuis la chute de l'URSS en 1991.

Et 95% de la population a le russe comme langue maternelle, selon le recensement de 2021.

"C'est la période la plus difficile de notre histoire depuis environ quarante ans", fulmine Mihhail Stalnuhhin, président du conseil municipal et figure de proue des russophones de la ville, qu'il estime maltraités par les autorités.

"A cela s'ajoute le discours constant sur la guerre, la guerre, la guerre... Les gens vivent une situation morale, économique et sociale très difficile", explique-t-il, évoquant l'envolée des factures d'énergie et le taux de chômage élevé. Une situation endémique dans cette région frappée par le déclin démographique et industriel, qui s'est aggravée depuis que les liens sont rompus avec la Russie.

Ici, certains habitants ne parlent que le russe, regardent la télévision contrôlée par Moscou et sont nostalgiques du passé soviétique.

"Nous, russophones, sommes discriminés", lâche une quinquagénaire croisée dans la ville sous couvert d'anonymat, par crainte de représailles.

Moscou s'affiche en défenseur de cette minorité, vilipendant la "folie russophobe croissante de l'Estonie" et les politiques "néo-nazies" des autorités. Dans un rapport publié en décembre sur les violations des droits des Russes vivant à l'étranger, le ministère russe des Affaires étrangères s'inquiète également du sort des apatrides en Estonie.

Les autorités estoniennes réfutent ces accusations.

Apatride, dont trois des quatre enfants sont estoniens, Olga Kolesnikova, boulangère de 64 ans, dit ne pas se sentir "défavorisée".

L'ouvrier du bâtiment Alexandr Gruljov, 59 ans, envisage, lui, de renoncer à sa citoyenneté russe.

- "Comme dans le Donbass" -

Des réformes comme l'interdiction aux citoyens russes en Estonie de voter aux élections locales sont à courte vue et constituent "une porte d’entrée parfaite pour la propagande russe", relève cependant le politologue allemand Carlo Masala, professeur à l'université de la Bundeswehr.

"Comme dans le Donbass, la Russie peut arguer que les droits de ses minorités vivant à l'étranger sont menacés, ce qui lui fournirait une raison de les protéger, si nécessaire, par des moyens militaires", explique-t-il à l'AFP.

Dans son ouvrage "La guerre d'après: la Russie face à l'Occident", Carlo Masala imagine un scénario dans lequel des troupes russes s'emparent en 2028 de Narva, en quelques heures, aidées par une partie de la population locale préalablement approvisionnée en armes, afin de tester la solidité de l'article 5 de l'Otan qui oblige les alliés à assister un État membre agressé.

La ville ressemble aujourd'hui à une "forteresse", et "cela rendrait une action militaire bien plus difficile qu'elle ne l'aurait été il y a quelques années", tempère Carlo Masala.

Toutefois, plusieurs autres villes hébergeant d'importantes communautés russes sur le flanc oriental de l'Otan, comme Kirkenes en Norvège ou Daugavpils en Lettonie, pourraient être vulnérables face à un tel scénario.

"L'une des questions fondamentales que les Estoniens se posent à propos de la minorité russophone est celle du patriotisme et de la loyauté. Soutiendront-ils le pays en cas de guerre, possiblement contre la Russie?", interrogeait en 2023 une étude européenne publiée sur la minorité russophone du pays.

Selon cette étude menée par la Fondation allemande Friedrich-Ebert et le centre de recherche estonien Turu-uuringute, 65% des russophones d'Estonie se disaient "plutôt ou certainement patriotes de l'Estonie", contre 28% affirmant "plutôt ou certainement ne pas l'être".

Tour à tour sous domination danoise, allemande, russe, suédoise et estonienne au fil de son histoire, Narva, en grande partie détruite pendant la Seconde Guerre mondiale et que l'on pourrait prendre pour une ville russe, lutte encore avec son identité.

Trente-cinq ans après l'indépendance du pays, nombre d'habitants se sentent pris entre deux mondes, constate Vladimir Aret, hôtelier et conseiller municipal de 32 ans.

"Je suis Européen, mais nous plaisantons parfois en disant que nous ne savons pas très bien ce qu'est une mère-patrie", confie-t-il.

Sur le "pont de l'Amitié", où flottent les drapeaux estonien, de l'UE et de l'Otan, le garde-frontière Eerik Purgel promet une défense féroce "au péril de nos vies" si les Russes tentaient une incursion.

(U.Gruber--BBZ)