Berliner Boersenzeitung - "Des gens sont morts devant nos yeux": sur la Route de l'Est, le calvaire des migrants

EUR -
AED 4.236404
AFN 75.557093
ALL 92.859396
AMD 421.015708
ANG 2.064603
AOA 1058.958329
ARS 1720.784421
AUD 1.63464
AWG 2.07783
AZN 1.961182
BAM 1.955417
BBD 2.322985
BDT 141.572269
BGN 1.956841
BHD 0.434904
BIF 3448.309614
BMD 1.153549
BND 1.476204
BOB 13.523351
BRL 5.999381
BSD 1.153344
BTN 110.022972
BWP 15.525555
BYN 3.46873
BYR 22609.561339
BZD 2.319626
CAD 1.606271
CDF 2622.016972
CHF 0.938871
CLF 0.026802
CLP 1054.850873
CNY 7.77861
CNH 7.781502
COP 3605.371407
CRC 517.88509
CUC 1.153549
CUP 30.56905
CVE 110.242928
CZK 24.216796
DJF 205.384429
DKK 7.475298
DOP 67.505022
DZD 153.337817
EGP 57.8782
ERN 17.303236
ETB 186.565604
FJD 2.553323
FKP 0.853859
GBP 0.854959
GEL 3.010456
GGP 0.853859
GHS 12.837485
GIP 0.853859
GMD 84.791145
GNF 10131.92757
GTQ 8.799238
GYD 241.302735
HKD 9.051813
HNL 30.920139
HRK 7.534996
HTG 150.861758
HUF 363.344671
IDR 20562.588553
ILS 3.417925
IMP 0.853859
INR 110.053649
IQD 1510.93679
IRR 1585654.103053
ISK 142.20935
JEP 0.853859
JMD 182.469513
JOD 0.817939
JPY 183.847453
KES 149.162009
KGS 100.877625
KHR 4668.065406
KMF 492.565374
KPW 1038.194482
KRW 1630.143606
KWD 0.356227
KYD 0.961187
KZT 536.730909
LAK 26022.226129
LBP 103281.983558
LKR 384.464694
LRD 209.342624
LSL 18.605872
LTL 3.40613
LVL 0.697771
LYD 7.34637
MAD 10.683307
MDL 20.021558
MGA 4967.897712
MKD 61.512951
MMK 2422.275376
MNT 4150.434021
MOP 9.322376
MRU 46.218545
MUR 54.390249
MVR 17.822451
MWK 1999.956245
MXN 19.648487
MYR 4.713388
MZN 73.722894
NAD 18.605872
NGN 1570.372802
NIO 42.441503
NOK 10.964143
NPR 176.032941
NZD 1.967522
OMR 0.44354
PAB 1.153374
PEN 3.89089
PGK 5.103912
PHP 70.822128
PKR 320.427099
PLN 4.311845
PYG 6883.472679
QAR 4.202958
RON 5.23769
RSD 117.307827
RUB 95.833229
RWF 1694.563551
SAR 4.330342
SBD 9.303305
SCR 15.843789
SDG 692.702975
SEK 11.028517
SGD 1.47667
SHP 0.854625
SLE 28.262955
SLL 24189.345868
SOS 659.256403
SRD 43.514752
STD 23876.136285
STN 24.714788
SVC 10.091761
SYP 14998.444612
SZL 18.610871
THB 38.329003
TJS 10.657397
TMT 4.048957
TND 3.385667
TOP 2.777469
TRY 55.241959
TTD 7.821265
TWD 36.922915
TZS 3051.717492
UAH 51.555661
UGX 4282.161229
USD 1.153549
UYU 46.211749
UZS 13777.599896
VES 882.927222
VND 30077.0611
VUV 136.80472
WST 3.150087
XAF 655.811487
XAG 0.018024
XAU 0.000267
XCD 3.117524
XCG 2.078639
XDR 0.815619
XOF 655.811487
XPF 119.331742
YER 273.56447
ZAR 18.684138
ZMK 10383.327739
ZMW 21.683565
ZWL 371.442323
  • AEX

    7.3400

    1119.59

    +0.66%

  • BEL20

    -14.3100

    5708.72

    -0.25%

  • PX1

    -24.2900

    8650.56

    -0.28%

  • ISEQ

    -67.9300

    14385.15

    -0.47%

  • OSEBX

    4.3300

    2066.32

    +0.21%

  • PSI20

    -19.4800

    9254.47

    -0.21%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -49.4100

    4323.36

    -1.13%

  • N150

    10.4100

    4346.58

    +0.24%

"Des gens sont morts devant nos yeux": sur la Route de l'Est, le calvaire des migrants
"Des gens sont morts devant nos yeux": sur la Route de l'Est, le calvaire des migrants / Photo: Luis TATO - AFP

"Des gens sont morts devant nos yeux": sur la Route de l'Est, le calvaire des migrants

Sur une vaste plaine sablonneuse de Djibouti, brûlée par le soleil, des groupes d'hommes marchent vers un lointain chez eux après avoir échoué à rejoindre le Yémen via la Route de l'Est reliant Corne de l'Afrique et péninsule arabique, une des routes migratoires les plus dangereuses du monde.

Taille du texte:

Leurs traits sont tirés, leurs corps amaigris. Certains disent n'avoir rien mangé depuis plusieurs jours. Seuls quelques acacias faméliques offrent parfois un peu d'ombre. En ce mois d'avril, pour les Djiboutiens c'est "l'hiver" et il fait 35°C.

Comme l'immense majorité des migrants empruntant cette route, Jemal Ibrahim Hassan vient de l'Ethiopie voisine, deuxième pays le plus peuplé du continent avec quelque 130 millions d'habitants, en proie à de multiples conflits armés.

Il a lui-même quitté sa région, l'Amhara, à "cause de la guerre" opposant rebelles et forces fédérales.

"Nous n'avions plus d'endroit où vivre en paix", souligne le jeune homme de 25 ans qui gagnait sa vie comme fermier quand il a quitté son village du nord de l'Ethiopie, direction Djibouti. Un parcours d'environ 550 km à pied, soit 15 jours de marche. "Nos pieds étaient enflés et couverts d'ampoules", raconte-t-il.

Un soir, il embarque dans un bateau surchargé en direction du Yémen. Plusieurs heures plus tard, ils sont arrêtés par des garde-côtes yéménites et conduits dans un centre de détention.

"Il n'y avait pas de nourriture, rien. Nous y sommes restés huit jours avant qu'ils nous renvoient" vers Djibouti, relate-t-il.

Lors du trajet retour, une tempête se déclenche. Sans "la volonté d'Allah (...) le bateau aurait chaviré", raconte Jemal qui marche à nouveau, à une cinquantaine de km au nord de la localité djiboutienne côtière d'Obock, en direction cette fois de l'Ethiopie.

- "Entassés" -

Malgré les risques, à terre comme en mer, plusieurs dizaines de milliers de migrants de la Corne de l'Afrique empruntent chaque année cette Route de l'Est pour tenter d'atteindre les émirats pétroliers du Golfe, fuyant conflits, catastrophes naturelles et absences de perspectives.

La plupart tentent la traversée depuis Djibouti, distant, aux points les plus proches, d'une trentaine de kilomètres du Yémen. Selon l'OIM, entre 200 et 300 migrants arrivent quotidiennement à Obock.

Cette route est l'une des plus meurtrières au monde. En 2025, plus de 900 migrants ont péri ou disparu, soit l'année "la plus meurtrière jamais enregistrée", selon l'Organisation internationale pour les Migrations (OIM).

Fin mars, dernier naufrage en date, près d'Obock, au moins neuf migrants sont morts, 45 ont disparu. Dans l'embarcation qui a chaviré se trouvait Zinab Gebrekristos, 20 ans, qui a quitté le Tigré, région instable du nord de l'Ethiopie, sortie en 2022 d'une sanglante guerre.

Elle a payé un passeur 50.000 birr (environ 270 euros), somme importante dans un pays où 40% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Sur la route, elle est dépouillée de son argent et de son téléphone, puis attend trois jours sur la côte djiboutienne, "sans nourriture ni eau, juste le désert".

Le 24 mars au soir, les passeurs entassent 320 personnes sur une petite embarcation. Rapidement, "le bateau a commencé à couler", se remémore Zinab Gebrekristos, "beaucoup de gens sont morts sous nos yeux, des amis et membres de notre famille".

"Je ne sais même pas comment j'ai réussi à sortir du bateau", raconte-t-elle depuis un centre d'accueil géré par l'OIM à Obock.

L'organisation onusienne patrouille régulièrement dans le désert pour porter assistance aux migrants.

Depuis le poste de Khor Angar, les garde-côtes djiboutiens multiplient les interventions pour tenter d'arrêter les passeurs, pour la plupart Yéménites.

Une dizaine d'embarcations saisies font face au poste. Dans ces petits bateaux en bois, les migrants sont "entassés", souligne Ismaïl Hassan Dirieh, commandant du poste. "Il y a deux étages, certains passent en bas, d'autres en haut", dit-il, décrivant une traversée "très difficile" pour les migrants.

Après avoir dû ensuite traverser le Yémen en guerre, des dizaines de milliers de personnes rejoignent chaque année les pays du Golfe, notamment l'Arabie saoudite, où ils travaillent, comme ouvriers ou domestiques.

- "Fosse commune" -

A une cinquantaine de kilomètres au nord d'Obock, la plage de Gehere est l'un des points de départ. Des vêtements, tongs et chaussures de migrants jonchent le sable fin.

Un cairn est érigé. "On est face à deux tombes communes", explique le Dr Youssouf Moussa Mohamed, 38 ans, responsable de l'OIM à Obock.

"Pas loin, il y a encore deux fosses communes où il y a cinq corps. Derrière cette montagne, il y a une fosse commune où il y a 50 corps. Une autre fosse commune où il y a 43 corps (...) Ça fait plus de 200 corps qui sont enterrés aux alentours", énumère-t-il.

Selon le Dr Youssouf, 98% des migrants qu'il rencontre sont Ethiopiens. Originaires d'un pays enclavé, la plupart n'ont jamais vu la mer avant de tenter la traversée.

Entre juin et août, le mercure grimpe à Djibouti jusqu'à 45°C et de violentes bourrasques de sable aveuglent les migrants et les détournent de la route. Nombreux sont ceux qui se perdent alors dans le désert.

"Nous avons retrouvé une vingtaine de corps par mois durant cette saison (chaude) l'année dernière", souligne le Dr Youssouf. Ceux que la mer ou le désert n'a pas tués, en finissent parfois eux-mêmes, comme ce migrant qui, raconte-t-il, s'est pendu l'an dernier, "par désespoir".

Dans le cimetière d'Obock, où sont depuis plusieurs années enterrés les migrants morts en mer ou sur la route, des dizaines de monticules de terre sont alignés.

- "Abandonnées dans le désert" -

Venue du Tigré, Genet Gebremeskel Gebremariam, 30 ans, peinait à subvenir aux besoins de ses quatre enfants et de sa mère avec les 200 à 300 birr (1 à 2 euros) quotidiens gagnés comme ouvrière agricole.

Convaincue par un passeur, elle a quitté la capitale régionale Mekelle à l’arrière d'un camion, pressée contre plus de 160 personnes. Débarqués dans la région voisine de l'Afar, ils ont continué à pied, "en traversant le désert et en franchissant des falaises toute la nuit".

"Personne ne vient en aide à ceux qui sont fatigués ou qui tombent, on les laisse derrière. On nous a forcés à marcher comme des soldats, tandis qu'on nous frappait à coups de bâton dans le dos. Beaucoup de femmes, affaiblies par la soif et la faim, ont été abandonnées dans le désert", raconte Genet qui attend dans un centre de l'OIM de rentrer en Ethiopie.

Muiaz Abaroge espère de son côté toujours rejoindre l'Arabie saoudite, malgré les risques. "C'est effrayant, mais je n'ai pas d'autre choix", souligne le jeune homme de 19 ans, originaire de l'ouest de l'Ethiopie, qui marche avec deux personnes sur la route reliant les localités djiboutiennes de Tadjourah et Obock. "Je sais que beaucoup de gens ont péri, mais je dois surmonter cette épreuve".

Face au flux croissant de migrants, "les moyens manquent", constate le Dr Youssouf qui craint que 2026 soit une nouvelle année record: chaque année est "plus meurtrière que la précédente. Et on ne sait pas exactement jusqu'à quand ça va continuer".

(A.Berg--BBZ)